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Décès du premier magistrat de Narbonne : Didier Mouly, au nom du maire

Retour sur le parcours atypique de cet avocat qui a épousé tardivement une carrière politique à l’échelon local en marchant dans les pas de son père, Hubert Mouly, maire de Narbonne de 1971 à 1999. Il est décédé ce dimanche 8 octobre à l’âge de 72 ans. 

Né le 11 mai 1951 à Béziers, Didier Mouly est le fils cadet d’Hubert Mouly, maire de Narbonne de 1971 à 1999. Comme son père, Didier Mouly embrasse une carrière d’avocat qu’il devient en 1976, riche d’une licence en droit. Il se spécialisera en droit de la famille. Il avait d’ailleurs aussi, comme son père, été Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Narbonne, ville dans laquelle il était alors aussi connu pour avoir présidé le club de foot le Fun de 1990 à 1999. En 2008, il prend les rênes de l’association Nouveau Narbonne, l’association fondée quarante ans plus tôt par son père, André Mecle et Léon Pujau. 2008 est aussi l’année qui verra Narbonne rebasculer à gauche avec la victoire de Jacques Bascou contre le maire sortant Michel Moynier.

Six ans plus tard, Didier Mouly, 62 ans, part à la reconquête de la ville avec une garde rapprochée qui l’accompagnait encore ces derniers jours. Sa liste, apolitique, mais à tendance centre droit, promet “une gestion de bon père de famille” et ressemble sociologiquement à celle de 1971 permettant à son père d’arracher la ville aux socialistes. Son projet phare : la construction d’une “grande salle multimodale” qui deviendra en décembre 2019 l’Arena.

Comme son père en 1971, il arrache la ville aux socialistes

Poussé par une vague bleue et par la défiance de l’électorat de gauche pour les socialistes alors que François Hollande dirige le pays depuis deux ans, Didier Mouly, pour sa première élection, l’emporte de 329 voix, en dépit d’une triangulaire face au maire sortant Jacques Bascou et le Front national.

Malgré un recours en annulation de cette élection devant le tribunal administratif, déposé par le premier magistrat battu, la justice conforte sa victoire. En revanche, l’agglomération reste entre les mains de la gauche et de Jacques Bascou conduisant durant six ans à une guerre larvée entre les deux institutions. Début 2020 et après plusieurs semaines de discrétion, Didier Mouly se lance dans la bataille de sa réélection. Il sera d’ailleurs le premier à dévoiler sa liste composée en bonne partie de conseillers municipaux sortants (27) et de 17 nouveaux dont 12 femmes. Sa garde rapprochée lui reste fidèle avec Bertrand Malquier, Sylvie Alaux, Guy Clergue, Jean-Pierre Courrèges décédé en décembre 2022, Alain Vico, Jean-Paul Cesar, Jean-Michel Alvarez, Xavier Belart, Jacques Pairo, Yamina Abed ou encore Evelyne Rapinat.

2020, la confirmation et l’agglomération

Profitant des divisions à gauche et d’un bilan honorable, il l’emporte sans difficulté dans le cadre d’une quadrangulaire avec 1 300 voix d’avance dans une élection marquée par le surgissement de la crise de la Covid-19. Quelques semaines plus tard, il devient président de l’agglomération avec l’appui des maires de droite, du centre et des sans étiquette. Des succès mais également un échec puisque la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) avait relevé des irrégularités dans les comptes de campagne. Elle avait considéré que l’association Nouveau Narbonne avait fait un don à la liste Nouveau Narbonne 2020, en mettant à disposition une chargée de mission pour la campagne et en ne facturant qu’une partie de cette mission. “L’action et les intérêts de Nouveau Narbonne se confondent avec ceux de la liste Nouveau Narbonne 2020”, avait conclu la commission.

Je recherche en permanence la proximité, c’est ma vie, je suis comme ça !

En mai 2021, le tribunal administratif ne déclare pas Didier Mouly inéligible mais ses comptes de campagne sont rejetés. Plusieurs conflits larvés vont apparaître lors de ce second mandat, dont le plus médiatique, avec les Grands buffets dont le créateur, Louis Privat, annonce durant l’été 2022 le déménagement. Mais avant ça, Narbonne est au cœur de l’actualité nationale avec le classement des Halles comme le plus beau marché de France. Discret médiatiquement, Didier Mouly jubile devant les caméras de TF1. Dès le début de l’année 2023, Didier Mouly a changé de stratégie politique et annoncé réviser les projets de sa campagne, conçue au plus fort de la crise du covid. Avec des budgets axés sur le refus de l’augmentation des impôts, il tient compte de l’inflation et de la crise du pouvoir d’achat et de l’énergie.

Pour lui, outre l’empreinte de l’Arena, il souhaite laisser celle d’une ville entrée de plain-pied dans l’ère de l’économie énergétique. Une ville éclairée à 50 % par des LED, dotée d’un nouveau réseau de chaleur, avec la récupération de l’énergie de la station d’épuration, la rénovation énergétique de la piscine du palais du travail, et la réhabilitation de nombreux édifices publics. Un programme chapeauté par le plan Canopée consistant à planter 10 000 arbres et arbustes supplémentaires d’ici 2030 pour végétaliser la ville. Ses adversaires politiques ne sont pas avares en critiques le qualifiant de hautain, d’orgueilleux, rancunier et pas diplomate pour un sou. Ses partisans évoquent quant à eux un travailleur acharné, jamais dogmatique et profondément amoureux de Narbonne, aussi soucieux de son développement économique. Dans les colonnes de L’Indépendant, quelques semaines après son élection, Didier Mouly parlait de sa méthode. Celle d’un homme de terrain. “Elle est faite de rencontres, de concertation, d’écoute, véritablement. Certains se moquent de cette proximité que je recherche en permanence, mais c’est ma vie, je suis comme ça, je ne me force pas… Moi, je n’hésite pas à rencontrer les gens, et je vais continuer. Mais je ne fais pas que rencontrer les Narbonnais, je sais aussi ce que c’est de travailler !”.

Au début de l’année 2023, Didier Mouly est frappé par un drame. Sa femme, Solange Mallié-Mouly, décède à l’âge de 72 ans d’une crise cardiaque. Quelques semaines plus tard, la maladie le frappe et l’oblige à prendre du recul dans la vie politique. Combatif malgré de lourds traitements, Didier Mouly effectue quelques apparitions publiques, gère les dossiers importants, mais il se fait alors de plus en plus rare, laissant à Bertrand Malquier, à la ville, et à Henri Martin, maire de Port-La Nouvelle, à l’agglomération, le soin de gérer les affaires courantes. Malgré un retour sur le devant de la scène en septembre, la dégradation de son état de santé est réelle jusqu’à son hospitalisation ces derniers jours et l’annonce de sa mort ce dimanche 8 octobre.

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