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[VIDEO] DIRECT. Quadruple assassinat jugé à Perpignan – “Il y a une altération de la perception de la réalité chez Thierry Cahuzac”, analyse un psychiatre interrogé au procès

Le procès de Thierry Cahuzac, 53 ans, a débuté ce lundi 4 décembre 2023 devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales. Le verdict devrait être rendu vendredi.

Il est reproché à cet habitant de Villemolaque d’avoir tué ses parents et ses ex beaux-parents les 22 et 23 août 2020 à Perpignan et au Boulou. Des crimes qu’il a reconnus dès qu’il s’est rendu à la gendarmerie de Pollestres et qu’il revendique même, expliquant qu’il a agi pour “faire justice”.

Au deuxième jour du procès, après que des médecins légistes ont analysé pour la cour les lésions sur les victimes, Thierry Cahuzac a commis un incident en s’emportant de façon virulente au début de son interrogatoire sur les faits. La journée a pris fin avec le témoignage poignant de son fils Rémi, marqué toute son enfance par la terreur qu’infligeait son père. Et qui a demandé l’enfermement le plus longtemps possible de son père à la cour. 

En ce troisième jour, l’auditoire a écouté le matin les témoignages de parties civiles, les petits-enfants du couple Bertran, de la fille de Thierry Cahuzac, Laura, et d’experts. Dans l’après-midi, la marraine de Thierry Cahuzac, seul membre de sa famille, est venue déposer. Tout comme des experts. Dominique Bertran, l’ex-femme de l’accusé, prendra la parole en fin de journée. 

Comme ses enfants, elle a dans ses mains les photographies de ses parents et de ses ex beaux-parents.

Dominique Bertran, l’ex-femme de Thierry Cahuzac, s’approche à la barre.

Cette intervention est terminée.

Me Capsié, avocat de Laura et Rémi Cahuzac, et de Dominique Bertran : “Une hypothèse. Si vendredi la cour déclare qu’il n’est pas responsable pénalement, que va faire la psychiatrie pour Monsieur Cahuzac ?” “Il serait envisagé une hospitalisation d’office dans une unité médicale pour personnes difficiles sur une très grande période et avec l’instauration d’un traitement”, estime le psychiatre.

“Il est impossible de parler d’une abolition du discernement avec quatre examens de quinze minutes. On aide à la réflexion du magistrat dans le fait criminel. On a établi des hypothèses. On conclut a minima l’altération. L’abolition n’est pas à exclure.”

“Le but recherché des psychotropes est d’abraser la psychose.”

“La personnalité paranoïaque ne va jamais s’éteindre. Ce qui peut s’amenuiser ce sont les éléments de délires interprétatifs, liés aux soins ou au développement naturel de la maladie.”

“Dans le diagnostic de Monsieur Cahuzac, on part un peu dans tous les sens.”

“On peut exclure une bouffée délirante aigue chez Monsieur Cahuzac. Mais on peut voir évoluer une activité délirante à bas bruit. Car il interprète tout ce qui lui arrive au quotidien et il se sent persécuté par son ex-femme, ses parents, ses ex beaux-parents. Ce sont les hypothèses que l’on peut émettre. On est dans le délire. Cette personnalité pathologique faite de méfiance et de toute puissance n’entre pas dans l’abolition du discernement. Il peut être soumis à une sanction pénale.”

“Comment ces troubles peuvent-ils être soignés ? Sont-ils curables ?”, soulève la présidente. “Les personnes atteintes de paranoïa sont méfiantes mais ce n’est pas pathologique, développe le psychiatre. Cela se soigne avec de la psychothérapie. Les paranoïaques ne doutent jamais de ce qu’ils pensent. Puis le délire paranoïaque, là on est face à Monsieur Cahuzac. Il fait face à des situations paranoïaques, quand il croit qu’on met des poussières dans son lit, qu’on déplace les objets chez lui. Et il y a une activité délirante potentielle que l’on n’a pas réussi à déceler mais que l’on a vue dans d’autres tests.”

“Dépression”, “sentiment de persécution, “trouble grave psychotique”, “méfiance”, “psychorigidité”, “traits paranoïaques”, “psychotique délirant”, “altération de la perception de la réalité”, “voilà le bilan que l’on a pu brièvement tirer Madame la présidente”, conclut en quelques minutes le psychiatre dont les conclusions se sont essentiellement faites à partir d’audition de tiers.

“On se pose la question d’une personnalité sensitive.”

“Quand nous le rencontrons, il est en grève de la faim. Il ne boit que des boissons sucrées. Il a perdu plus de dix kilos. Il dit qu’il n’a de compte à rendre à personne. Il dit qu’il a fait juste pour deux mauvais parents, jaloux de lui, et deux criminels. Qu’il a été victime d’une cabale par ses ex beaux-parents.”

L’audience reprend. Un psychiatre est en visio pour répondre aux questions de la cour.

“Nous avons tenté de faire des entretiens. Je dis bien tenté. Quatre fois.” Thierry Cahuzac ne souhaitait pas se prêter aux examens.

La psychologue a terminé. L’audience est suspendue pendant quelques minutes.

“Pour Thierry Cahuzac, soit l’autre va dans son sens et il l’absorbe par inféodation, c’est un gentil. Soit l’autre ne le croit pas, et fait partie des méchants. Parfois, une mère par altérité ne comble pas son enfant. Il ne le comprend pas. La non prise en compte de l’autre amène à un égocentrisme infantile, et on pense que l’on est le bras armé de la justice. Lui, il est le corps entier. C’est le désarroi de ne plus avoir rien d’autre à être.”

“S’il s’était effondré, on aurait eu une situation beaucoup plus complexe, mais sans doute beaucoup plus humaine.”

“Le jugement et la représentation du réel sont très fortement perturbés chez Thierry Cahuzac.”

“Sa détermination change de cible. Il ajoute des souvenirs pour nourrir sa conviction. Il veut réduire les arguments des autres. Il veut être la justice. Il veut en avoir le droit. Un exemple de son narcissisme global : il m’a dit qu’il aurait aimé faire un groupe de gens comme lui qui auraient pu faire justice eux-mêmes.”

“Le persécuteur n’est pas toujours le même chez Thierry Cahuzac, même s’il est souvent incarné par son ex-femme. Mais il n’y a pas de construction qui ne varie pas du tout. Stratégiquement, modérément, il peut se décaler, mais pas trop. Le délire n’est pas global. Il n’y a pas de croyance qu’il l’amène à faire des choses.”

“Ce monsieur, s’il n’a pas de traitement psychiatrique, il ne pourra pas penser par lui-même. Il reste sur sa ligne de survie à lui. S’il lâche, il s’effondre. Il manque un fondement.”

Elle explicite comment elle lui a fait faire trois bilans au moyen d’images, de photos et d’un exercice vrai/faux. Bilan : traits psychotiques avérés et effondrement dépressif.

“Emergences pulsionnelles”, “action de ne pas mourir avant ses parents”, “traits qu’il doit à ses aînés”, “la détermination”, “qui est bon, qui est mauvais”, “la justice c’est moi”, “évitement par ironie ou séduction”, “association de quitter l’objectivité comme quelque chose qui lui fait faire un échec”, “dépression mélancolique”, “narcissisme oppressif”, “recours à la transgression”, “sentiment qu’on le suit et qu’on l’épie alors que c’est l’inverse”, sont autant de traits de Thierry Cahuzac mis en avant par la psychologue.

“Il dit de Dominique Bertran qu’elle est cynique, qu’elle a voulu le tuer, qu’elle est à l’origine de ses malaises en voulant l’empoisonner.”

“Tout le temps avec lui, j’ai tenté d’être la plus authentique possible. Je lui disais que c’était une conversation, mais un examen clinique. Ce qui m’a frappé c’est la place de sa grand-mère Yolande. Aimante. Idéalisée. D’emblée, il dira que sa mère était jalouse d’elle. Que cette grand-mère avait perdu un fils aîné, bébé. Peut-être, inconsciemment, cette grand-mère a alors donné son amour à son petit-fils. Et Monsieur Cahuzac dira de sa mère qu’elle est hyperactive et sthénique, peut-être elle était elle-même insecure. Pas du tout selon lui : elle a eu un double report d’amour. Vous voyez qu’il n’y a pas eu grande facilité à lui faire percevoir que sa mère a fait ce qu’elle a pu avec ce qu’elle était.”

Elle a pratiqué une analyse de Thierry Cahuzac. Elle l’a rencontré trois fois en 2022, en prison.

Une psychologue experte se présente face à la cour.

Cette personne se retire.

“Laura était très mature. La tête sur les épaules. Elle savait de quoi elle parlait. Et elle avait le souci de bien nous faire comprendre sa vie. Elle a été marquée par les violences et la pression qu’elle a subies. Elle nous disait qu’elle avait le souci de marcher en regardant toujours derrière elle, de fermer les volets. Mais elle avait le souci de voir aussi son père se faire soigner, et que tout s’apaise.”

“Notre accompagnement a été de recevoir Laura, alors mineure, plusieurs fois seule. Ou en compagnie de notre conseil. Pour lui expliquer notre intervention dans le cadre d’une audience correctionnelle face à son père. Nous nous sommes constitués partie civile pour Laura. Au terme de cela, comme Laura a bénéficié d’une somme d’argent pour préjudice moral, nous l’avons placée pour elle.”

Un nouveau témoin entre dans la salle, un membre de l’Enfance Catalane qui s’est occupé de Laura Cahuzac en 2013.

C’est terminé pour cette dame.

L’avocat général demande à cette dame comment les parents de Thierry Cahuzac se sont occupés de lui au fil de sa vie : “Quand il était petit, ils ont fait des choses pour sa dyslexie. Après le divorce, ils lui ont fait construire une maison, et avant ils l’ont hébergé, ils prenaient soin de lui. Je trouve qu’ils en ont fait beaucoup. Alain a fait beaucoup de travaux dans la fameuse maison. Quand il était occupé dans les travaux Thierry, ça allait mieux. Quand il était moins occupé, il recommençait à parler du divorce, des enfants…”

La présidente est bienveillante à l’égard de cette septuagénaire qui ne souhaitait pas venir déposer au procès. “Je le sais, je suis la seule qui reste de la famille”, consent la marraine de Thierry Cahuzac : “Je ne voulais pas voir mon filleul. Je me suis motivée pendant longtemps pour venir ici. Je n’ai pas peur. Mais ça remue trop.”

“Quand j’ai appris le drame, je n’en revenais pas. Je n’aurais jamais cru que Thierry en arriverait là. Il était presque violent, mais pas au point d’en arriver là.”

Cette dame avait vu sa cousine, Claude Cahuzac, deux jours avant le drame : “Je me souviens qu’elle était très contente d’avoir de nouveau des relations avec son fils. Avec Alain, ils étaient aussi très heureux de retrouver leurs petits-enfants.”

Par deux fois, elle pose son regard sur son filleul.

La marraine de Thierry Cahuzac : “Mon filleul a toujours dit que ma cousine n’était pas maternelle. Moi je n’ai jamais pensé cela. Mais je n’étais pas toujours chez eux. Tout est ressorti quand il a commencé à avoir des problèmes de santé, puis qu’il y a eu le divorce, puis qu’il n’a plus pu voir ses enfants. Pour lui, la terre entière le persécutait.”

Thierry Cahuzac, lui, est dans un coin du box, accoudé, la tête reposant dans sa main droite. Ses yeux sont fermés.

La présidente la guide dans son discours afin qu’elle puisse en apprendre plus à la cour sur la personnalité de Thierry Cahuzac et sur ses parents, car elle est la seule proche de la famille Cahuzac à témoigner dans ce procès.

“A partir du divorce, Thierry Cahuzac a changé. Il est entré en dépression mais il ne voulait pas se faire soigner. Il s’est mis à croire que tout le monde lui en voulait. Quand il s’est fâché avec ses parents, il venait souvent chez moi. Je donnais donc de ses nouvelles à ma cousine, car on était proches elle et moi. Thierry me répétait sans cesse que ses parents ne l’aimaient pas, que ses beaux-parents lui en voulaient, qu’il souffrait du divorce. Un jour, j’ai décidé de lui faire des remarques. Il est parti de chez moi en hurlant “Toi aussi tu crois que je suis fou.” J’ai appelé ma cousine pour lui dire que je ne l’avais vraiment pas trouvé bien. Et je ne l’ai revu qu’après le drame, que j’ai appris à la radio.”

“Je ne sais pas si je vais pourvoir arriver au bout.” Cette dame est très émue, très fébrile à la barre. La présidente la rassure. Lui propose un verre d’eau et une chaise pour s’assoir au besoin.

Il s’agit de la marraine de Thierry Cahuzac. Qui est la cousine germaine de Claude Cahuzac.

Un expert devait être entendu mais il a eu un accident. Et le suivant, étant à La Réunion, les horaires du décalage horaire ne se prêtent pas à son audition. Aussi, le programme est modifié. Un témoin est demandé à la barre.

L’audience est suspendue jusqu’à 14h10.

L’avocat général s’adresse à l’enquêtrice : “Ne pensez-vous pas que Thierry Cahuzac fait aussi preuve de manipulation ? Quand il vous fait du chantage pendant l’entretien pour obtenir des réponses…” Celle-ci répond : “Sur la manipulation, je ne peux pas m’empêcher de le penser, oui. Par exemple, quand il vient voir Rémi aux matches de foot. Et pas à l’école, un endroit sécure. Mais au foot, son moment de loisirs. Certes qu’il partageait avec son père avant. Pourquoi ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Peut-être que c’est une forme de manipulation.”

L’enquêtrice détaille : “Avant 2009, Laura Cahuzac explique qu’elle a des discussions avec son père. Elle parle de lui en disant “Papa.” Cela marque l’attachement. On s’aperçoit qu’à cette époque, elle essaie de le sauver. De faire perdurer la famille malgré la maladie du père. Puis, dans son récit, concernant les années d’après, elle parle de lui en disant “mon père.” Plus “Papa.” Comme pour marquer un détachement.”

La présidente lui demande : “Est-ce courant que la personne concernée par l’enquête ait une attitude ambivalente ?” L’enquêtrice répond : “Non, l’entretien que j’ai eu avec Monsieur Cahuzac a duré 1h15. Au bout de 30 minutes j’ai compris que je n’arriverais pas à avoir d’éléments. Qu’il se joue de l’entretien et le quitte, ça ne m’était jamais arrivé.”

Elle revient sur l’analyse du face-à-face avec Thierry Cahuzac. Sa conclusion : “Dans la toute puissance. Il se joue des autres. Il ne supporte pas d’avoir de prise sur l’autre. Surtout sur sa fille. Il semble être euphorique à l’idée d’être au centre du procès.”

Puis de celle avec Rémi Cahuzac, le fils de l’accusé.

Vient ensuite la lecture de sa rencontre avec Laura Cahuzac, la fille de l’accusé : “Il nous aime mais il ne se soigne pas, se souvient-elle.” Elle la qualifie de “protectrice envers sa mère et son frère.”

Puis, elle dévoile son entretien avec Dominique Bertran, l’ex femme de Thierry Cahuzac : le “travail d’équipe du couple”, à la demande de divorce en 2012, “l’emprise”, les trois mois de prison de son ex-époux, “le répit à une époque”, puis les meurtres…

Elle revient sur son échange avec Thierry Cahuzac. Elle brosse le portrait qu’il tire de lui, enfant, puis dans le monde du travail.

Elle a également rencontré la marraine de Thierry Cahuzac, qui viendra plus tard aujourd’hui témoigner à la barre.

Elle a rencontré Thierry Cahuzac et explique leur échange : “Au début de l’entretien il nous dira que ce rendez-vous est inutile. Que sa vie n’est pas réellement la mienne puisqu’elle m’a été volée. Il s’agace. Il tient à mener l’entretien. Il nous coupe. Il explique avoir une haute opinion de lui-même. Il fera un laïus sur la condition humaine. Nous sommes rapidement disputés par Monsieur. Il essaie de provoquer les réactions. Il ironise sur notre franchise. Il coupe l’entretien car on ne répond pas à l’une de ses requêtes.”

L’audience reprend avec le témoignage d’une enquêtrice de personnalité en visio.

L’audience est suspendue jusqu’à midi.

Me Chassonnaud lui demande : “Pensez-vous que s’il avait été soigné tout cela serait arrivé ?” Laura Cahuzac répond : “Franchement, je ne sais pas. Pour moi, le désir de vengeance vis-à-vis de cette souffrance qu’il avait eue, ça c’est quelque chose qui était là bien avant la maladie. Avant la dépression. Je savais qu’il en voulait à ses parents. Je savais qu’il était jaloux de la relation de ma mère avec ses parents, car lui n’avait pas cette relation avec les siens. Sa façon de faire sa justice, c’était là bien avant. Je l’aurais espéré qu’il soit soigné. Que ça résolve tous les problèmes. Mais aujourd’hui, je ne suis vraiment pas certaine.”

Me Chassonnaud, avocat de Thierry Cahuzac, s’adresse à elle à son tour sur le même sujet : “En 2011 aussi, il s’est mis à boire beaucoup d’alcool. Cela n’aidait pas. Cette période a été très compliquée. C’est pourquoi en octobre on avait quitté le domicile. Trop dur de vivre avec ces hauts et ces bas.”

Me Capsié, avocat de Laura Cahuzac, lui pose des questions sur la psychologie de son père : “On a compris très tôt qu’il recentrait tout sur lui. On le sentait déjà nous. Il était compétitif, déterminé, têtu, colérique. Le soir, au moment du bisou de bonne nuit, il nous donnait des claques et des coups de pied, si on avait fait des bêtises la journée. On pensait que ça fonctionnait comme ça. Des médecins nous apprendront qu’il a une psychose paranoïaque. Sa dépression n’a pas aidé.”

Pas une seule fois Laura n’aura posé le regard sur son père.

Laura Cahuzac, la fille de l’accusé, clôt ses propos.

“C’est un acte pathétique et égoïste que d’assassiner les quatre grands-parents de ses enfants.”

“Messieurs, dames, les jurés. J’ai un dégoût pour mon père. J’aimerais juste le plus d’années possible où l’on se sente en sécurité, où l’on ne risque rien de sa part, où personne n’est en danger, où l’on peut dormir.”

“Un an et demi après l’assassinat de mes grands-parents, j’ai fait une dépression sévère. Je n’arrivais plus à me lever. Je voulais juste dormir. Manger c’était devenu anecdotique. Je voulais juste que le temps avance, avance, avance. Pour que l’on arrive à aujourd’hui. A cette semaine. Et surtout à ce vendredi. Mon objectif est de fermer ce chapitre de ma vie qui a duré douze ans. Je veux, un, faire mon deuil de mes grands-parents, deux, essayer de me construire dans ma vie. Mais avoir des enfants ce n’est pas dit, pourquoi ajouter une vie dans ce supplice.”

“Puis il y a eu encore deux autres enterrements. Ma mère était détruite. Moi j’ai eu un suivi psychologique grâce à France victimes 34. Car je voulais consolider ma formation. Faire mon mémoire. Être titularisée. Pour revenir ici, et être auprès de ma mère. Je ne sais pas comment j’ai fait cette année-là. Je me suis plongée corps et âme dans le travail.”

“Après les premiers enterrements, je suis retournée à Montpellier faire ma rentrée, accueillir mes élèves et jouer mon rôle d’enseignante. Faire le métier que j’ai toujours rêvé. Je ne voulais pas que mon père me prenne ça aussi.”

“Arrive une semaine horrible. Gérer les papiers… On n’a pas pu voir de suite mes grands-parents. Mais moi je voulais, pour être face à la réalité. Je suis allée à Montpellier après les autopsies, pour constater qu’ils n’étaient plus là. Ma grand-mère paternelle je n’ai pas pu la voir. On m’a dit qu’elle n’était pas voyable.”

“J’ai vu ma mère effondrée. Mon père savait qu’en s’en prenant à ses parents, il savait lui faire du mal. Ses piliers. Nos piliers. Car eux nous ont permis de nous construire dans un environnement le plus serein possible. Le plus entouré d’amour. Ils avaient été tués pour ça. Car ils nous avaient protégé. On ne peut pas s’empêcher de s’en vouloir. Même si on sait qu’au fond de nous, ce n’est pas de notre faute.”

“Au Boulou toujours, je vois tout le monde. Toute la famille. Et là on voit l’espace sécurisé autour de la maison. Entre temps, j’apprends que mon père s’est rendu. De colère, je me suis dit, à quoi ces années ont servi. La peur. L’angoisse. Au final, quatre personnes sont mortes et je n’ai rien pu faire. Je n’étais pas là. On s’en veut quand même. Si les menaces avaient été prises en compte on aurait pu être sauvé.”

“Au Boulou, je suis ramenée brutalement à la réalité. Mon père a préparé son coup depuis des années. Et je comprends à ce moment-là réellement qu’ils sont quatre à avoir été tués. Mais il n’a pas touché à Rémi, à ma mère, à mon conjoint, au conjoint de ma mère… Je réalise que je ne reverrai plus jamais mes grands-parents.”

“A aucun moment, je ne me dis qu’il y a un problème dans la famille. Je pensais que c’est son grand-père à lui qui avait eu un souci. Je descends lui ouvrir. Il a le visage crispé. Je sens que c’est grave. On monte dans mon appartement. Il me dit : “Il a tué mamie Chou et papi Jo.” Il répète ça. “Et il a tué mamie Claudie et papi Alain.” Je répète en boucle : “C’est pas possible.” Mon conjoint me dit : “Fais tes affaires, on descend, tout le monde t’attend.” Je réponds : “Mais, ce n’est pas possible, je dois prévenir.” J’écris à mes supérieurs un mail comme un robot : “Mon père a tué mes quatre grands-parents.””

“La semaine du drame, le lundi, je déjeune chez mes grands-parents paternels qui me donnent de l’argent. Le jeudi, je suis chez mes grands-parents maternels pour leur montrer ma voiture avant le départ. Le vendredi, je pars faire ma pré-rentrée avec mon conjoint. Le samedi 22 août, je suis seule à Montpellier dans mon petit appart. Le dimanche 23 août, je suis heureuse, j’ai hâte, toutes mes affaires sont prêtes pour la rentrée. J’essaie d’appeler mon conjoint. Il est 22h30, il doit me rappeler. Il est 23h, il m’écrit, je suis en bas de ta résidence, viens m’ouvrir. Pourquoi est-il à Montpellier ?”

“Arrive 2020, toujours rien de mon père. On n’en parlait pas avec mes grands-parents. Cette année-là, je réussis l’examen pour devenir enseignante. On décide de fêter ça et le BTS de mon frère. J’allais enfin commencer ma vie d’adulte.”

“Quand mes grands-parents paternels ont appris cela, ils ont voulu reprendre contact avec nous. On a voulu reconstruire quelque chose ensemble. Doucement. D’abord dans les lieux publics, de peur que chez eux, mon père soit là.”

“Pendant un an, deux ans, trois ans, rien. Alors on a repris contact avec certains membres de la famille de mon père. Ma marraine, son mari et leurs enfants. Car eux-mêmes, après le Noël 2011, avaient peur. Mon père disait à tout le monde que s’il ne pouvait pas voir ses enfants, personne ne les verrait.”

“Quand il est allé en prison (pour non respect de l’ordonnance de protection de mineur, NDLR), le soulagement. Tout le monde était en sécurité. Mais trois mois, ce n’est pas long.”

“Puis on a alerté car papa menaçait de mort mes grands-parents maternels. On enregistrait les mots qu’il laissait sur des répondeurs. Sur une clé USB qui n’a été exploitée qu’après la mort de mes quatre grands-parents. Ma mère les écrivait aussi.”

“Mes grands-paternels, c’était différent. Il n’avait que la version de mon père. Ils nous disaient qu’on exagérait. Qu’on devait faire des efforts. Pour moi, ce n’était pas entendable. Alors on a pris de la distance.”

“Mes grands-parents maternels quand ils nous ont recueillis, tout ce qu’ils ont fait, c’est nous protéger. Panser nos plaies. Calmer nos crises d’angoisse. Être là.”

Laura s’adresse à son père, sans le regarder : “Le jour où tu as essayé de tuer maman, tu as perdu le droit de nous voir. Tu as toi-même briser la famille.”

“Nous avons dû voir notre frère à des points rencontres. Quelle horreur ces points rencontres. Mon frère en avait une peur bleue quand on l’obligeait à passer la porte de la cour de ces points rencontres pour aller voir mon père. Direct, il pleurait. Moi j’y allais car je savais qu’il y avait des médiateurs pour me protéger. Je lui disais, arrête de venir voir Rémi au foot, arrête de venir la nuit, laisse-nous enfin tranquille. Quand il approchait Rémi, je lui disais que s’il faisait un pas de plus je lui sautais dessus. Je me sentais pousser des ailes pour protéger mon frère.”

“Il y avait une mise à l’épreuve avec un sursis de trois mois s’il ne répondait pas à cette obligation. Vous aurez compris, qu’il ne l’a pas respecté. A ce moment-là, le sursis a sauté. Il devait faire ses trois mois de prison. Pour nous, c’était un événement fort pour qu’il comprenne qu’il devait arrêter. Que lui aussi il devait faire le deuil de ses enfants. Il n’a pas voulu. Il avait besoin de nous. Mais nous, avant, aussi, on avait besoin de lui.”

“Nous avons toujours été accompagnés, pour toujours avoir des témoins, puisque moi on ne me voulait pas comme témoin. Alors j’ai voulu déposer plainte en tant que mineur. Et là, ça a abouti. Il y a eu un jugement en correctionnel. Il fallait que la justice comprenne qu’il était dangereux. Que cette horreur ne pouvait plus continuer. On a obtenu une ordonnance de protection. Il ne pouvait plus nous approcher ou entrer en contact avec nous. Ce document, je l’avais toujours avec moi.”

“Moi, j’ai fait le choix de ne pas salir les bons moments de famille avant mes 15 ans. Avec mon père on adorait débattre. On faisait des concours d’apnée à la piscine. Mais devais-je laisser tout le mal qu’il avait fait depuis ce Noël 2011 ? A 16 ans, j’ai donc fait le deuil de mon père. J’ai enterré un cercueil vide.”

“Les SMS que mon père m’envoyait la nuit me plongeaient dans la terreur. Il minimisait nos traumas qu’il créait.”

“On a fait des démarches auprès des gendarmes. On voulait déposer des mains courantes. Des plaintes. Mais on nous disait : “Tant qu’il ne fera pas quelque chose de grave, on ne pourra rien faire.””

“J’ai passé mes années lycée à fixer les portes d’entrée. Car je savais que mon père cherchait à nous voir. Tout le monde le savait. Ce dont j’avais le plus peur, c’est de voir un surveillant arriver dans la salle et me dire qu’il avait kidnappé mon frère ou qu’il s’en était pris à ma mère.”

“Moi, quand je croisais une Audi blanche comme la sienne, je me cachais. Je regardais la plaque d’immatriculation. Quand ce n’était pas la sienne, je sortais.”

“Il essayait d’aller voir mon frère à ses entraînements de foot. Il avait extrêmement peur mon frère, il avait 11 ans. Il a voulu arrêter le foot car il était pétrifié de voir mon père au loin. Son entraîneur lui disait qu’ici avec des adultes, il était en sécurité. Moi j’étais pleine de colère.”

“Ensuite, il y a eu du harcèlement. On le voyait passer en voiture devant chez nous. On se disait, et bien aujourd’hui, on ne sortira pas. La nuit quand je me levais, je voyais son ombre, je le voyais faire les 100 pas dans le jardin. L’horreur.”

“Est venue la peur. Puis la colère. Et la haine contre mon père qui a choisi de briser tout ce que l’on avait. La séparation aurait pu bien se passer. C’est lui qui nous a traumatisés. Quand je fermais les yeux, c’est ce que je voyais. Quand j’entendais mon frère pleurer, je le haïssais. Quand ma mère m’envoyait plusieurs messages par jour, je lui en voulais.”

“Ma mère n’a pas pu porter plainte pour tentative de meurtre. Mais pour violences conjugales. Et personne n’a voulu nous entendre mon frère et moi. Témoins de la scène. Moi pourtant, j’avais 15 ans, mais j’étais apte.”

“Je me souviens du cou de ma mère. Elle avait un col roulé ce jour-là car c’était l’hiver. Et dessous, il y avait d’énormes hématomes. Mon frère avait des bleus aussi. Vu notre état, tout ce que l’on voulait, c’était allé chez papi et mamie, on voulait oublier cette journée. On ne voulait pas être pris en charge à l’hôpital.”

“On court. Moi j’ai toujours ce fichu téléphone fixe qui n’a servi à rien, dans la main. On court vers chez un voisin que l’on a vu quelques minutes avant. Il nous reçoit. Ma mère pleure. Mon frère pleure. Je pleure. Il appelle les autorités. On se dit que là, niveau dangerosité, une ligne a été franchie. L’image qui me restait de mon père c’est celle de lui sur ma mère.”

“Je vois mon père par dessus ma mère, sa main sur son cou, l’autre qui la tient par les cheveux. Il crie, je vais te tuer, je vais te tuer, je vais te tuer. Je suis figée par ce qui se passe. Dans ma tête ça va à 10 000 à l’heure. Et je vois mon frère, âgé de 11 ans, sauter sur mon père. Mon père le repousse. J’avais tellement peur moi, que je ne pouvais pas approcher mes mains. Je n’avais pas de force. Toutes mes forces m’avaient quittées. Je donnais des coups de pied. Ma mère me suppliait d’appeler la police. Mais je me disais, si je te quitte du regard, qu’est-ce qu’il va t’arriver ? J’appelle la police, les numéros de téléphone se mélangent dans ma tête. Personne ne répond. Et ma mère a la visage bleu. Les yeux rouges. Puis d’un coup, mon père lâche ma mère. Elle nous prend avec mon frère et on part. La dernière image que j’ai, c’est mon père face à sa table de nuit où il n’y a que des livres de musique, et le couteau à champignons.”

“Là, je m’aperçois qu’il jette des regards à ma mère. Vers la chambre de mon frère. Il dit, attendez deux minutes, j’ai quelque chose à dire à votre mère. On s’est regardé avec Rémi. Et d’un coup, j’entends le cri de ma mère. De peur atroce. On traverse tout. On arrive dans la chambre et là c’est un cauchemar.”

“Le 25 décembre 2011, il ne voulait pas nous voir. Il était en colère que la veille nous soyons arrivés en retard. Je lui disais, Papa c’est Noël, mangeons ensemble. On fait une activité ensemble. Et ensuite Maman vient nous chercher. Il voulait que l’on reste dormir. Non, pas ça. Moi je ne voulais pas. J’ai réussi à le convaincre.”

“Quand on voyait papa, il était colérique. Jamais content qu’on ne reste pas assez avec lui. Quand il nous conduisait de chez nous à chez lui, parfois il allait vite, il allait trop vite. Un jour, j’ai hurlé. Il a arrêté la voiture. J’ai sorti mon frère. Et à partir de ce jour, j’ai dit à ma mère, qu’on ne monterait plus dans la voiture avec lui. C’est trop dangereux. On n’a quand même pas coupé le lien.”

“Ma mère m’a proposé, après que j’ai eu une grosse dispute avec mon père, de quitter la maison pour prendre l’air. Elle voulait qu’on parte avec mon frère. Et elle, elle restait avec lui. On lui a dit que c’était trop dangereux qu’elle reste seule avec lui.”

“Il ne pensait plus à nous. Qu’à lui.”

“Déjà le 24 décembre, nous avons eu un accident sur la route avec mon frère et ma mère et nous sommes arrivés en retard pour le repas. Alors mon père était en colère. Quand on l’a retrouvé, on se réfugiait avec mon frère car on commençait à avoir peur.”

“Mes grands-parents étaient tout le temps ensemble. Ma mamie était à l’heure du jour, elle avait un compte Facebook, elle fait des visios en Skype, surtout quand je faisais mes études à Montpellier. Après mes études, pendant un été, j’ai vécu chez eux. J’y étais bien, j’étais en sécurité. Tout a basculé, le 25 décembre 2011. Le début de l’enfer.”

“Avec Georges et Michèle, mes grands-parents maternels, c’était plus démonstratif. Ils étaient des piliers de mon monde. Je passais à l’improviste puis je restais manger des escalopes panées. On a fait beaucoup de jeux de société et d’excursions avec eux. Au jardin de mon grand-parent on ramassait les tomates, les pommes de terre. On regardait les têtards de la mare. Papi et maman étaient tout le temps là. Quand maman ne pouvait pas. Papi n’aimait pas faire les boutiques, mais il nous accompagnait toujours avec mamie quand on allait à Auchan.”

“Ils avaient du mal à exprimer leurs émotions. En câlins, à l’oral. Mais je ressentais leur amour. Dans toutes ces petites attentions. Quand je me suis occupée de la maison vide de mes grands-parents, j’ai retrouvé une poésie qu’elle avait écrite sur ses petits-enfants, sur combien elle les aimait.”

“Mes grands-parents paternels étaient des syndicalistes, des randonneurs. Mon grand-père Alain aimait profondément la nature, les arbres, les roches. C’était un puits de connaissance. Ma grand-mère Claudie aimait lire, elle faisait de la poésie, elle était aux petits soins avec nous, elle achetait du saucisson pour mon frère et du brie pour moi car on aimait ça. Comme les pâtes carbonara. Elle m’emmenait voir les animaux car elle savait que j’aimais ça. Elle m’observait d’enclos en enclos. Tous ensemble, on jouait au rami et à des jeux de société. On allait au vidéo club pour se passer un film le soir. Mon grand-père s’y connaissait en informatique, il nous a acheté les premiers jeux sur ordinateur.”

“Je suis Laura Cahuzac, je suis la petite-fille de Michèle et Georges Bertran, et de Claude et Alain Cahuzac.”

Elle a dans ses mains le portrait de ses quatre grands-parents.

Laura Cahuzac s’approche.

Alexandre a fini de déposer.

“Professionnellement, j’ai fait un virage à 180°. On ne vit plus de la même manière. J’arrive chez moi, je m’enferme. Il y a forcément un avant et un après.”

“Mon père (qui est le fils de Michèle et Georges Bertran, NDLR) est un peu comme moi. Mais moi, j’ai explosé à un moment. Lui, pas encore. J’espère qu’il réagira un jour. Car il a clairement changé. Il ne voit plus les choses de la même manière. Ce n’est plus le même. Il faut l’accompagner pour faire des choses qu’avant il faisait seul.”

“Ce procès crée en moi de la colère. Mais je suis là pour faire face.”

“Lors des première séances chez la psychologue, j’y allais juste pour pleurer pendant une heure. Je ne parlais même pas.”

“De ce procès, je n’attends pas de réponse, pas d’explication, pas de pardon.”

“Après ça, c’est le début d’un combat. Subir des terreurs nocturnes. Accepter d’être aidé, d’être suivi pendant des mois. C’est toujours d’actualité.”

“Je demandais à un gendarme si c’était vraiment eux. Si on pouvait faire quelque chose. Je me souviens de son regard. Il hochait juste la tête.”

“Le 23 août 2020, on m’annonce la mort de mes grands-parents. On me dit qu’ils ne sont pas les seuls. On me dit qui a fait ça. On comprend. On ne comprend pas. Tellement de choses se mélangent. On a mal. On n’a plus mal.”

“Ma grand-mère c’était l’art et la peinture. Elle allait à la bibliothèque prendre un livre. Elle aimait être en vadrouille. Elle nous faisait faire le tour des châteaux du département. Elle nageait, elle faisait souvent un kilomètre à la piscine municipale de Perpignan. Après, sur le retour, elle nous faisait des sandwiches, on se demande parfois si on n’y allait pas que pour ça.”

“Mon grand-père était retraité mais toujours actif. Il avait un jardin à 100 mètres de la maison. Là-bas, c’était son moment à lui. Seul. Quand il en rentrait à midi, il faisait à manger, regardait les informations et faisait une sieste avec le chat. Une vie tranquille.”

Il respire un grand coup, les larmes aux yeux. Et commence son récit.

Son frère Alexandre lui succède à la barre.

Estelle a fini de déposer.

“C’est dur de voir mon frère dans des troubles, mon père qui n’avance pas. Peut-être que ce procès aidera à faire le deuil.”

La cour pose plusieurs questions à Estelle sur les liens et les relations dans la famille Bertran.

“Mes grands-parents étaient souriants et prévenants. Qui étaient là dans les victoires et les défaites. Ils ont assisté à la construction de ma maison. Ils ne la verront jamais finie. Mais heureusement, j’ai eu le bonheur de les avoir à mon mariage.”

“Moi, aujourd’hui, j’ai aussi changé de père. Il n’est plus le même. Il est dans l’incapacité de s’exprimer ou de parler de sa douleur. Moi je suis dans la colère, la haine, mais surtout l’incompréhension.”

“S’ensuivent des problèmes de santé. Aujourd’hui, je vous parle sans écharpe autour du coup. Je montre ma cicatrice. Après le choc de la mort de mes grands-parents, on m’a diagnostiqué un cancer. J’ai été opérée. C’est la marque du choc qui s’est passé en août 2020. Le souvenir à jamais de la perte de mes grands-parents.”

“Là, il y a des gyrophares, des gendarmes. On me retient, on me repousse. Je vois mon cousin Rémi Cahuzac. Ce qu’il dit c’est incompréhensible. Et je vois les corps de mes grands-parents partir sous des bâches.”

“Quand j’arrive chez mes grands-parents avec mon mari, il me dit “attention à ce que tu vas voir, ça va faire mal.””

“Nous nous réunissons entre 20h et 21h. Je vois mon frère. Il gare sa moto, met la béquille, jette son casque et il crie “ça y est il les a tués. C’est fini.””

“En août 2020, mon frère nous appelle pour nous demander si nous sommes chez nous avec mon mari et raccroche. Personne d’autre dans la famille ne me répond. Je comprends qu’il se passe quelque chose.”

“J’ai le sentiment que l’on oublie un peu les victimes en ce début de procès. Donc je veux parler de mes grands-parents, des gens très honnêtes. On pouvait passer chez eux à l’improviste. Rigoler. Depuis août 2020, on nous a retiré ça sauvagement.”

Puis, Estelle, la petite-fille du couple Bertran se présente à la barre.

Les familles sont en pleurs. Certains baissent la tête et n’osent pas regarder les photos.

La présidente diffuse sur les écrans de la salle d’audience des photographies des quatre victimes : Georges et Michèle Bertran, et Claude et Alain Cahuzac. Tous joliment vêtus, souriants, lors de jours de fête, d’événements familiaux à un mariage, un jour de Noël. Lors d’une grillade, d’une partie de cartes…

“Au travail, il était travailleur et intégré dans l’équipe. Il n’était pas délirant. Mais triste et miné par la séparation avec ses enfants.”

“Thierry Cahuzac était jovial. Après le divorce, il n’était plus le même qu’avant.”

“Nous nous étions rencontrés quelques années auparavant par l’intermédiaire de ma compagne qui travaillait avec lui au collège de Céret. Monsieur Cahuzac était encore avec la mère de ses enfants. C’était un couple accueillant.”

“On a travaillé un an ensemble au collège d’Argelès-sur-Mer avant qu’il soit muté à Saint-André. On n’était pas proche, on n’était pas dans les mêmes services. Mais je le sentais stressé car il ne voyait pas ses enfants.”

Le troisième jour de procès commence avec la déposition d’un témoin : il a travaillé avec Thierry Cahuzac.

La présidente de la cour a fixé la reprise de l’audience à 9 heures. Thierry Cahuzac est déjà dans le box des accusés.

À la dernière minute ce mardi 5 décembre 2023, Rémi, le fils de Thierry Cahuzac, un père de famille jugé pour le quadruple assassinat de ses parents et de ses ex beaux-parents en août 2020, s’est levé du fond de la salle de la cour d’assises des Pyrénées-Orientales pour demander à prendre la parole.

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La deuxième journée de procès a été placée sous haute tension. Laissant les familles des victimes repartir avec un sentiment mêlé d’épuisement, de colère et de bouleversement.

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur le live du procès de Thierry Cahuzac, accusé d’avoir assassiné ses parents et ses ex beaux-parents les 22 et 23 août 2020 à Perpignan et au Boulou. Des faits qu’il a reconnus après s’être rendu.

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