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« Je n’avais jamais vu une scène de crime aussi insoutenable »

  • Le procès de Mamadou Diallo s’est ouvert ce jeudi devant la cour d’assises du Rhône.
  • Suspecté du meurtre de Catherine Burgod en 2008, l’homme avait été acquitté en première instance.
  • Au premier jour du procès, les enquêteurs sont venus témoigner, soulignant toute la dureté de la scène de crime et écartant la piste Thomassin, ancien espoir du cinéma français longtemps soupçonné des faits.

A la cour d’assises du Rhône,

« J’ai été confronté à de très nombreuses scènes de crime et de nombreux cadavres. » A la barre, l’ancien officier de police l’annonce d’emblée : « En 32 ans de carrière », il n’avait jamais vu une telle scène, « particulièrement difficile, horrible, insoutenable ». Dans la salle de repos de l’agence postale de Montréal-la-Cluse, ce matin du 19 décembre 2008, gît au milieu d’une mare de sang le corps désarticulé de Catherine Burgod, dont la tête est encore appuyée sur le meuble de levier. Ses jambes, recouvertes d’un collant rouge, semblent avoir été cassées, à l’image de celles d’un pantin qu’on aurait jeté contre le sol.

Sur l’écran installé au milieu de la salle d’audience de la cour d’appel de Lyon, les images, difficiles à regarder, défilent dans un silence de cathédrale tandis que Mamadou Diallo tourne les yeux dans une autre direction. « Je le dis depuis le début, je suis innocent. Je n’ai pas tué cette pauvre femme », répète d’une voix douce l’accusé de 34 ans, qui avait été acquitté en avril 2022 avant que le parquet général ne fasse appel.

Droit dans son costume bleu marine, l’homme reconnaît sa présence sur les lieux mais maintient sa version des faits. « J’ai pris la liasse de billets, j’ai fui. Ma plus grande peur c’était qu’on m’accuse à tort car j’avais volé l’argent. C’est ce qui est arrivé et c’est pour ça que je suis là aujourd’hui », se défend-il à l’ouverture de son procès.

Des pistes négligées ?

« Une personne lambda, amenée à pousser la porte et qui voit en face ce corps sanguinolent, affalé sur le sol dans cette position, ne reste normalement pas sur les lieux », analyse l’officier qui dirigeait à l’époque la section de recherches à la police scientifique de Lyon. « Elle s’assure que la personne est encore vivante et appelle les secours. C’est ce qui s’est produit avec les premiers témoins », rappelle-t-il à l’intention des jurés, mettant à mal la stratégie mise en place par la défense.

« Comment expliquer qu’on retrouve un ADN [celui de Mamadou Diallo] mélangé au sang de la victime ? Si ce n’est que cette personne a pu se blesser pendant l’assaut », poursuit-il avant d’être coupé par Sylvie Noachovitch, l’avocate de l’accusé, qui tente de soulever les « pistes négligées » par les enquêteurs. Celle du mari de la victime, délaissé quelques mois plus tôt par son épouse et qui ne supportait pas la séparation, ni de savoir qu’elle était enceinte d’un autre. Celle de l’acteur Gérald Thomassin, ancien espoir du cinéma, longtemps suspecté d’être l’auteur du meurtre.

« On s’est épuisé pour rien sur la piste Thomassin »

« Thomassin, on s’est épuisé pour rien sur cette piste, reconnaît l’adjudant-chef Emmanuel Roy, directeur d’enquête. Tout ce qu’il disait, c’était des mensonges, rien n’était vrai. »

Dans le village, on le voyait prostré, en train de pleurer sur la tombe de la postière. On l’entendait raconter, une bière à la main, la façon dont la victime a été égorgée puis poignardée dans les poumons, mimant la scène. Placé sur écoute téléphonique, l’acteur confesse à son frère avoir tué Catherine Burgod. Alors les enquêteurs ont l’intime conviction qu’il est le coupable. « On avait vraiment l’impression de vécu pour qu’il apporte des éléments aussi précis, souligne Emmanuel Roy. Et puis, il avait cette vie particulière, cette vie de marginal. Il ne faisait rien. Il commençait sa journée par boire un café et il allait s’alcooliser. »

Mais au fil des années, les gendarmes se rendent à l’évidence. « Pas d’éléments matériels et ça, ça pose problème », résume le directeur d’enquête. A savoir, « aucune trace ADN de la victime chez Thomassin » ou sur ses vêtements, « aucune trace papillaire de Thomassin découverts sur les lieux des faits ».

Mystérieusement disparu en 2019 alors qu’il se rendait à Lyon pour être confronté à Mamadou Diallo dans le bureau du juge d’instruction, l’acteur a depuis bénéficié d’un non-lieu. « On ne néglige rien. Tout ce qui devait être vérifié, a été vérifié », insiste en guise de conclusion l’adjudant Roy. Le verdict doit être rendu le 19 ou le 20 octobre.




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