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DIRECT. Nicolas Zepeda jugé pour l’assassinat de Narumi Kurosaki : Un témoignage loufoque au 4e jour du procès en appel à Vesoul

Nicolas Zepeda, accusé de l’assassinat de son ex-petite amie Narumi Kurosaki en 2016 à Besançon, est jugé devant la cour d’appel de Vesoul (Haute-Saône) du 4 au 22 décembre 2023. Suivez les débats du quatrième jour, minute à minute, grâce à notre journaliste Sarah Rebouh, présente dans la salle d’audience.

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11h50 : Le 3 décembre au soir et le 4 décembre 2016, Nicolas Zepeda passe sa journée complète à la résidence universitaire dans laquelle vit Narumi Kurosaki. Il part ensuite à Ornans, au restaurant, avec Narumi Kurosaki et revient à Besançon vers 22h30. “Son véhicule reste immobile toute la journée du 5 décembre et redémarra le 6 décembre à 4h23, quelques heures après que les amis sont venus tambouriner à la porte de Narumi Kurosaki. C’est pile 24h après avoir entendu des cris de souffrance dans la résidence universitaire”, détaille David B, directeur de l’enquête. Concernant les caméras de surveillance de la cité universitaire. “Le système est totalement obsolète”, explique-t-il.

11h38 : Nicolas Zepeda a réservé son véhicule de location le 17 novembre 2016 pour se rendre à Besançon et a effectué de nombreux déplacements, à Dijon, Dole, Ornans… Ce véhicule est évidemment fouillé minutieusement par les enquêteurs. Il avait déjà été reloué entre-temps mais l’agence de location précise aux policiers que le loueur suivant s’était plaint de l’état de propreté de la voiture. Un pneu abîmé et de la terre ainsi que de l’herbe coincée dans les plastiques sous les passages de roues ont été retrouvés. La carte SIM que possède le véhicule est reliée aux relais téléphoniques et permet aux enquêteurs de tracer les déplacements de Nicolas Zepeda. “On découvre aussi des achats réalisés par Nicolas Zepeda sur le territoire français. On découvre qu’il achète une carte SIM chez SFR à Dijon. Il achète aussi des articles troublants à Dijon, à la Toison d’or, pour acheter une boîte d’allumettes, 5 litres de produits inflammables et un spray de détergeant à l’eau de javel. Cela nous surprend”, poursuit l’enquêteur David B.

11h24 : La téléphonie et la géolocalisiation du portable de Narumi sont décortiquées par la police. Le 5 décembre 2016, 21h32, son téléphone cesse d’émettre. C’est le moment où les proches de Narumi Kurosaki se trouvent devant la chambre de la victime, dans l’espoir de la voir revenir. Arthur Del Piccolo reçoit au même moment un message de rupture depuis le téléphone de la victime. “Il était effondré, très triste.  Il explique à ses amis que Narumi n’est pas en danger et que les recherches peuvent cesser”. Les étudiants renoncent alors à entrer dans sa chambre. Le téléphone de la victime avait borné également sur les antennes de la région dans le Jura. “On comprend rapidement qu’elle se trouvait à Ornans. On décide de procéder à une enquête sur Ornans un dimanche soir, 15 jours après les faits”, poursuit David B, avant de se faire reprendre par les avocats de la défense qui lui demandent de ne pas lire les notes qu’il a devant lui, dans le but de respecter l’oralité des débats imposée par la procédure devant les assises. L’enquêteur reprend sa démonstration en faisant fonctionner sa mémoire, sans ses notes.

11h17 : Arthur Del Piccolo est alors interrogé, son téléphone et son ordinateur portable sont exploités. Il est même placé sous surveillance et sur écoute par la police. L’enquêteur revient aussi sur les témoignages des voisins de chambre de Narumi Kurosaki, entendus la veille. 

Aucun élément probant n’est mis en lumière par tout ce qu’on tente sur Arthur Del Piccolo.

David B., directeur d’enquête sur l’affaire Narumi Kurosaki

11h15 : “Le 15 décembre 2016, la police est saisie pour une enquête pour disparition inquiétante”, développe l’enquêteur, rappelant des éléments déjà exposés ces jours précédents. “Dès le 16 décembre, une information judiciaire pour des faits d’enlèvement et séquestration est ouverte par le tribunal de Besançon. Quand on est saisis, on fige les lieux, on réalise des investigations techniques sur la téléphonie et des auditions des proches ainsi qu’une enquête de voisinage. Le soir même, nous avons effectué des constatations dans la chambre de Narumi, la chambre 106, située au premier étage de la résidence universitaire”, détaille le policier. Les enquêteurs constatent qu’il manque une valise, son téléphone, sa couverture, son téléphone et un drap. “Sont présents un portefeuille contenant 565 euros, son sac à main, son ordinateur, son seul manteau d’hiver, ses cartes bancaires… Cela nous surprend un petit peu et nous engage dans la thèse de l’absence d’un départ volontaire”. Les techniciens de la police ont utilisé un révélateur, un produit pulvérisé, pour révéler par exemple de potentielles traces de sang encore présentes. “On retrouve peu d’éléments probants. On retrouve quelques traces sur les murs, une trace un peu plus importante dans la douche, simplement, on ne s’arrête pas à ça, car le Bluestar (produit utilisé) réagit aussi à la Javel”.

11h05 : Une étudiante interrogée par la police a expliqué que Nicolas Zepeda avait supprimé tous les contacts masculins du compte Facebook de Narumi Kurosaki, corroborant la thèse de l’emprise du jeune homme sur la victime. “Une autre personne nous explique aussi que Nicolas Zepeda lui avait bloqué ses comptes Facebook”. La démonstration se poursuit concernant l’enquête de police. L’homme à la barre rapporte également les propos d’Arthur Del Piccolo, très inquiet qui avait débuté une enquête avant la police, à charge contre Nicolas Zepeda. “Cela nous perturbe un peu. A ce moment-là, personne n’envisage la piste chilienne. Pour nous c’était inconcevable pour qu’un ressortissant chilien traverse la terre entière pour faire du mal à son ex-petite amie. Cela nous amène en premier lieu à soupçonner Arthur Del Piccolo”, rapporte le directeur d’enquête. 

10h52 : L’audience reprend. David B., brigadier chef de la section criminelle de Besançon s’avance à la barre. Il va exposer les éléments d’enquête de cette affaire complexe. Il en avait la charge. Pour rappel, le corps de la victime n’a jamais été retrouvé. “Je vais vous relater l’enquête qui nous amène aujourd’hui dans les grandes largeurs”, entame l’homme en veste de costume et en pantalon beige.

L’audience est suspendue environ 15 minutes.

“Il est maintenu dans une forme de délire. C’est douloureux pour tout le monde. Cela n’aide pas du tout Nicolas Zepeda. Mon confrère et moi ne cautionnons pas ce témoignage”, explique à la presse Me Portejoie, avocat de Nicolas Zepeda, au sujet de Saïd N., dernier témoin entendu. 

10h20 : Me Cormier interpelle le témoin : “Vous vous rendez compte de ce que vous êtes en train de faire ?”, interroge l’avocat de Nicolas Zepeda. “Vous venez faire votre numéro !”, s’emporte l’avocat lyonnais. “Il serait bon temps de vous taire, ici et dehors”, demande Me Portejoie. Le témoin et ses explications loufoques n’ont convaincu personne, même pas la défense. Il est invité à quitter les lieux.

10h09 : “Je n’entends pas ajouter à la souffrance de la famille de Narumi Kurosaki, je n’ai pas de question”, dit Me Galley, avocate de la famille de la victime. Etienne Manteaux, avocat général, n’a pas l’intention de laisser le sérieux de l’enquête de police soumise au doute. Il décortique les propos de l’homme. “Vous avez fait la Une des médias chiliens. Votre témoignage en boucle sur les médias était là pour démontrer combien la justice française faisait erreur. Vous nous dites sur cette soirée du 11 décembre que vous étiez rue d’Arènes et que vous avez vu une jeune fille asiatique avec une valise qui était au CLA, avec un jeune militaire, lequel militaire devait repartir à Metz et qu’ils sont repartis ensemble. Tous ces éléments sont concordants avec les éléments fournis par cette jeune taïwanaise entendue par la police”, développe Etienne Manteaux, tout en faisant mention des cinq condamnations inscrites sur le casier judiciaire du témoin actuellement à la barre. “Allez-y, envoyez, j’ai les épaules solides”, lance l’homme. 

Je vais essayer de garder mon calme.

Etienne Manteaux, avocat général

10h : L’homme dit aussi que plusieurs témoins ont vu Narumi Kurosaki à Verdun, dans un restaurant, le 19 décembre 2016. Le gérant du restaurant PMU aurait confirmé auprès de la police de Besançon avoir vu une femme “ressemblant en tous points” à la personne disparue. Il s’avère qu’il s’agit d’une autre femme d’origine asiatique, selon les vérifications effectuées par les policiers. Une certaine Kim A., retrouvée par la police aurait été confondue avec Narumi K. 

9h38 : “Vous êtes allé entendre qui à la Bouloie, noms, prénoms ?”, interroge François Arnaud, le président, qui perd un peu patience et bouscule le témoin dans ses certitudes. “Je n’ai pas noté”, répond le témoin. Le président lui rappelle que les policiers ont vérifié ses dires et interrogé ce Jordan V. Il était accompagné d’une amie taïwanaise le jour où Saïd N. a cru voir Narumi Kurosaki. “Vous parlez ensuite de Verdun. Comment savez-vous qu’il s’est passé quelque chose sur Verdun ?”, interroge le président. “France 3”, répond l’homme. “J’ai mal saisi votre histoire de documents mal transmis”, indique François Arnaud.

9h19 : Il continue à détailler ce qu’il a mis en œuvre pour en savoir plus sur cette affaire. Il a interrogé lui-même des témoins. Son explication est fleuve et particulièrement détaillée, mais peine à convaincre, sept ans après les faits. La mère et les sœurs de Narumi Kurosaki sont comme tous les jours installées au premier rang, près des avocats des parties civiles. Nicolas Zepeda écoute attentivement le témoin. “J’aimerais savoir ce qu’on a voulu cacher dans tout ça. Je suis formel, j’ai vu Narumi le 11 décembre 2016. Cela fait six ans que je le dis”, dit l’homme. “La dernière personne à avoir vu Narumi est Jordan V., un militaire. Comment j’aurais pu inventer toute cette histoire ? Voilà, c’est ce que j’avais à dire”, conclut Saïd N.

9h04 : L’audience débute. Le premier témoin s’appelle Saïd N. Il s’est largement répandu dans la presse au début du procès. Le maçon de profession commence son explication. “On dit que Narumi a été assassinée le 4 décembre, mais je l’ai vue le 11 décembre dans un snack rue d’Arènes à Besançon. Je rentre dans ce snack aux alentours de 18h30. Je vois une jeune fille asiatique en pleurs. Je la reconnais immédiatement. Elle est avec un militaire, en pleurs. -J’ai peur, il va revenir-, m’a-t-elle dit. – Je ne peux plus rester ici, il va revenir -“, détaille l’homme. Il explique avoir parlé avec Narumi. Elle lui aurait dit qu’elle était étudiante au CLA et qu’elle s’appelait Narumi. “Le militaire se lève et m’a dit qu’elle était en sécurité avec moi”, rapporte-t-il. “Elle portait une valise noire neuve avec des fleurs à pétales turquoise”. Narumi Kurosaki et le militaire seraient ensuite partis en disant qu’ils allaient prendre le train. L’homme explique s’être fait envoyer “bouler” par la police quand il les a prévenus que Narumi Kurosaki était vivante. “Vous allez m’écouter ? Il y a un appel à témoins. Je vous appelle et vous ne voulez pas m’écouter”, rapporte le témoin en se remémorant ce qu’il a dit à la police. Il dit avoir appelé 30 fois les forces de l’ordre pour leur donner des informations. Il a aussi contacté de nombreuses fois les avocats et des journalistes locaux. “J’ai pris l’initiative de mener cette enquête”, dit-il. 

L’audience doit débuter à 9h.

Aujourd’hui, un témoin avancé par la défense promet de dévoiler le nom du vrai assassin… Il dit avoir vu la victime Narumi Kurosaki avec un militaire en gare de Metz plusieurs jours après sa disparition. Il remet en cause le sérieux de l’enquête de police. Ce témoignage avait été jugé peu crédible par les enquêteurs. L’un d’eux doit d’ailleurs être interrogé également ce jour. Un moment qui s’annonce clé pour la compréhension de cette affaire.

La veille, le 3e jour de procès a laissé la parole à plusieurs témoins, anciens étudiants de la cité universitaire de la Bouloie à Besançon et du bâtiment Rousseau, dans lequel vivait Narumi Kurosaki en décembre 2016, mois de sa disparition. Trois personnes interrogées ont entendu des cris horribles dans la nuit du 4 au 5 décembre, vers 3h du matin. “Ce n’était pas quelqu’un qui était en train d’avoir un rapport sexuel”, “on pourrait casser le bras de quelqu’un qu’il ne crierait pas comme ça. C’étaient des cris d’horreur”, ont rapporté deux anciens étudiants, absolument formels. La version de Nicolas Zepeda, qui a précisé aux enquêteurs qu’il avait eu des ébats sexuels intenses avec la victime, est alors clairement mise à mal.

Autre moment fort de cette 3e journée, le changement de version de l’accusé qui a admis, dans la matinée, avoir menti sur certains points et notamment sur l’objet de sa visite à Besançon. Il l’admet, il est venu à Besançon depuis le Chili pour voir Narumi, dans l’espoir de se remettre en couple avec elle. “Parfois, j’ai menti, je le regrette, je le dis”, a-t-il admis, sans pouvoir préciser exactement sur quels points.

Pour rappel, le corps de la victime, disparue dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016, n’a jamais été retrouvé par les enquêteurs, malgré des moyens considérables déployés par la justice française pour retrouver sa trace. Nicolas Zepeda a été condamné à 28 ans de réclusion en première instance pour l’assassinat de Narumi Kurosaki, étudiante japonaise présente à Besançon depuis quelques mois pour y apprendre le français. L’accusé, très soutenu par son père et sa mère, risque la réclusion criminelle à perpétuité. 

► (Re)lire le déroulé complet de la troisième journée du procès, le mardi 5 décembre 2023.

ARCHIVES. De la disparition de Narumi Kurosaki à la condamnation en première instance de Nicolas Zepeda pour assassinat :

Du 4 au 22 décembre 2023, suivez en direct les débats en cours à l’intérieur de la salle d’assises du procès en appel de Nicolas Zepeda à Vesoul. Rendez-vous chaque matin sur l’article “DIRECT” de notre site internet.

► Retrouvez tous nos articles au sujet de l’assassinat de Narumi Kurosaki.



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