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Contre les déjections, le fichage ADN des chiens entre en vigueur à Béziers

  • Désormais, à Béziers, les propriétaires de chiens qui ne ramassent pas les déjections de leurs toutous recevront, à la maison, une facture de 122 euros. La mesure, plusieurs fois retoquée par la justice, est désormais entrée en vigueur.
  • Chaque chien qui a l’habitude de se promener dans le centre-ville de Béziers devra avoir fait l’objet d’un prélèvement ADN, qui lui permettra d’être fiché par le laboratoire chargé de ce dispositif. Ainsi, quand un garde champêtre retrouve une crotte qui n’a pas été ramassée, le propriétaire pourra être retrouvé.
  • « Je vous garantis que cela va calmer les ardeurs de ceux qui ne se comportent pas bien », assure Robert Ménard (divers droite), le maire de Béziers.

A Béziers (Hérault), si votre chien pose une pêche, gare à la prune. Désormais, dans le centre-ville de la sous-préfecture de l’Hérault, grâce à l’ADN, les maîtres qui ne ramasseront pas les déjections de leurs toutous recevront, à la maison, une facture de 122 euros. Le prix du nettoyage d’un étron sur la voie publique, détaille la commune.

Cette mesure, que Robert Ménard (divers droite) souhaite mettre en œuvre depuis 2017, a été plusieurs fois dénoncée par la préfecture, et retoquée par le tribunal administratif. Mais désormais, l’arrêté anti-crottes semble nickel, et il n’a pas été attaqué. La commune a, en effet, modifié les éléments qui posaient problème : il ne s’agit, pour l’instant, que d’une expérimentation de deux ans, et son périmètre a été limité au centre-ville. Enfin, les propriétaires de chiens indélicats ne seront plus passibles d’une amende, comme le préconisaient les premiers textes rédigés par la mairie, mais recevront une facture.

Les déjections sont « une plaie, pour tous les maires », déplore Robert Ménard

Ce dispositif, une première en France, vise à combattre « le fléau » que sont les déjections canines non ramassées. « C’est un vrai problème, ça fait des années que je gueule, confie Robert Ménard à 20 Minutes. Dans le cœur de ville de Béziers, les services municipaux ramassent entre 1.500 et 1.700 crottes par mois ! C’est une plaie, pour tous les maires. Mais on ne sait pas comment faire. On fait tous des campagnes “Attention, on va vous mettre un PV”, mais les policiers ne prennent jamais les propriétaires sur le fait, alors cela n’a aucune efficacité. » Pour mettre en œuvre cet arrêté qui fait tant parler, l’élu dit s’être inspiré d’un dispositif « qui existe dans une cinquantaine de villes en Espagne ».

Mais comment la mairie peut-elle retrouver les propriétaires des chiens fraudeurs ? Grâce à l’ADN. « L’ADN canin », comme l’a baptisé la commune. Chaque chien qui a l’habitude de se promener dans le centre-ville de Béziers devra avoir fait l’objet d’un prélèvement génétique : un petit coup de coton-tige dans la gueule de l’animal, qui lui permettra d’être fiché par le laboratoire chargé de ce dispositif. Rien de douloureux, promet la commune. La démarche est obligatoire : si un maître est contrôlé dans le centre-ville et qu’il n’a pas le document attestant que son toutou a subi un prélèvement ADN, il écopera d’une amende de 38 euros. Et ce n’est pas réservé aux habitants de Béziers. Les habitants résidant aux alentours et qui ont l’habitude de se balader avec leurs chiens dans le centre-ville devront, aussi, détenir ce passeport génétique. « La seule dérogation que nous pourrons accorder, c’est aux touristes qui visitent Béziers, bien sûr », détaille Stéphanie Sandonato, la directrice générale adjointe des services de la commune.

« Cela va calmer les ardeurs » des propriétaires indélicats, assure le maire

Ainsi, quand les gardes champêtres repéreront une déjection abandonnée, ils effectueront un petit prélèvement, qui sera envoyé au laboratoire. Grâce à l’identification génétique de l’animal, il pourra être retrouvé. Et son propriétaire aussi, à qui la mairie enverra les 122 euros dus au nettoyage de la déjection de son compagnon à quatre pattes. « Je vous garantis que cela va calmer les ardeurs de ceux qui ne se comportent pas bien, assure Robert Ménard. Le maire de Valence, en Espagne, m’expliquait qu’en six mois, 90 % des déjections canines avaient disparu dans sa commune. » Et à Béziers, si l’on en croit la mairie, la mesure est à peine en vigueur que, déjà, les agents des motocrottes en ramassent moins : 1.100 au mois d’août, 400 à 600 de moins que d’habitude.

Robert Ménard est, d’ailleurs, sûr que cette mesure « fera tache d’huile », en France. « Vous savez, j’essaie de bien tenir ma ville, qu’elle soit propre. Je n’ai pas envie que les touristes regardent où ils marchent, je préfère qu’ils admirent la ville », poursuit le maire, qui n’en a que faire de ceux qui se sont moqués de son arrêté anti-crottes, depuis plusieurs années. « Peut-être que Béziers n’est pas le passé, mais l’avant-garde de ce pays », avance-t-il. D’ailleurs, « beaucoup de communes appellent la mairie, pour en savoir plus sur ce dispositif », ajoute sa directrice générale adjointe.

C’est une mesure « disproportionnée », pour Nicolas Cossange (PCF)

Pour Nicolas Cossange (PCF), conseiller municipal d’opposition à Béziers et secrétaire départemental du PCF, cet arrêté est « lunaire ». « Est-ce que c’est du buzz ? Vous savez, le buzz et Robert Ménard, c’est presque devenu un pléonasme, confie-t-il. Comme beaucoup de mesures que Robert Ménard a prises ces dernières années, comme l’interdiction d’étendre le linge sur les balcons ou l’interdiction des crachats, c’est une mesure qui est, en réalité, inapplicable, au regard des finances de la commune. Si, pour chaque crotte, un test ADN est mis en œuvre, la facture va être très, très salée. Dans l’une des villes les plus pauvres de France, mettre autant de moyens sur une telle mesure, alors que les priorités me semblent toutes autres, cela n’a absolument aucun sens. » Alors oui, « bien sûr, il faut nettoyer les déjections canines. Je n’en reviens même pas que je vous dise ça ! », sourit l’élu communiste. Mais, selon lui, cette mesure est « disproportionnée ».

La ville de Béziers provisionne chaque année 80.000 euros pour la lutte contre les déjections canines. Si un surplus est à prévoir pour la mise en œuvre de ce nouveau dispositif, cela finira par s’équilibrer, assure-t-on, à la mairie. Car l’enveloppe allouée à l’« ADN canin » sera compensée par la baisse du nombre de crottes à nettoyer dans le centre-ville, espère-t-elle. Vendredi et samedi, sur les allées Paul-Riquet, les prélèvements seront offerts par la commune aux propriétaires de chiens. Près de 700 toutous sont inscrits à ces rendez-vous. Ensuite, le petit coup de coton-tige sur les babines coûtera un peu plus de 28 euros aux maîtres, chez les vétérinaires.




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