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Abus sexuels : le pape a « demandé pardon » à des victimes françaises

La rencontre avait été reportée, mais elle a finalement eu lieu. Des victimes françaises des frères de l’instruction chrétienne de Saint-Gabriel ont pu longuement s’entretenir avec le pape François, mardi 28 novembre. Durant près de trois quarts d’heure, il les a reçus dans un salon, au rez-de-chaussée de Sainte-Marthe, en milieu d’après-midi.

« Le pape nous a demandé pardon », raconte Christian Bizon, membre de cette délégation, arrivée à Rome dimanche 26 novembre et constituée de victimes de la communauté des Frères de Saint-Gabriel. Cet institut religieux fondé au XVIIIe siècle et spécialisé dans l’éducation est très présent en Vendée. « Je vous demande pardon, au nom de l’Église », a dit le pape, devant la vingtaine de personnes présentes.

« Ce calvaire est le symbole de ce que nous vivons »

Durant la rencontre, qui a eu lieu « dans une grande simplicité », développe Christian Bizon, François a écouté les personnes présentes, qui ont notamment expliqué au pape la manière dont ils ont constitué une association destinée à porter la voix des victimes. Les membres du groupe ont remis au pape une photo d’un calvaire situé à Issé, en Loire-Atlantique, où l’association avait organisé une commémoration, en juin dernier, en mémoire des victimes d’actes de pédophilie. « Ce calvaire est le symbole de ce que nous vivons », indique aujourd’hui cet homme, qui est lui-même devenu frère de Saint Gabriel.

Une vingtaine de personnes étaient présentes, parmi lesquelles trois responsables de la communauté à laquelle appartenait le frère pédocriminel dont furent victimes, dans les années 1960, la plupart d’entre elles. « L’homme est un loup pour l’homme », leur a dit le pape. « Il a filé cette métaphore en disant que certains hommes sont des loups qui mangent des enfants. Il nous a aussi raconté avoir été très marqué par un cas dont il avait eu connaissance en Argentine, où une femme avait été violée par un prêtre lors de sa première confession », raconte un des participants.

« Engagement non négociable » de l’Eglise contre la pédophilie

Ce collectif, intitulé « Association pour la mémoire et la prévention des abus sexuels dans l’Église de l’Ouest (Ampaseo) » est le premier groupe de victimes français reçu par le pape François. Initialement, tous auraient dû être reçus lundi 27 novembre au matin, mais le Vatican avait reporté la rencontre, en raison d’une inflammation pulmonaire dont souffre le pape François depuis samedi 25 novembre.

Le pape a aussi adressé une lettre aux victimes, qui leur a été remise mardi 28 dans la matinée, alors que le groupe était reçu dans les locaux de la commission pontificale pour la protection des mineurs. « J’ai demandé à la commission d’écouter vos mots en mon nom et de recueillir vos témoignages afin qu’ils puissent renforcer et inspirer notre engagement commun pour éradiquer les abus de notre Église et de nos communautés », écrit le pape. « Nous pouvons le faire ensemble, encourage-t-il, tous ensemble, chacun accomplissant sa propre part pour rompre le silence des abus. »

« Je renouvelle l’engagement non négociable des Églises pour mettre à jour et vérifier les politiques de protection et (instaurer) des règles professionnelles dans la formation humaine de notre clergé et de nos religieux, ainsi que la recherche d’une atmosphère sûre dans nos écoles », poursuit François, dans cette lettre datée du 28 novembre.

Initialement, cette délégation aurait aussi dû comprendre deux responsables catholiques, sœurs Véronique Magron, la présidente de la Conférence des religieuses et religieux de France (Corref) ainsi que le juge Antoine Garapon, président de la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR), qui ont travaillé avec les victimes ces deux dernières années. Mais le Vatican a refusé la présence des représentants de ces deux institutions au sein du groupe.

« Nous n’avons pas plus de détails sur les raisons qui ont conduit le Vatican à restreindre le nombre de personnes invitées à rencontrer le pape », expliquait, avant l’audience papale, le père Yvan Passebon, supérieur des Frères de Saint-Gabriel. Ce refus a soulevé colère et incompréhension chez certains membres de la délégation, alors que le Vatican avait déjà reporté sine die une audience papale prévue, en décembre 2021, avec les membres de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), auteurs d’un rapport choc publié en octobre 2021.

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