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Le « paysan guérisseur » jugé pour viols voulait « décoincer les nerfs »

« J’appose ma main à l’endroit malade. » Au premier jour de son procès devant la cour d’assises du Puy-de-Dôme, Michel Boudon, jugé pour viols et agressions sexuelles, a longuement été interrogé sur les faits qui lui sont reprochés : des fellations et des masturbations imposées à certains de ses patients. C’était pour « décoincer les nerfs », s’est justifié le « paysan-guérisseur ».

« Vous avez fait des études de médecine ? », s’étonne la présidente Diane Amacker. « Non, c’est venu tout seul », répond l’accusé de 72 ans, pull clair, lunettes, cheveux blancs, précisant avoir découvert son « don » trente ans auparavant.

L’homme avait acquis une certaine notoriété au-delà de son village de Saint-Jean-des-Ollières après avoir fait l’objet de plusieurs reportages télévisés, d’un court métrage et d’une biographie.

Des fellations car « les prières n’agissaient pas »

« Vous leur massiez aussi le sexe ? », reprend la présidente. « Oui », admet-il. « Et les femmes ? » relance-t-elle. « Elles n’ont pas la même réception que les hommes, c’est plutôt au niveau du thorax », dit-il. Et de poursuivre : Les fellations, « j’en ai eu l’idée parce que les prières n’agissaient pas, j’ai cru bien faire, je n’aurais pas dû, je le reconnais ».

« Vous pensez que vous êtes crédible en disant cela ? », le questionne alors l’avocate générale Fabienne Cancelier. « Ce sont des choses dont on ne parle pas à la campagne, si j’avais su que c’était interdit, je ne l’aurais pas fait », répond l’intéressé, ajoutant avoir agi « par obligation » sans prendre aucun plaisir à ces actes.

Les faits ont eu lieu dans une petite cuisine de quelques mètres carrés où se tenaient les consultations, dans une ferme isolée située dans une zone boisée où habitait le septuagénaire qui n’a jamais eu de relation sentimentale.

L’« état de faiblesse » des victimes

« J’étais tétanisé, stupéfait, j’arrivais plus à bouger », témoigne un jeune de 25 ans venu le consulter après un grave accident de la route. Ce jour-là, Michel Boudon lui a demandé de retirer son pantalon, de baisser son caleçon sous prétexte de « travailler l’aine », avant de lui faire une fellation. « Il m’a dit que c’était pour me détendre parce que j’étais tendu », raconte-t-il.

« Il considère qu’il agit pour faire du bien même s’il sait que les faits sont répréhensibles », souligne à son tour l’un des enquêteurs questionnés à ce sujet. Les victimes n’ont pas réagi « parce qu’elles sont surprises », « sidérées » et « ne savent pas comment réagir, elles ont du mal à comprendre », ajoute-t-il, évoquant l’« état de faiblesse » de ces patients venus consulter pour un handicap, une douleur, une baisse de moral, l’une d’elles étant atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Les trois victimes de viols ont pour point commun leur vulnérabilité liée à leur état de santé physique ou mental, ou à leur âge. « Quand vous faites cette démarche, il y a une part de confiance, un laisser-aller. Mais dans la conscience collective, l’approche est compliquée : ce sont des hommes, majeurs, et ils n’ont pas réagi », avait souligné au préalable Me Maud Vian, avocate de deux d’entre elles.

Michel Boudon encourt vingt ans de prison. Le verdict est attendu vendredi.




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