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Censé témoigner anonymement au procès Rédoine Faïd, ce repenti apparaît à visage découvert à cause d’un bug

Au procès de Rédoine Faïd, un accusé qui comparaissant sous anonymat est apparu sur les huit écrans de la salle d’audience pendant plusieurs minutes.
BENOIT PEYRUCQ / AFP Au procès de Rédoine Faïd, un accusé qui comparaissant sous anonymat est apparu sur les huit écrans de la salle d’audience pendant plusieurs minutes.

BENOIT PEYRUCQ / AFP

Au procès de Rédoine Faïd, un accusé qui comparaissant sous anonymat est apparu sur les huit écrans de la salle d’audience pendant plusieurs minutes.

JUSTICE – « On le voit ! » Ces trois mots ont déclenché la panique au procès de Rédoine Faïd, ce jeudi 5 octobre, alors qu’un accusé qui comparaissait sous anonymat est apparu à visage découvert sur les huit écrans de la salle d’audience pendant plusieurs minutes.

Depuis l’ouverture du procès début septembre, Marc (prénom modifié) était assis sur les bancs des accusés, où il comparaissait libre, mais le public ne l’avait jamais vu. Il était caché derrière un paravent de bois, et la salle d’audience devait être évacuée à chaque suspension pour qu’il puisse sortir discrètement.

Ces mesures d’anonymat ont été prises car l’homme de 48 ans a changé de vie et d’identité après avoir collaboré avec la justice il y a quelques années, comme sa femme et leurs trois jeunes enfants. Fin 2017, il avait « balancé » dans une affaire de double assassinat son désormais ex-ami Jacques Mariani, figure du grand banditisme corse âgée de 57 ans, dont 38 passés en prison.

Un autre projet d’évasion en question

Un dossier en marge duquel il avait aussi parlé aux policiers d’un projet d’évasion avorté, datant du printemps 2017. Selon ses déclarations, le braqueur multirécidiviste Rédoine Faïd avait demandé à Jacques Mariani de l’aider à s’évader, en échange d’assassinats ciblés de membres d’un clan rival corse.

C’est pour ce projet – que Rédoine Faïd et Jacques Mariani contestent et qui n’est pas lié à l’évasion par hélicoptère de la prison de Réau en 2018 – que le bandit corse et « Marc » (qui a reconnu avoir joué l’intermédiaire) comparaissent en ce moment devant la cour d’assises de Paris.

Ce jeudi, alors que l’homme était à la barre, les personnes présentent dans la salle n’entendaient que sa voix grave et traînante : « Ça fait un mois que je suis là, que j’entends que je suis un menteur… Ce n’est pas du tout simple d’être là ». Et puis soudain, un murmure est monté des bancs bien remplis du public.

Panique dans la salle d’audience

Dans la grande salle d’audience, les huit écrans viennent de se mettre à diffuser en gros plan l’homme à la barre, devant son paravent devenu inutile. Au premier rang du public résonnent alors des manifestations d’enthousiasme émanant des proches de Jacques Mariani.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? », demande la présidente Frédérique Aline. « Rien, rien », répond-on depuis les bancs de la famille Mariani. « On le voit », finit par crier quelqu’un dans le public.

Puis c’est la panique : des gendarmes tentent de replier le paravent autour de l’accusé et de le cacher avec leurs corps. Son avocate s’essaie à la même manœuvre, sans réel succès non plus. Une autre avocate lève un bout de tissu devant le visage de Marc, resté à l’écran pendant plusieurs minutes.

Dans la confusion, la présidente fait évacuer la salle. Quand le public revient, elle annonce, furieuse : « Une photo a été prise et est déjà diffusée sur les réseaux sociaux ». Elle ordonne aux gendarmes de « ne laisser sortir personne » et de vérifier les téléphones. Chou blanc.

Une photo prise de la fuite

Un « mépris des règles élémentaires » qui ne fait « que légitimer les mesures mises en œuvre » pour masquer l’accusé, fulmine la magistrate. Les avocats généraux annoncent sobrement une « enquête administrative » pour faire la lumière sur ce problème technique.

« J’espère qu’on trouvera la personne » qui a pris la photo, dit la présidente à Marc, de retour derrière son paravent à la barre, les écrans de la salle désormais noirs.

Elle donne alors à nouveau la parole à l’accusé, au parcours étonnant. Il a fait de la politique et a été condamné pour des faux en écriture, a organisé des rencontres de parlementaires avec Bachar al-Assad en 2015… Avant de rencontrer « par hasard », selon lui, Jacques Mariani à la réception d’un hôtel de La Baule. Dans le cadre d’une libération conditionnelle, le grand bandit corse y travaillait comme veilleur de nuit.

« Est-ce que j’ai décidé d’être coach pour réinsertion de fichés au grand banditisme ? Non », reprend-il tranquillement à la barre. « Si j’ai un point commun avec Jacques Mariani… »

Dans le box, le bandit corse au crâne chauve et grosses lunettes l’interrompt et explose. On le voit jeter ses bras dans tous les sens, il crie « menteur », demande à quitter le box. Nouvelle suspension, Jacques Mariani se calme. L’audience reprend. Lui sera entendu ce vendredi.

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