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[VIDEO] DIRECT. Quadruple assassinat jugé à Perpignan : “Je n’ai pas d’altération du discernement. J’ai fait ça car c’est juste”, affirme Thierry Cahuzac à son procès

Le procès de Thierry Cahuzac (53 ans) s’est ouvert, le lundi 4 décembre 2023. Il lui est reproché d’avoir tué ses parents et ses ex beaux-parents les 22 et 23 août 2020 à Perpignan et au Boulou à quelques heures d’intervalle. Des faits qu’il a reconnus et qu’il a revendiqués lorsqu’il s’est rendu.

Le procès de Thierry Cahuzac, 53 ans, a débuté ce lundi 4 décembre 2023 devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales. Le verdict devrait être rendu vendredi.

Il est reproché à cet habitant de Villemolaque d’avoir tué ses parents et ses ex beaux-parents les 22 et 23 août 2020 à Perpignan et au Boulou. Des crimes qu’il a reconnus dès qu’il s’est rendu à la gendarmerie de Pollestres et qu’il revendique même, expliquant qu’il a agi pour “faire justice”.

Au troisième jour du procès, se sont succédé à la barre les petits-enfants du couple Bertran, Estelle et Alexandre, qui portent les stigmates du départ brutal de leurs grands-parents, la fille de Thierry Cahuzac, Laura, bouleversante de dignité quand elle a retracé son parcours chaotique de vie à cause de la terreur instillée par son père, des experts, la marraine de Thierry Cahuzac, seul membre de sa famille, très fébrile, et Dominique Bertran, l’ex-femme de l’accusé, implorant de pouvoir enfin vivre en sécurité, elle qui a demandé de l’aide pendant des années. 

 

Aujourd’hui, après l’intervention de plusieurs experts, la parole va être donnée à Thierry Cahuzac pour qu’il retrace sa vie. Selon le planning prévisionnel, les avocats des parties civiles devraient faire leurs plaidoiries. 

Sur les menaces téléphoniques en 2014 contre ses ex beaux-parents. Thierry Cahuzac : “Vu que je risquais trois mois de prison (en cas de violation de l’ordonnance de protection de mineur, NDLR), j’ai voulu marquer le coup pour les calmer. Cela n’a pas marché. Je leur ai laissé un peu plus de cinq ans (de vie, NDLR)…”

Thierry Cahuzac : “Et ma marraine hier, elle a menti. C’est quelqu’un de malveillant.” La présidente : “Et vos parents ? Ils vous ont aidé dans tout. Ils étaient malveillants aussi ? Thierry Cahuzac : “C’était avec l’argent de ma grand-mère. Et ils savaient que j’étais malade du coeur…”

La présidente : “Que reprochez-vous à vos parents pour leur avoir donné la mort ?” Thierry Cahuzac : “Parce que ce n’était pas des parents. Ils m’ont fait pour me montrer à la société.”

“Quand on me cherche, on me trouve. Je ne suis pas Gandhi.”

“Si je ne suis pas mort après avoir tué quatre personnes, c’est peut-être parce que j’ai une deuxième mission. Avant de mourir ma belle-mère m’a dit que je ne pourrais pas toujours protéger Laura. Ma prochaine mission c’est peut-être de protéger Laura.”

“Un jour j’ai voulu ramener Rémi du foot. J’appelle sa mère, je la préviens. Et là, je vois le gamin trembler de peur. Je n’ai pas compris. C’est un truc de fou ! Aujourd’hui, c’est normal qu’ils aient peur de moi, on leur a dit que leur père est dangereux.”

“La peur de mes enfants à mon égard est irrationnelle. C’est ça qui est incompréhensible. Le 25 décembre 2011, pour revenir au domicile conjugal, Dominique m’a fait péter un plomb. Elle a réussi. Elle m’a fait comprendre que je n’étais pas le père biologique de Rémi. J’ai craqué, je lui ai dit, “Je ne te reconnais plus.” Mais je ne l’ai pas étranglée. Il y a 0 jour d’ITT sur le certificat médical car il n’y a rien.”

“Hier, oui, j’ai entendu ce qu’a dit Laura. Il y a certaines choses, je ne peux pas les croire. C’est du lavage de cerveau. Le seul acte violent que j’ai fait à Laura jusqu’à ce qu’elle parte de la maison, c’est une gifle quand elle avait trois ans. Elle avait grimpé un portail près de la route. Je suis sûre qu’elle s’en souvient. Mais c’est tout. Rémi, je ne l’ai jamais frappé. Vous êtes à côté de la plaque !”

“Le père que j’étais ? Avec mes enfants, on jouait à ramasser des pièces dans l’eau à la piscine. Le premier ordinateur de Rémi, c’est moi qui l’ai apporté. Laura a eu un beau bureau. Tout a basculé quand j’ai appris que mon épouse a eu un amant au collège de Céret. Comment se débarrasser d’un mari quand on a une maison à 50 % chacun ? C’est pourquoi il fallait que je disparaisse. C’est pourquoi, Dominique a fait du bourrage de crâne aux enfants. Elle m’a fait passer pour fou.”

“J’ai souffert enfant car ma mère était folle. Quand j’en ai eu marre, j’ai quitté la maison.”

“Sur ma personnalité je suis réservé, timide. Je suis une personne entière, fidèle.”

Thierry Cahuzac : “Je n’ai pas d’altération du discernement. J’ai fait ça car c’est juste. Je suis arrivé à un seuil. Cela n’aurait pas été juste de ne pas le faire. Je ne regrette pas.”

Il parle du physique de sa fille alors qu’il ne l’avait pas vue depuis 13 ans…

La présidente : “Monsieur Cahuzac, je voudrais vous entendre sur toute votre personnalité et votre vie vu ce qui nous a été dit par les experts, les témoins, les parties civiles, avant que je vous pose des questions.”

Le point sur l’audience à la mi-journée 

C’est fini. L’audience est suspendue jusqu’à 15h15.

D’autres questions encore sont posées à ce psychiatre par l’avocat général et l’avocat de la défense sur les intentions de Thierry Cahuzac pour comprendre sa psychologie.

Me Capsié, avocat de Laura et Rémi Cahuzac et de leur mère Dominique Bertran : “Dans vos rapports, vous rédigiez qu’il n’y a pas de réponse à attendre de la psychiatrie. Vous confirmez ?” Le psychiatre : “Oui.”

Le psychiatre : “Ce dossier est pour moi une leçon de criminologie. Pour moi, on peut écarter toute irresponsabilité pénale.”

Me Vachet, avocat de membres de la famille Bertran : “Quand Monsieur Cahuzac dit être dans la réflexion avant le passage à l’acte. Dit qu’il a pesé le pour et le contre. C’est pour ça que vous retenez l’altération ? Que vous réfutez l’abolition plus précisément ?” Le psychiatre : “Oui, car Monsieur Cahuzac avait une intentionnalité forte et construite même si son raisonnement ne tient pas la route. Il complote seul dans sa tête. L’acte n’est pas réalisé par quelqu’un de déconstruit.”

La présidente : “Nous avons parlé d’Unités pour Malades Difficiles. Si la responsabilité est retenue, y a-t-il une possibilité d’aide en milieu carcéral ?” Le psychiatre : “Oui, il y a des unités sanitaires. Mais il n’y a pas de contraintes de soins. Soit il y a prescription d’un neuroleptique, soit pas. Mais ça ne changera rien à l’avenir de son trouble, on n’est pas dans une maladie infectieuse. Là, c’est un problème de structure de personnalité.”

“Il relève d’un traitement biomédical, des neuroleptiques puissants. Qui ne peut être que contraint. Pour traiter la souffrance psychique.”

“Thierry Cahuzac a une vision du monde où il fait des erreurs de jugement. Il ressemble aux complotistes. Parfois, il faut les confronter à la loi.”

Le psychiatre : “Pour conclure, Thierry Cahuzac a du mal à intégrer une parole différente de la sienne. Je retiens un trouble de la personnalité paranoïaque d’intensité sévère avec fragilité narcissique, qui affecte toute sa vie. L’infraction est liée à ça ? Elle est en relation avec sa personnalité. Les blessures d’amour propre sont en lien avec son passé. Il faut exclure le délire. Il est aveuglé par son imaginaire qui brouillé ses jugements et a surmotivé le passage à l’acte. Il y a altération du discernement. Et une entrave du contrôle de ses mouvements. Ce dossier est un peu compliqué.” La présidente : “Monsieur Cahuzac est accessible à une sanction pénale si on retient vos conclusions.”

“Est-ce un trouble de la personnalité ou Thierry Cahuzac a-t-il une maladie mentale, un délire paranoïaque ? Quel était son état mental au moment de son passage à l’acte ? On perçoit qu’il y a une forte intention criminelle chez ce sujet, on est dans une psychopathologie de personnalité. Là, il y a un acte surmotivé. Je considère que le vecteur de l’acte s’inscrit au sein de sa personnalité. Après l’acte commis, il prend soin de sa personne. Il reste dans les ornières de sa personnalité après son parricide. Je ne considère pas la monstruosité de l’acte qui entraîne son appartenance à une pathologie mentale. Ce n’est pas parce que l’acte est fou que la personne est folle.”

Le psychiatre : “Il est toujours dans la suspicion. Il a des craintes à se livrer de peur que ça se retourne contre lui. Sa mémoire est très sélective. Il intériorise ce qui correspond à ses intérêts immédiats. Il est dans le déni de sa souffrance psychique. Il a une personnalité de type paranoïaque pour se protéger de son hyper sensibilité. Il a peu confiance en lui, c’est pourquoi il répète sans cesse sa propre vérité. Il a besoin de se construire en rival. Le narcissisme devient criminel.”

Lors de son entretien en 2022 avec le psychiatre, Thierry Cahuzac aurait déclaré : “Je sais pourquoi vous êtes là : abolition du discernement je vais à Thuir, altération je fais la moitié de ma peine.”

“La clé de sa motivation est un effondrement psychique qui est en souvenir de son divorce. Régulièrement, il revient sur le divorce.”

“La psychologie pathologique de cet individu interroge”, “que cette personne soit sensitive revient le plus souvent”, “les faits sont liés toujours à des conflits”, “les hospitalisations psychiatriques sont de courte durée”, “ce sujet n’est jamais rentré réellement dans un processus de soin”, “au moment de son divorce, vu les clignotants de dangerosité qui s’allumaient, cette personne aurait dû avoir un suivi”, analyse le psychiatre.

Le psychiatre détaille son suivi psychiatrique, en octobre 2011 à Théza, en clinique, via un dossier médical, à Thuir…

Le psychiatre lit ses notes et retrace la vie de Thierry Cahuzac comme l’accusé lui a lui-même expliqué en entretien.

“Thierry Cahuzac a révélé dans sa façon de faire des blessures d’amour propre. La veille des faits, il pensait être sûr de réaliser son projet à 90% Il a été surpris d’être à la hauteur de la mission qu’il s’était fixée : un crime d’honneur. Après cela, il pouvait mourir tranquille.”

“Il est moins organisé pour son suicide.”

“Chez ses ex beaux-parents (le 23 août 2020), il discute avec Michèle Bertran. Il lui explique son projet macabre. “Il ne fallait pas faire ce que vous m’avez fait”, aurait-il dit aux victimes. Là encore, il motive son passage à l’acte. Je ne perçois pas d’éléments délirants. Il expose un contentieux individuel.”

“Lors de son passage à l’acte avec ses parents (le 22 août 2020), il nous dit d’être s’étonné d’avoir dit à sa mère après deux coups de couteau : “Mais pourquoi tu m’as sorti de l’école ?” Cette phrase qui lui échappe motive le passage à l’acte. Car il a le sentiment d’avoir été un enfant brillant. C’est du psyché, rien de précis, d’après ce qu’il dit et qui peut être contesté par la réalité.”

L’audience reprend. Un nouvel expert psychiatrique qui fait partie de l’un des collèges ayant étudié la situation de Thierry Cahuzac se présente à la barre.

Fin de l’interrogatoire du psychiatre. L’audience est suspendue jusqu’à 11h15.

Me Chassonnaud : “Que pensez-vous de sécuriser l’hospitalisation de Monsieur Cahuzac ? Le psychiatre : “Chez un patient qui n’a pas confiance envers le corps médical le risque de sortie est évident. Il faut qu’un établissement puisse prévenir une sortie à l’issue du service. Concernant les Unités pour Malades Difficiles il faut s’entendre sur le terme difficile. Il faut laisser la porte ouverte, c’est dur sur ce champ là, sinon j’arrête ce métier.”

“On ne soigne pas la maladie mentale en prison. On la décèle. Il ne faut pas se leurrer.”

Me Chassonnaud, avocat de Thierry Cahuzac : “Le premier moyen de diagnostic, c’est le patient lui-même. Vous avez dit que Monsieur Cahuzac a un délire chronique après entretien avec vous. Il a vu six experts, fait trois expertises, avec les deux premiers ils ne leur a pas parlé, avec d’autres il n’a pas évoqué certaines choses qu’il a vous a portant livré à vous. Il est question de traits de personnalité paranoïaque mais pas de délire paranoïaque. Les mêmes diagnostics au final ont-ils été posés ?” Le psychiatre : “Non.” Me Chassonnaud : “Est-ce marqué par le manque de participation de Monsieur Cahuzac ?” Le psychiatre : “Avec Monsieur Cahuzac, la maladie qu’il présente c’est comme dans un livre. Le parcours, dont nous pouvons prendre connaissance, est un trouble classique de psychose avec paranoïa.”

L’avocat général : “Et si Monsieur Cahuzac change sa ligne de défense et reconnaît l’atteinte de son discernement, est-ce opportuniste ?” Le psychiatre : “Quand le patient parle, on arrive à déceler ce qui est du pathologique et de la simulation. Mais ça reste difficile.”

L’avocat général : “Monsieur Cahuzac dit qu’il a eu une injonction de soins en 2013. Je n’en trouve trace nulle part. Et nous avons sollicité beaucoup d’organismes. Pourquoi ? Il peut mentir ?” Le psychiatre : “Bien sûr !”

Le psychiatre échange à présent avec Madame l’avocat général : “La volonté de se suicider est moins forte chez Thierry Cahuzac que sa volonté de passer à l’acte en août 2020.”

“Mais d’un point de vue cognitif, Thierry Cahuzac est normal.”

“Chez Thierry Cahuzac la vengeance est sous-tendue à la tendance délirante. Son incapacité à suivre les injonctions c’est parce qu’il en est incapable. Son trouble délirant est en réseau : il prend tous les aspects de sa vie et il va l’interpréter. C’est pourquoi il fomente petit à petit le passage à l’acte. Son jugement en est faussé. Le facteur déclenchant peut être quelque chose d’anodin.”

Le psychiatre : “Il faut des structures mieux adaptées à la prise en charge de ces patients, avec une sécurisation plus importante. Les Unités pour Malades Difficiles sont très sécurisées mais il y a peu de place face au besoin. Ma réaction est l’inquiétude et la volonté à faire comprendre aux pouvoirs publics qu’il faut un suivi pour les patients qui ont besoin de traitement sur la longue durée.”

Me Capsié : “Quel moyen avez-vous pour mesurer sa dangerosité ? Quelle est la garantie de suivi durable ?” Le psychiatre : “Aucune garantie absolue bien sûr. Ce serait présomptueux de ma part. C’est là la difficulté de la confiance que l’on peut avoir dans la psychiatrie à évaluer les choses. Si le patient refuse de partager ses idées, ne parvient pas à une alliance thérapeutique, à un traitement, son hospitalisation peut durer très longtemps pour être sûr que les choses s’améliorent. Si Monsieur Cahuzac ne participe pas, il restera en psychiatrie.”

“C’est classique en psychiatrie que l’attitude de défiance fasse que le sujet n’exprime pas ses idées délirantes. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne les a pas. Notre seul matériel clinique en psychiatrie est ce que dit le patient. S’il ne dit pas ce qu’il a dans la tête, il est difficile de l’examiner. Dans le contexte d’emprisonnement, Thierry Cahuzac a peut-être masqué ses idées délirantes. C’est là la difficulté de notre discipline. Si Monsieur Cahuzac ne m’a pas tout dit, en effet, je serais passé à côté de son diagnostic. Je le concède.”

Le psychiatre : “Oui, Monsieur Cahuzac aurait dû suivre un traitement contraint par le passé. Mais pour les patients absolument dans le déni, notre système, il faut le reconnaître, doit amener un patient à le faire.”

Me Capsié, avocat de Laura et Rémi Cahuzac et de Dominique Bertran : “Comment se satisfaire de cette difficulté de contradictions entre l’abolition et l’altération du discernement chez Thierry Cahuzac quand on a à faire à des experts ?” Le psychiatre : “C’est bien sur le diagnostic que les experts sont d’accord ? Ou les trois collèges n’ont pas révélé une maladie délirante ?” Me Capsié : “Vous faites bien de demander une précision. Les trois collèges n’arrivent pas à la même conclusion, pas au diagnostic.” Le psychiatre : “C’est plutôt une bonne nouvelle que les six experts tombent d’accord a priori sur le même diagnostic d’un trouble délirant chronique. Ensuite, il y a la question de l’appréciation de l’abolition ou de l’altération du discernement. C’est extrêmement difficile. L’activité délirante profuse et embarque sa volonté sur une fausseté du jugement. C’est pourquoi, nous, nous avançons l’abolition du discernement de Thierry Cahuzac.”

La présidente : “Si la cour ne retient pas l’irresponsabilité pénale, l’injonction de soins avec suivi socio-judiciaire est-elle indispensable ?” Le psychiatre : “Il y a un risque pour lui de se voir réincarcéré. L’injonction de soins serait appliquée s’il y a une obligation quand on retient l’altération. L’injonction est possible si Monsieur Cahuzac a compris qu’il est malade et qu’il doit se faire appliquer des soins. Mais quand on le rencontre en 2021, il en est loin. Je ne peux pas dire s’il va évoluer dans la prise de conscience de son trouble.”

Quid des soins à apporter à l’avenir à Thierry Cahuzac ? Le psychiatre : “Les soins devraient être contraints, sans consentement : une hospitalisation complète sans consentement avec obligation absolue que Thierry Cahuzac prenne des traitements et réalise un travail thérapeutique aussi. Je ne peux pas dire aujourd’hui qu’elle est la chance d’arriver à un résultat avec Monsieur Cahuzac. Le chemin sera probablement très long.”

La présidente : “Qu’est-ce que ça en dit de l’évolution de Monsieur Cahuzac ?” Le psychiatre : “Cela touche à la sensibilité au traitement. Traité par antipsychotique il y a quelques années, Monsieur Cahuzac semblait aller mieux. Mais sur quelle dimension ? Aujourd’hui, on a un délai d’évolution du trouble sans traitement qui est très long. Plus les maladies perdurent, plus les patients vont être résistants au traitement. Je ne sais pas si Thierry Cahuzac a évolué sur la pathologie de ce qu’il fait. Si en plus, le déni reste important, et que l’on a un délai de psychose non traité, cette idée qu’il y a un facteur favorable concernant sa dangerosité doit être modulé. Mais plus on attend, plus les traitements seront inefficaces.”

La présidente : “Le côté méthodique pour passer à l’acte, faire cela un week-end quand il y a moins de forces de police, attaquer à l’arme blanche car il y a moins de bruit, récupérer une arme à feu car une victime est déjà armée, n’est-ce pas antinomique avec une action délirante ?” Le psychiatre : “Pour moi, c’est l’inverse. La méthode est l’apanage de ces patients. Dans la schizophrénie, tout est extrêmement désorganisé. Pourquoi l’abolition donc ? Elle révèle la fausseté du jugement du fait de l’activité délirante. Il est convaincu de son bon droit qu’il doit commettre un acte. Après, il essaiera de disparaître car sa mission est accomplie. Son pragmatisme montre l’importance de l’activité délirante qui biaise le jugement de Monsieur Cahuzac.”

Le psychiatre : “Des patients ne passeront pas à l’acte même s’ils ont le sentiment de persécution. Le passage à l’acte est difficile à prévoir. Monsieur Cahuzac est atteint de troubles délirants bien connus. C’est très classique que pendant des années il ne se passe a priori rien dans le traitement et dans les actes. Il a eu une prise en charge médicamenteuse mais pour lui cela fait partie du complot. La maladie de Monsieur Cahuzac n’a jamais été guérie. Quand nous le voyons en 2011, il est très malade.”

La présidente est insistante dans son interrogatoire car dans le cas présent les différents collèges d’experts sont contradictoires à propos de l’état de santé mentale de Thierry Cahuzac. Certains affirment qu’il y a une altération du discernement lors du passage à l’acte en 2020. D’autres, qu’il y a abolition. Ce psychiatre est de la deuxième tendance.

La présidente prend la parole : “Si je résume vos conclusions, il résulte de l’examen des dossiers médicaux et des entretiens que Thierry Cahuzac était atteint de troubles psychotiques paranoïaques. Il est délirant. Et on dépasse le cadre des troubles de la personnalité.” Le psychiatre : “En effet.” La présidente : “Il répondait à une époque au traitement antipsychotique. En décembre 2011, un incident survient, une tentative de meurtre sur son ex-conjointe, mais une prise en charge sanitaire a été totalement avortée puisqu’il ne s’est pas fait enregistrer à l’hôpital pour une consultation. Puis, il ne se passe plus rien. Pourquoi en 2020, ses actes s’expliquent par un délire psychotique paranoïaque ?” Le psychiatre : “On a une maladie chronique. Qui évolue sur plusieurs années. Lors de la commission des actes, il était encore très malade et très délirant. Car en le voyant un an après, nous sommes face à une personne qui n’a absolument pas évolué dans son trouble sans prise en charge médicamenteuse. Tout a été repéré probablement en 2010.”

“On note une abolition de son discernement chez lui. Un trouble délirant structuré de type paranoïaque. Au moment des faits, pas de contrôle de ses actes. Dangerosité psychiatrique évidente. Lors du premier traitement antipsychotique, Thierry Cahuzac semblait pourtant répondre au traitement psychotrope, même s’il n’en était qu’au début.”

“En août 2021, il n’a aucun traitement de lignée psychotrope. Quand nous le rencontrons, il n’a pas de trouble de la santé intellectuelle supérieure. On note de la sensitivité, une tendance de sentiment de préjudice dans les relations inter personnelles, et l’existence de symptôme délirant, intuitif et interprétatif et une méthode de persécution. Le sujet parle d’un complot très systématisé dont il est au centre. Les persécuteurs désignés sont ses parents et ses ex beaux-parents. Tout est exprimé avec une certaine froideur. Tout est maîtrisé et peu étendu dans l’expression.”

“Il dit en 2013 avoir été pris en charge à nouveau d’un point de vue psychiatrique mais nous ne trouvons pas trace dans son dossier.”

“Monsieur Cahuzac a du mal à suivre les soins et fait une décompensation au 25 décembre 2011. Les psychiatres s’inquiètent. Il a une aggravation de la dangerosité et du passage à l’acte.”

“En 2011, nouvel épisode en clinique cette fois. Son épouse fait part de son inquiétude sur l’état de santé de son époux. Elle craint une sortie prématurée.”

“Sur le plan psychiatrique nous apprenons de son dossier, qu’en 2010, il est hospitalisé quelques jours, pour un épisode dépressif sévère avec traits psychotiques et un trouble lié à l’usage de l’alcool. Il est décrit comme persécuté. C’est la première marque d’accès à un suivi psychiatrique. Il est convaincu d’être l’objet d’une machination. Il suit un traitement antipsychotique. Il arrête ce dernier car il dit avoir eu des effets secondaires qu’il ne supporte pas. Des idées délirantes lui porte préjudice. Il n’ira plus en consultation par la suite.”

“Monsieur Cahuzac a parlé assez librement de son passage à l’acte et des faits en cause. Sur un ton neutre. Il est calme, emploie un ton monocorde. Il fait comprendre que tout était parfaitement orchestré. Sa volonté était ferme. Il a agi avec une nécessité indiscutable. Il répare un préjudice fait à sa personne. Il dit que son coeur et son cerveau étaient en phase et qu’il a rétabli l’équilibre de la justice.”

Parmi les éléments de sa biographie, vie scolaire, vie sociale, vie affective, “il parle de violences psychologiques dans son enfance, terreau de son passage à l’acte plus tard.”

“Thierry Cahuzac a été examiné en août 2021 à la prison de Perpignan. Il a été relativement prolixe. Je sais que cela n’a pas été le cas lors d’autres expertises.”

Un psychiatre, en visio, est interrogé. Il a réalisé une expertise de Thierry Cahuzac.

L’ex-épouse de Thierry Cahuzac a témoigné ce mercredi 6 décembre 2023 également à la barre de la cour d’assises des Pyrénées-Orientales. Tremblante de larmes, de regrets et de culpabilité.

La cour d’assises des Pyrénées-Orientales a plongé dans la douleur et les larmes ce mercredi 6 décembre 2023 avec l’audition des parties civiles. Toute une famille brisée face aux sourires de ces grands-parents et ces instants de vie, mariage, barbecue, repas, parties de carte, qui défilent en photo au-dessus de la salle.

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Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue sur le live du quatrième et avant-dernier jour du procès de Thierry Cahuzac, jugé pour le quadruple assassinat de ses parents et de ses ex beaux-parents en août 2020 à quelques heures d’intervalle à Perpignan et au Boulou.

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