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Antivax : les « V_V », ou le récit d’une dérive conspirationniste contre la politique sanitaire

Des manifestants portant des masques anonymes brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire « vérité », lors d’une journée nationale de protestation contre la politique sanitaire du gouvernement, à Montpellier, le 31 juillet 2021.

Ils sont technicien de maintenance, commerciale, patronne de PME, enseignante, ingénieure, agriculteur, artiste peintre ; âgés de 30 à 50 ans, ils vivaient dans l’Est, le Bassin parisien, à Montpellier ou en Bretagne, des vies jusque-là sans histoires. Aucun n’avait eu affaire à la police. Dix membres d’un groupuscule baptisé « V_V » sont jugés devant le tribunal correctionnel de Paris, à partir de lundi 2 octobre, pour avoir monté, en 2021, des raids coordonnés de harcèlement en ligne contre deux élues et un médecin, fustigés et traités de « nazis » dans des centaines de messages pour leur soutien à la politique vaccinale menée contre la pandémie de Covid-19.

L’histoire des « V_V » est celle de la dérive d’une minorité convaincue, à force de lectures et d’échanges sur les réseaux sociaux, que la pandémie de Covid-19 n’était qu’une cabale menée par un cénacle de puissants pour inoculer des poisons à la population et instaurer un contrôle totalitaire des opinions. Mais les importants moyens d’enquête consacrés à ce groupe, qui a compté au maximum quelques centaines de sympathisants en France, racontent aussi, en creux, l’inquiétude de l’Etat face à ces mouvements de protestation d’un genre nouveau, nés pendant la pandémie.

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C’est avant tout par conviction profonde que ces « M. et Mme Tout-le-Monde », comme les définit une source proche de l’enquête, ont rejoint « V_V », une organisation de « résistants » née en Italie à la fin de 2020. Le logo du groupe, un double « V » – pour le mot « vivere », « vivre » – rouge dépassant d’un cercle, parodie celui de V pour Vendetta, une bande dessinée dystopique scénarisée par Alan Moore dans les années 1980, dans laquelle un révolutionnaire anarchiste lutte pour la liberté dans une Angleterre fasciste.

« Des gens avec qui je pouvais discuter facilement »

Au cours de leurs auditions, la plupart des prévenus de ce dossier – leurs avocats n’ont pas souhaité s’exprimer avant l’audience – décrivent le même parcours, qui les a amenés des réseaux sociaux les plus fréquentés, comme Facebook, à des plates-formes plus marginales, comme Odysee ou le russe VK, jusqu’aux « V_V ». Opposés à la vaccination contre le Covid – la plupart admettent ne pas être vaccinés, ou refusent de dire aux enquêteurs s’ils le sont –, ils cherchent la solidarité d’autres « résistants » non vaccinés face à ce qu’ils vivent comme une grave atteinte à leurs droits. Leila F. n’en démord pas face aux gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH) qui l’interrogent : « On m’oblige à faire un traitement expérimental qu’on appelle vaccination alors que j’ai des anticorps et que j’ai été malade du Covid. A partir du moment où on m’oblige à toucher à mon corps, c’est du nazisme. »

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