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Elections européennes : l’article à lire pour tout comprendre au scrutin du 9 juin

Le Parlement européen sera entièrement renouvelé en juin. Les ressortissants des 27 pays de l’Union européenne éliront 720 députés, dont 81 rien qu’en France.

Il semble si loin, mais à pourtant un impact concret sur nos vies. Le Parlement européen n’est certainement pas l’institution politique la plus familière des Français. Pourtant, il occupe un rôle majeur dans le fonctionnement de l’UE et dans l’adoption de textes qui touchent presque tous les domaines de la vie quotidienne. Après cinq années chargées en crises – Covid-19, inflation, guerre en Ukraine, conflit entre Israël et le Hamas –, 720 sièges seront mis en jeu lors d’élections qui s’étendent du jeudi 6 au dimanche 9 juin 2024. C’est ce jour-là que la France élira ses 81 eurodéputés. Mais au fait, à quoi sert le Parlement européen ? Comment sont élus les députés européens ? Quels sont les enjeux du prochain mandat ? Franceinfo vous explique tout.

A quoi sert le Parlement européen ?

Avec la Commission européenne et le Conseil de l’UE, le Parlement européen est l’une des trois institutions au cœur du fonctionnement de l’Union européenne. Si son siège se situe à Strasbourg (Bas-Rhin), les parlementaires travaillent aussi à Bruxelles (Beglique). Il s’agit de la seule institution européenne à être élue directement par les quelque 400 millions de citoyens européens, selon un comptage de l’AFP.

En plus de représenter “les intérêts des citoyens de l’UE au niveau européen“, comme le souligne le site du Parlement européen, les députés européens disposent de nombreuses prérogatives. Le Parlement participe ainsi à l’élaboration de la majeure partie des actes législatifs européens, 70% d’entre eux selon le site Vie publique.fr, certains domaines comme la défense restant une prérogative des Etats.

Si un texte législatif ne peut pas être adopté sans l’approbation des députés, ils ne disposent pas de droit d’initiative parlementaire, à l’inverse de la plupart des Assemblées nationales des 27 pays de l’UE. Ce droit, réclamé régulièrement par les députés, est réservé à la Commission européenne, qui propose les textes qui seront ensuite discutés par le Parlement et le Conseil, qui représente les Etats. Le Parlement peut cependant demander à la Commission de présenter de nouveaux textes.

Le compromis est une notion-clé au Parlement européen, notamment parce qu’aucun parti n’y dispose de majorité absolue. Chaque décision doit donc faire consensus chez une majorité de députés issus de 27 pays et de partis différents. De nombreuses commissions et groupes d’intérêts sont mis en place pour faciliter le travail législatif et aider les députés à parvenir à une position commune, nécessaire lors de négociations avec le Conseil et la Commission.

Que changent ces élections ?

Les élections européennes affectent directement la Commission européenne, qui incarne le pouvoir exécutif de l’UE. Le mandat de la présidente, Ursula von der Leyen, et de ses 26 commissaires se termine en juin et ce sont les députés, après une proposition du Conseil de l’UE, qui voteront pour le ou la prochaine présidente de la Commission.

Les élus approuveront également la nomination des futurs commissaires, un par Etat membre, après des entretiens. Ce processus réserve parfois des surprises. En 2019, les eurodéputés avaient rejeté la candidature de l’ancienne ministre française Sylvie Goulard, ouvrant la voie à la nomination de Thierry Breton au marché intérieur.

Plus largement, les rapports de force au sein du Parlement européen guideront les priorités politiques des cinq prochaines années. La poussée des écologistes en 2019 avait notamment incité Ursula von der Leyen à mettre les questions climatiques au cœur de son action. Le Parlement doit par ailleurs approuver le budget de l’UE.

Comment se passe le vote ?

Pour voter, il faut déjà être inscrit sur les listes électorales. En France, le vote est ouvert à partir de 18 ans aux Français et aux ressortissants de l’UE résidant sur le territoire. De manière générale, le scrutin est ouvert à tous les citoyens européens, peu importe leur lieu de résidence dans l’UE. Quelques règles communes encadrent ces élections : le suffrage universel direct à un tour et la représentation proportionnelle. Une liste qui obtient 18% des voix se verra donc attribuer 18% des sièges alloués au pays. Chaque pays est libre de mettre en place un seuil électoral de maximum 5%. C’est le cas de la France, où une liste réunissant moins de 5% ne récolte aucun siège.

Les Etats membres peuvent procéder à quelques ajustements. En France, les électeurs votent ainsi dans une seule circonscription nationale depuis 2019, contre huit auparavant. Enfin, si la plupart des pays, comme la France et l’Allemagne, organisent le scrutin le 9 juin, d’autres, comme les Pays-Bas, voteront dès le 6. Les résultats ne seront cependant dévoilés que le dimanche soir, après la fermeture du dernier bureau de vote dans l’UE. En France, les listes pourront être déposées entre le 6 et 17 mai, la campagne officielle durera deux semaines, du 27 mai au 7 juin.

Qui est élu au Parlement ?

Le Parlement européen actuel compte 705 députés répartis en sept groupes politiques, depuis le 1er février 2020. C’est à cette date que 26 des 73 sièges des eurodéputés britanniques ont été répartis entre les 27 autres Etats membres, après le Brexit. Après les prochaines élections, il comptera 720 sièges. Certains pays, dont la France, verront ainsi leurs effectifs augmenter dans l’hémicycle, car leur population a augmenté depuis le dernier scrutin, comme l’explique le site Touteleurope.fr. 

Fort de ses 176 députés, le Parti populaire européen (PPE) domine le Parlement. La présidente des eurodéputés, Roberta Metsola, est issue de ce groupe de centre droit. L’alliance progressiste des Socialistes et démocrates (S&D) constitue la deuxième force de l’hémicycle avec 139 députés européens. Derrière eux, le groupe des libéraux démocrates de Renew (RE) dispose de 102 députés. Ces trois groupes forment la majorité du Parlement et sont représentés dans la Commission.

Le groupe écologiste et régionaliste (PVE/ALE) compte 72 députés au Parlement européen. Le groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE), qui réunit des partis nationalistes de droite dure, comporte 68 eurodéputés. Le groupe d’extrême droite Identité et démocratie (ID) est composé de 58 députés. Le groupe La Gauche (GUE/NGL) se classe en dernière position avec 37 eurodéputés issus de partis de gauche radicale. Enfin, 52 eurodéputés sont des non-inscrits, ce qui signifie qu’ils ne sont affiliés à aucun groupe politique. 

La France comptera 81 députés européens après les élections de juin, contre 79 actuellement. Vingt-deux d’entre eux, issus de la liste macroniste, siègent dans le groupe Renew (qui compte au total 23 membres). Dix-huit députés du Rassemblement national (RN), dont Jordan Bardella, appartiennent au groupe ID. Le groupe écologiste compte 12 élus, dont Marie Toussaint, tête de liste pour ce scrutin. Huit élus français siègent au sein du PPE, notamment François-Xavier Bellamy (Les Républicains). Sept autres, dont Raphaël Glucksmann, siègent au sein du groupe S&D et six font partie de la Gauche, dont Manon Aubry (La France insoumise), qui préside le groupe. Un député siège au sein du groupe CRE. Quatre députés issus des listes françaises sont non inscrits.

Qui sont les têtes d’affiche ?

En France, la plupart des têtes de listes sont des eurodéputés sortants. C’est le cas de Jordan Bardella pour le RN, Marie Toussaint pour les écologistes, Raphaël Glucksmann pour le Parti socialiste, Marion Aubry pour La France insoumise et François-Xavier Bellamy pour Les Républicains. Parmi les nouvelles têtes : Léon Deffontaines, qui mène la liste communiste, et la très médiatique Marion Maréchal, qui représentera Reconquête, le parti d’Eric Zemmour.

Si les citoyens européens ne choisissent pas directement le président de la Commission européenne, plusieurs candidats font déjà campagne pour ce poste. La sortante, Ursula von der Leyen, a annoncé son intention de se représenter le 19 février. Rien ne garantit cependant que le ou la future leader de la Commission figurent parmi ces noms. Le choix, qui doit être validé par les députés, revient au Conseil de l’UE, que rien n’oblige à choisir parmi les candidats déclarés. En 2019, les Vingt-Sept avaient fait fi de la règle tacite du “Spitzenkandidat”, qui implique de choisir les chefs de file des partis européens, pour proposer Ursula von der Leyen, qui n’était pas candidate.

Que disent les sondages ?

En France, le Rassemblement national (RN) se place pour l’instant en tête des intentions de toutes les enquêtes d’opinions. Selon un sondage Ispos (PDF) publié le 16 mai pour Radio France et Le Parisien, 31% des personnes interrogées se disaient prêtes à voter pour une liste conduite par Jordan Bardella. Loin derrière, la majorité présidentielle menée par Valérie Hayer (liste Renaissance/LREM, Modem et Horizons) se classe invariablement en deuxième position, à 16%. Selon Ipsos, la liste Parti socialiste-Place publique récolterait 14,5%, suivi par celle de La France insoumise à 8%, Les Républicains à 7%, Les Ecologistes et Reconquête à 6,5%. 

Ce scrutin peine pour l’instant à susciter l’intérêt des Français, seuls 45% des personnes interrogées ont l’intention d’aller voter, toujours selon l’enquête Ipsos. Traditionnellement boudé par les électeurs, le vote de 2019 avait enregistré une participation record à 50,12%, une hausse 7,69 points par rapport à 2014.

Le Parlement a-t-il voté des textes importants ?

Les députés ont adopté de nombreux textes, dont certains auront un impact très concret sur la vie des Européens. C’est le cas de nombreuses mesures du Pacte vert, qui vise la neutralité carbone pour 2050 et qui entend réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici à 2030. L’UE a ainsi validé l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteurs thermiques en 2035, mais aussi des mesures sur l’énergie, le recyclage ou la biodiversité. Les élus européens ont aussi validé l’obligation de la mise en place d’un chargeur universel pour les smartphones et tablettes d’ici à fin 2024 et les ordinateurs portables en 2026. L’UE s’est aussi accordé sur le premier texte au monde visant à réguler l’usage de l’intelligence artificelle.

Si les cinq dernières années ont été marquées par un enchainement de crises – Covid-19, guerre en Ukraine – elles ont été aussi le synonymes de nombreuses premières fois pour l’UE. En 2020,  les parlementaires ont entériné le lancement du plan de relance européen inédit à 750 milliards d’euros. La même année, l’UE a acheté, fait inédit de son histoire, des millions de doses de vaccins contre le Covid-19 pour ses Etats membres. Elle a également fourni de l’aide financière et militaire à l’Ukraine, face à l’offensive lancée par la Russie en février 2022 et introduit de nombreuses sanctions contre Moscou. Les députés ont adopté un pacte asile et migration en avril 2024.

Malgré leur pouvoir limité en matière de politique extérieure, les députés ont dénoncé à plusieurs reprises l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais aussi les atteintes à l’état de droit en Pologne et en Hongrie. Après le Brexit, ils ont aussi validé en 2021 un accord âprement négocié pour régir les relations avec le Royaume-Uni.

Quels seront les thèmes de la campagne ?

L’immigration, la guerre en Ukraine, le coût de la vie ou encore le changement climatique étaient cités comme les principales sources d’inquiétudes dans un baromètre européen publié en décembre 2023. La question de la montée de l’extrême droite agite d’ores et déjà les médias européens, alors que les nationalistes sont donnés favoris dans de nombreux pays, notamment en France, aux Pays-Bas ou en Italie.

La question de l’environnement sera aussi au centre des débats. Plusieurs signes montrent une fatigue d’une partie de l’électorat vis-à-vis des politiques de lutte contre la crise climatique. De là à remettre en cause les engagements de l’UE sur le Pacte vert ? Enfin, les problématiques liées à la corruption, après l’affaire du Qatargate qui a secoué le Parlement en décembre 2022 et mené à l’arrestation de plusieurs élus, risque elle aussi de s’inviter dans le débat.

Je n’ai pas eu le temps de tout lire, pouvez-vous me faire un résumé ?

Le Parlement européen sera entièrement renouvelé lors d’élections qui auront lieu du 6 au 9 juin prochain dans les 27 pays de l’Union européenne. Les citoyens européens éliront à la proportionnelle 720 députés, dont 81 en France, qui siégeront pendant cinq ans (de 2024 à 2029). Le rôle des députés est essentiel dans l’adoption des législations européennes, même si c’est la Commission européenne qui propose les textes. Le Parlement vote notamment pour désigner le président de l’exécutif européen et entérine le budget de l’UE. 

Pour l’instant, les conservateurs du PPE disposent du plus grand nombre de sièges, suivis par les sociaux-démocrates et les centristes, mais aucun groupe ne dispose de majorité absolue au Parlement. En France, ces élections pourraient voir la victoire du Rassemblement national, mené par Jordan Bardela, selon différents sondages. Traditionnellement peu mobilisatrice, l’élection peut cependant réserver des surprises, comme en 2019 avec la percée des écologistes. L’ascension de l’extrême droite dans plusieurs pays pourrait aussi mettre à mal certaines priorités de l’UE, comme la lutte contre le réchauffement climatique.



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