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EN DIRECT – Procès de Monique Olivier : “Il m’a dit de passer le coup de fil” qui a servi d’alibi, affirme l’ex-femme de Fourniret

Monique Olivier, 75 ans, est jugée devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine.
Elle comparait pour complicité dans les meurtres et les enlèvements de Marie-Angèle Domèce, Joanna Parrish, et Estelle Mouzin.
Ce vendredi, le père d’Estelle Mouzin doit prendre la parole après plusieurs incidents hier.

AUDIENCE SUSPENDUE

Fin de la déposition de Philippe Guichard, commissaire de police. Audience suspendue quelques instants. 

“MICHEL FOURNIRET NE SERAIT PAS UN PÉDOPHILE?!”

Me Herrmann, avocate de la famille de Marie-Angèle Domèce au commissaire de police à la barre :” Michel Fourniret ne serait pas un pédophile?! On a au moins 3 victimes qui ont entre 12 et 13 ans, Elisabeth Brichet, 12 ans, Natacha Danais, 13 ans et Mananya Thumpong, 13 ans, et puis il y a Estelle Mouzin. Il y a trois victimes, quatre selon ce que nous dira la cour à l’issue de ce procès. Et vous nous dites, M. Guichard, que Michel Fourniret n’est pas un pédophile!”

“JE NE CROIS PAS QUE CE SOIT UN PÉDOPHILE FOURNIRET”

Philippe Guichard, commissaire de police, soutient que Fourniret ne recherchait pas des “enfants”, mais plutôt des “jeunes filles”, des jeunes “femmes”. “Je ne crois pas que ce soit un pédophile Fourniret, je suis désolé”, lâche le policier.

Stupéfaction dans la salle d’audience et dans la salle de retransmission. 

Le commissaire avait soutenu un peu plus tôt ce vendredi qu’il n’était pas “convaincu de l’implication de Michel Fourniret et de Monique Olivier dans le dossier Estelle Mouzin. Il dit avoir “des doutes” sur l’implication du couple. 

FOURNIRET

Me Seban revient sur le témoignage de la voisine d’Estelle Mouzin, qui a dit en juin 2003 qu’un homme avait tenté de l’enlever en décembre 2002, trois semaines avant l’enlèvement d’Estelle Mouzin. Il s’étonne que les enquêteurs ne lui aient pas alors montré une photo de Michel Fourniret. Ce dernier a été interpellé le 26 juin 2003 après une tentative d’enlèvement. 

Philippe Guichard, commissaire de police, agacé se justifie:” Elle nous a décrit un individu de 40-45 ans. Michel Founiret avait 61 ans. Elle nous dit qu’il est brun. Fourniret est grisonnant! Elle nous parle d’yeux marrons et Fourniret a les yeux bleus. Il y a quelque chose qui ne colle pas, vous ne trouvez pas quand même!”

“PAS D’ÉLÉMENTS POUR INCRIMINER MICHEL FOURNIRET”

Me Seban : “Nous avons pendant la procédure fait 27 demandes de comparaison sur Michel Fourniret. Nous demandons 27 fois que la piste Fourniret soit étudiée, travaillée. Vous avez fait un certain nombre d’investigations puis plus rien. Entre 2008 et 2015, il n’y a aucun procès-verbal de L’OCRVP ou de la police judiciaire sur Fourniret…”

Philippe Guichard, commissaire de police :”Fourniret on a travaillé dessus pendant des jours et des jours, des semaines et des semaines. C’était une obsession pour le directeur. À partir du moment on l’on n’a pas les éléments pour pouvoir l’incriminer, il faut bien que l’on trouve le responsable de ces faits.” 

Me Seban: “On l’a trouvé car nous avons au moins aujourd’hui la compagne de cet homme devant la cour d’assises.”

“JE SUIS SÛR QUE FOURNIRET A COMMIS D’AUTRES FAITS”

Me Seban, avocat d’Eric Mouzin: “On s’intéresse, les Belges, le procureur de Charleville, à l’implication du couple Fourniret Olivier. Avez-vous fait des procès-verbaux de comparaison avec de précédentes affaires dans lesquelles étaient impliqué Fourniret?”

Philippe Guichard, commissaire de police, costume sombre, cravate, chemise blanche et micro à la main: “Non je ne pense pas que ça ait été fait mais l’OCRVP (Office central pour la répression des violences aux personnes) a travaillé sur le parcours criminel de Fourniret. Il n’est pas mis en cause dans aucun dossier pendant dix ans mais je suis sûr qu’il a commis d’autres faits, notamment à l’étranger, en Belgique. C’est pour cela que j’ai travaillé sur son parcours.”

Le président rappelle que Fourniret a été mis en cause dans une affaire dans cette période blanche, en 1995 en Belgique, une tentative de viol. 

“JE N’AI PAS CRITIQUÉ LA PROCÉDURE DE LA GENDARMERIE”

Me Seban, avocat d’Eric Mouzin: “Je suis très troublé que vous fassiez la critique du dossier devant cette cour d’assises. Je m’attendais à autre chose. Ça n’est pas ce que l’on vous demandait aujourd’hui. Ça n’est pas professionnel. Depuis quand un grand policier parle de ce qu’il a lu dans la presse ?”

Philippe Guichard, commissaire de police : “Je n’ai pas critiqué la procédure de la gendarmerie. J’émets des doutes sur l’implication de Michel Fourniret et de Monique Olivier avec les éléments dont je dispose.”

DESSAISI

Me Seban, avocat d’Eric Mouzin: “Vous avez été blessé d’avoir été dessaisi du volet judiciaire Fourniret?”

Le commissaire de police Philippe Guichard répond par la négative : ” À un moment donné, je n’écarte pas l’idée qu’un service puisse être fatigué et qu’il faille un oeil nouveau. Personne n’aime être dessaisi d’un dossier mais quelque part, ça fait partie du jeu de l’investigation.”

Me Seban : “Heureusement qu’il y a eu un juge qui a saisi un autre service sinon nous ne serions pas là.”

BELGIQUE

Le président : “Le 9 janvier 2003 (jour de la disparition Estelle Mouzin), après 13h, les enquêteurs n’ont pas enregistré la présence certaine de Michel Fourniret en Belgique ?”

Philippe Guichard, commissaire : “Certaine non. Ni certaine, ni incertaine.”

“JE NE SUIS PAS CERTAIN DE L’IMPLICATION DU COUPLE OLIVIER-FOURNIRET”

Le commissaire Philippe Guichard conclut : “Cela me laisse dubitatif sur l’implication de Michel Fourniret. Mais il a un profil qui est possible. Mais j’ai un certain nombre de doutes sur son implication. Me Seban, vous avez dit que la PJ de Versailles était l’avocat de Monique Olivier. Je ne suis pas là pour défendre Monique Olivier. Je sais de quoi est capable ce couple. J’ai lu encore la semaine dernière les affaires dans lesquelles ils ont été condamnés, c’est abominable. Pour moi Monique Olivier est presque aussi dangereuse que lui. Si j’avais pu vous dire je suis certain de leur implication dans le dossier Estelle, je vous le dirais mais je suis dans l’impossibilité de le faire. Mais je suis en proie au doute, il me semble que c’est ma mission de vous le dire.”

Le commissaire déconstruit le travail des gendarmes réalisés quand ils ont été cosaisis du dossier Mouzin.

“IMPOSSIBLE QUE FOURNIRET AIT ENTERRÉ ESTELLE EN JANVIER 2003”

Philippe Guichard, commissaire de police, à la barre, estime aussi qu’il est impossible que Michel Fourniret ait fait le 9 janvier 2003 le trajet Sart-Custine -Guermantes (246 km en 2h50 via l’autoroute) dans le temps dans lequel il l’aurait fait car il ne prenait jamais l’autoroute. 

Il ajoute : “En plus, Fourniret enlève ses victimes dans un rayon de 50 km de chez lui”. “Je lis dans la presse qu’il aurait enterré sa victime (Estelle Mouzin), vu les températures, c’est impossible, le sol, c’était du béton en janvier 2003.”

Police, justice et faits divers

APPEL DU 9 JANVIER 2003

Philippe Guichard, commissaire de police, revient sur le fameux appel du 9 janvier 2003 passé depuis le domicile du couple Olivier-Fourniret vers le domicile de Jean-Christophe, fils de Michel Fourniret dont c’était l’anniversaire ce jour-là. “Je trouve surprenant dans l’analyse de la téléphonie de penser que ce ne soit pas lui (Michel Fourniret) qui ait appelé.”

ADN

Philippe Guichard, commissaire de police : “730 éléments pileux ont été retrouvés dans la camionnette de Michel Fourniret et 500 environ dans le véhicule de Monique Olivier. 28 ADN mitochondriaux ont été comparés à ceux d’Estelle Mouzin sans succès.”

 L’ADN partiel d’Estelle Mouzin a été retrouvé à deux endroits sur un matelas saisi en 2003 dans une maison appartenant à la sœur de Michel Fourniret à Ville-sur-Mules, où, selon Monique Olivier, son ex-époux a séquestré, violé et tué Estelle. “J’ai lu dans la presse que l’ADN d’Estelle avait été retrouvé sur un matelas, je me suis dit bon, c’est pas normal, là, c’est incontestable. Je me suis dit que c’était un ADN nucléaire….Et je lis dans la presse que c’est un ADN mitochondrial et qu’il y a une mutation sur cet ADN. J’ai demandé à des experts, ils m’ont dit que ce n’était pas possible de dire avec certitude que c’est l’ADN de quelqu’un.”

26 JUIN 2003

Philippe Guichard, commissaire de police : “L’interpellation de Michel Fourniret le 26 juin 2003 a été un moment clé dans le dossier. Il vient d’enlever une gamine qui réussit à se sauver. Elle se réfugie dans un autre véhicule dont l’un des passagers a le temps de noter l’immatriculation du véhicule de Fourniret qui sera interpellé par la police belge.” Il ne sera pas mis en cause dans l’affaire Fourniret.

BORNAGE TÉLÉPHONIQUE

L’ensemble des bornes de France a été gelé le 9 janvier 2003, jour de la disparition d’Estelle Mouzin. Une première dans une enquête de la police judiciaire en France. Cela permettait aux enquêteurs, grâce à l’exploitation de la téléphonie, de savoir qui était où ce jour-là.

142 GARDES A VUE

“L’investissement a été hors normes. Pendant un mois, presque toute la DRPJ (direction régionale de la police judiciaire) de Versailles a été engagée dans cette affaire : 2500 personnes. 12.500 procès-verbaux, 125 tomes, 142 gardes à vue de prise, 44 missions en province, six à l’étranger”, souligne le commissaire Philippe Guichard. 

Ensuite, huit personnes ont travaillé à temps plein pendant trois ans sur cette affaire avant de reprendre d’autres activités. Il dit que la difficulté de cette affaire était de ne pas avoir de scène de crime, point de départ habituel d’une enquête pour la police judiciaire.

PORTRAIT-ROBOT

Philippe Guichard, commissaire de police dit que Monique Olivier a été entendue à 6 reprises et Michel Fourniret à 4 reprises au moment où l’affaire Estelle Mouzin a débuté sans qu’il n’ait été mis en cause. 

Il rappelle aussi que le 19 décembre 2002, moins de trois semaines avant l’enlèvement d’Estelle Mouzin, une enfant avait failli être enlevée par un homme à Guermantes mais que ces faits n’avaient été communiqués aux enquêteurs qu’en juin 2003, six mois après l’enlèvement d’Estelle. Lors de son audition, la fillette a alors décrit la camionnette blanche, dessiné le visage de l’homme qui a tenté de l’enlever puis aidé à concevoir un portrait-robot. “Il y a 1500 appels après le portrait-robot mais qui n’ont rien donné”, déplore le commissaire. La photo de Michel Fourniret n’est à l’époque malheureusement pas présentée à la fillette.

En 2019 que les gendarmes de la section de recherches de Dijon montreront à cet enfant devenue femme des photos de Michel Fourniret, afin qu’elle puisse identifier formellement celui qui a tenté de la ravir. Elle leur avait dit alors qu’il n’y avait “plus trop de doutes”: c’était bien Michel Fourniret qui l’avait accostée.

“Aujourd’hui, je pense qu’il n’y a plus de doute: c’est bien Michel Fourniret qui m’a abordée le 19 décembre 2002”, a témoigné jeudi à l’audience cette jeune femme de 32 ans.

LE PIRE TUEUR EN SÉRIE

Le commissaire estime que Michel Fourniret est le “pire tueur” en série qu’on ait eu en France “depuis 40 ans”. “Il est inquiétant dans son profil et habilement secondé par Mme Olivier. Il parle d’elle comme un élément déclenchant, un aiguillon. (…) On ne rencontre pas de serial killer de cet acabit tous les jours. Michel Fourniret, j’en suis certain, a emporté avec lui des secrets dans sa tombe”, dit-il. 

On a reproché à la police judiciaire de Versailles de n’avoir pas pris en compte Michel Fourniret comme suspect à l’époque de la disparition d’Estelle. “Comment voulez-vous qu’un service de police judiciaire ne s’intéresse pas à lui? Tous les services de police judiciaire se sont intéressés à lui. Je ne comprends pas qu’on puisse dire que son cas n’a pas été pris en compte dans l’affaire Mouzin”. Dès juin 2003, quand Michel Fourniret a été interpellé, il y a eu des actes d’enquête selon le témoin. “Mais nous ne sommes pas parvenus à le positionner en France le 9 janvier 2003”, déplore le commissaire. 

ASSUMER LES ÉCHECS

Philippe Guichard, commissaire de police, dit toutefois être “satisfait malgré tout d’être à l’audience pour défendre la police judiciaire”. 

“Me Seban a sous-entendu que la police judiciaire était constituée de cadors qui ne voulaient pas assumer leurs échecs”, dénonce le commissaire. “Moi aujourd’hui, j’assume que nous n’ayons pas trouvé l’auteur dans le dossier Estelle Mouzin et j’en suis le premier désolé”, dit-il. 

“TOUT LE MONDE VOYAIT ESTELLE PARTOUT”

Le 11 janvier, une salle de crise est créée à la police judiciaire. Une ligne téléphonique spéciale est mise en place après l’appel à témoins pour retrouver Estelle. “Tout le monde voyait Estelle un peu partout. Il fallait faire les vérifications en urgence”, explique Philippe Guichard, commissaire de police. Pendant ce temps, la police judiciaire doit aussi gérer les “dossiers courants”. La police judiciaire décide alors de mettre en place un groupe dédié pour la recherche d’Estelle. Le commissaire dit que le dossier Estelle est devenu pour lui “une obsession”.

“UN PEU CHAT NOIR”

Philippe Guichard, commissaire de police : “C’est l’affaire qui m’a le plus marqué de très loin. J’ai eu de nombreuses nuits blanches. Je pensais que c’était fini mais depuis quelques semaines ça recommence. Pourquoi ça m’a marqué, parce que le 9 janvier 2003, date de la disparition d’Estelle et de la saisine de la police judiciaire, j’étais de permanence. Il y a des gens comme ça un peu chat noir. Je me suis déplacé dès le 10 janvier 2003 à Guermantes, j’étais au cœur du dossier, à la recherche d’indices et de témoignages.”

POLICE JUDICIAIRE

Philippe Guichard, commissaire de police, explique qu’à l’époque, il commandait 200 personnes à la police judiciaire de Versailles mais “n’était pas décisionnaire de quoi que ce soit” sur l’enquête Mouzin. “Il y avait un directeur régional qui était omniprésent et qui prenait toutes les stratégies d’enquête”, souligne-t-il. 

“JE N’AI AUCUNE ANIMOSITÉ ENVERS PERSONNE”

“Je viens ici sans esprit polémique et sans aucune animosité envers personne”, dit le commissaire Philippe Guichard en préambule. “Je comprends la colère de la famille Mouzin. Je sais qu’ils attendaient depuis très longtemps une solution à cette affaire malheureuse. Pendant longtemps, j’ai rêvé que j’avais appelé Eric Mouzin en lui disant que l’on avait retrouvé Estelle et la personne qui l’avait enlevée puis séquestrée”, poursuit-il. 

PHILIPPE GUICHARD COMMISSAIRE DE POLICE

Est appelé à la barre Philippe Guichard, 62 ans, commissaire de police à la direction nationale de la police judiciaire. Il a participé aux recherches d’Estelle Mouzin. Il est policier depuis 40 ans.

Le président :” Vous avez déjà été entendu dans une cour d’assises.”

Philippe Guichard : “Malheureusement oui”.

AUDIENCE SUSPENDUE

L’audience est suspendue. Reprise à 14 heures.

QUITTER FOURNIRET

Me Seban : “Pourquoi ne pas avoir quitté Michel Fourniret, comme l’a fait son ex-femme, quand elle a senti le danger ?” (L’ex-femme de Michel Fourniret l’a quitté quand elle a appris que ce dernier avait agressé deux fillettes. À l’âge de 25 ans, Michel Fourniret avait été condamné en 1967 à huit mois de prison avec sursis avec obligation de soins, pour l’agression d’une fillette dans les Ardennes. Arrêté et incarcéré en 1984, il a été condamné le 26 juin 1987 à cinq ans de prison ferme pour des agressions sexuelles sur une douzaine de jeunes femmes depuis 1981).

Monique Olivier : “J’aurais dû, je sais pas…”

“JE N’AI PAS PENSÉ QUE C’ÉTAIT UN ALIBI” ASSURE MONIQUE OLIVIER

Le président : “À quel moment avez-vous compris ou su que ce coup de téléphone qu’il vous demandait de passer était un alibi ?”

Monique Olivier : “J’ai pas pensé que c’était un alibi. S’il me demandait de faire ça, c’est qu’il prévoyait de faire quelque chose. Mais le mot alibi… Il devait partir à la chasse (pour chercher des jeunes filles) oui… Il me l’a demandé. À l’époque, j’ai pas pensé qu’il utilisait ça comme alibi. Il m’a dit : ‘tu fais ça’, moi, je l’ai fait. S’il me le demandait, c’est qu’il avait quelque chose en tête. Son fils, je le connaissais pas…”

Sandrine, la femme de Jean-Christophe, écoute les déclarations depuis la barre. Elle est très troublée. La cour n’a plus de question à lui poser et l’autorise à quitter la salle. 

MONIQUE OLIVIER INTERROGÉE SUR L’APPEL DU 9 JANVIER 2003

Le président interroge Monique Olivier sur cet  appel du 9 janvier 2003, passé depuis le domicile du couple Fourniret-Olivier, vers le domicile du fils de Michel Fourniret. Le 9 janvier 2003 correspond à la date de la disparition d’Estelle Mouzin et à l’anniversaire de Jean-Christophe, fils de Michel Fourniret. Monique Olivier dit avoir appelé chez Jean-Christophe pour son anniversaire à la demande de Michel Fourniret.

Monique Olivier :”Ce dont je me souviens, c’est qu’un matin avant qu’il parte travailler, il (Michel Fourniret) m’a dit :’Tu appelleras Jean-Christophe, tu laisses sonner et tu ne parles pas. Je suis sûre qu’il m’a demandé ça. Il m’a dit :’tu laisses sonner et tu raccroches’. Je n’ai pas parlé du tout. “

Le président : “Vous avez laissé sonner le téléphone 99 secondes ? L’appel dure 99 secondes.”

Monique Olivier : “Je ne sais pas, j’ai pas compté. Il m’avait dit d’appeler et surtout de ne pas parler. J’ai fait ce qu’il m’a demandé.”

Me Seban :”Il vous a dit qu’il allait partir en chasse ce jour-là?”

Monique Olivier :”Non, il m’a dit de passer le coup de fil, de ne pas parler. Il allait travailler… enfin travailler… À sa façon. Je me souviens pas que c’était l’anniversaire de son fils. Je voulais pas le faire mais je savais que si je ne le faisais pas ça allait faire des histoires.”

Sandrine, la femme du fils de Michel Fourniret ne se souvient pas d’un appel qui aurait sonné dans le vide. 

3 APPELS

Me Seban, avocat d’Eric Mouzin, interroge le témoin. Il rappelle que l’on sait qu’il y a eu 3 appels le 31 juillet 2002, le 9 janvier 2003 et le 9 février 2003 depuis le domicile de Michel Fourniret et Monique Olivier vers le domicile de Jean-Christophe, fils de Michel Fourniret, et de son épouse. 

“Se pourrait-il que vous confondiez les appels du 9 janvier et du 9 février”, demande l’avocat. Sandrine, épouse du fils de Michel Founiret, répond par la négative. 

“MONIQUE OLIVIER A PU TRAVESTIR SA VOIX”

Le président: “Vous vous souvenez du coup de fil?”

Sandrine, femme de Jean-Christophe, fils de Michel Fourniret:” Oui c’était très bref. Il se nomme.”

Le président : “Il a dit c’est Michel Fourniret?”

Sandrne :”Oui, il se nomme et demande Jean-Christophe. J’ai dit qu’il était pas là. Il commence à s’énerver. Je lui ai dit que j’étais désolée, qu’on travaillait.(…) Je lui ai dit qu’il pouvait rappeler le lendemain. Chose qu’il n’a pas faite.”

Le président : “Pourquoi cet appel selon vous?”

Sandrine : “Moi, je pense à l’heure d’aujourd’hui que c’était un alibi pour monsieur (Fourniret).”

Le président: “Oui, mais qui vous a appelée? Vous dites que c’était une voix d’homme…”

Sandrine : “Je pense qu’elle (Monique Olivier) a pu masquer sa voix.”

Le président :” Vous voulez dire que Monique Olivier a travesti sa voix?”

Sandrine : “C’est possible, ils sont capables de tout. Ça je peux le dire aujourd’hui avec du recul.”

Elle indique que la personne au bout du fil n’a pas précisé qu’elle appelait pour l’anniversaire, c’est elle qui l’a déduit.”

“J’AI RÉPONDU AU TÉLÉPHONE”

Sandrine, femme du fils de Michel Fourniret, assure avoir répondu au téléphone le 9 janvier 2003, jour de l’enlèvement d’Estelle. “J’ai répondu au coup de téléphone. La date, l’heure, je pense que tout a été vérifié. Les faits… Ça nous est tombé dessus. C’est difficile.”

Le président indique que le témoin a varié dans ses déclarations entre 2004, 2005 et aujourd’hui. Sandrine s’agace et répète avoir répondu au coup de fil le 9 janvier 2003, date de l’enlèvement d’Estelle et de l’anniversaire de son mari, Jean-Christophe, fils de Michel Fourniret. Le coup de fil a servi pendant des années à Michel Fourniret d’alibi. 

Le président : “La voix était celle d’un homme ?”

Sandrine : “Oui tout à fait.”

En 2019, Monique Olivier a dit que c’est elle qui avait passé ce coup de fil au fils de Fourniret à la demande de l’ogre des Ardennes.

ÉPOUSE DU FILS FOURNIRET

Sandrine, l’épouse de Jean-Christophe, fils de Michel Fourniret, est maintenant à la barre. “Le coup de téléphone était très très bref. Je ne pouvais pas me douter que ce soit quelqu’un d’autre qui a appelé (que Michel Fourniret) (…) J’ai dit que que Jean-Christophe n’était pas là et que s’il voulait, il pouvait rappeler le lendemain, le 10 janvier.”

Le président Didier Safar lui demande si elle est sûre que c’est bien une voix d’homme qui l’a appelée. Elle répond par l’affirmative. Il s’étonne de la réponse, car ça n’est pas ce qu’elle avait dit en 2004. Elle avait alors dit qu’elle ne se souvenait pas de ce coup de téléphone. “S’il avait appelé pour téléphoner pour l’anniversaire de mon mari, je m’en serais souvenu. Il n’a jamais appelé pour son anniversaire. Il a essayé de renouer le contact avec lui 4 ou 5 fois. (…) Mon mari n’a jamais connu son père, ses parents ont divorcé quand il avait deux ans.”

ALIBI

Jean-Christophe, fils de Michel Fourniret, est très ému à la barre. Il n’a pas été élevé par son père. Il dit que son père a essayé de renouer le contact avec lui, avec quelques appels et courriers. 

Le 9 janvier, jour de l’enlèvement d’Estelle et de l’anniversaire de Jean-Christophe, ce dernier n’était pas chez lui. C’est son épouse qui a décroché le téléphone quand un appel a été passé depuis le domicile du couple Fourniret-Olivier.

Me Allali : “Votre père vous a utilisé comme alibi dans l’enlèvement d’une petite fille, ça vous fait quoi ?”

Jean-Christophe :” C’est particulier (…) Ça marque quand même”.

Me Seban : “Ce qui est certain, c’est que vous n’étiez pas chez vous ce jour-là, votre père ne vous a jamais appelé et vous n’avez jamais appelé votre père.”

Le témoin répond : “Tout à fait”. 

COUP DE FIL

Le jour de la disparition d’Estelle Mouzin correspond au jour de l’anniversaire de Jean-Christophe 

Michel Fourniret s’est servi de cela comme d’un alibi pendant des années. Il avait dit être chez lui le jour de l’enlèvement de la fillette, et avait pour preuve un appel à son fils pour lui souhaiter son anniversaire. La téléphonie a montré qu’un appel a effectivement été passé depuis le domicile du couple Monique Olivier-Michel Fourniret à 20h08 le 9 janvier 2003 pendant 80 secondes. Cela avait innocenté Michel Fourniret.

Ça n’est qu’en 2019 que Monique Olivier a fait tomber l’alibi de son mari, disant que c’est elle qui avait passé ce coup de fil. 

PREMIER TÉMOIN, L’UN DES FILS DE MICHEL FOURNIRET

Un premier témoin est appelé à la barre. Il s’agit de Jean-Christophe, technicien, 59 ans. C’est l’un des fils de Michel Fourniret et beau-fils de Monique Olivier. Il est habillé tout en noir et a le crâne rasé. Il dit avoir été entendu par les enquêteurs dans le cadre des investigations pour la recherche d’Estelle Mouzin. Il était à son travail le jour des faits. 

HUIS CLOS PARTIEL REJETÉE, SELIM OLIVIER SERA ENTENDU EN PRÉSENCE DE LA PRESSE

La cour a délibéré sur la requête de Selim Olivier. Sa demande est rejetée. Le huis clos partiel n’est pas ordonné. “Seules les victimes ont droit au huis clos” et les “témoins anonymes”, et “il a déjà témoigné devant une cour d’assises”.

Selim Fourniret doit donc se présenter le mercredi 13 décembre au tribunal de Nice pour être entendu par cette cour. Il sera entendu en visio. Le président rappelle qu’il est interdit d’enregistrer les débats et de prendre des photos, redoutant sans doute que des gens prennent en photo le fils du couple Monique Olivier -Michel Fourniret. 

DEMANDE DE HUIS CLOS PARTIEL DU FILS DE MICHEL FOURNIRET ET MONIQUE OLIVIER

Selim Olivier, dans son mail au président Didier Safar, écrit encore : “Je refuse de m’exprimer en présence des 350 journalistes accrédités. Mon témoignage n’est pas une représentation théâtrale et je ne veux pas qu’il se retrouve sur les réseaux sociaux et dans la presse.”

Me Seban: “Selim Olivier ne peut choisir la manière dont il va être entendu. (…) Je vous demande de ne pas accepter ce huis clos. Son image ne sera pas diffusée. Le débat doit être public.” 

L’avocat général s’oppose également à cette demande de huis clos partiel. La cour vient de se retirer pour délibérer. L’audience est suspendue. 

SELIM OLIVIER, FILS DE MONIQUE OLIVIER ET MICHEL FOURNIRET, MENACÉ DE MORT ?

Le président fait part aux parties d’une difficulté posée par le témoignage de Selim Olivier, fils de Michel Fourniret et Monique Olivier. Il a fourni un certificat médical disant qu’il ne pouvait pas venir à l’audience et devait être entendu mercredi en visio.

Selim Olivier a envoyé un mail dans la nuit, demandant une audition à huis clos partiel. Il évoque sa “sécurité personnelle”, et affirme faire l’objet de “menaces de mort”. Il ne veut pas voir “des informations sensibles dans la presse”, et redoute les effets sur sa “sécurité et celle de ses proches.” 

L’AUDIENCE EST REPRISE

L’audience est reprise. 

LE VICE-BÂTONNIER DANS LE BUREAU DU PRÉSIDENT

L’audience n’a pas encore commencé. Le vice-bâtonnier, Fabien Arakelian, est actuellement dans le bureau du président de la cour d’assises, Didier Safar. 

ÉRIC MOUZIN VA PRENDRE LA PAROLE

Éric Mouzin va prendre la parole ce matin après les incidents survenus dans la soirée jeudi. 

Me SEBAN, AVOCAT D’ERIC MOUZIN, MENACÉ DE SANCTION DISCIPLINAIRE

Parmi les incidents survenus jeudi, l’un implique Me Seban, avocat d’Éric Mouzin, le père d’Estelle. “Le président m’a menacé de sanction disciplinaire au moment où j’interrogeais les codétenues de Monique Olivier, qui racontaient ce que celles-ci leur avaient dit de l’enlèvement d’Estelle. C’était un moment très fort où j’espérais pouvoir faire avancer Monique Olivier. Elle a d’ailleurs avancé puisqu’elle a dit qu’Estelle n’avait jamais changé de tenue, ce qui donne l’idée qu’elle l’a vue plusieurs fois. Mais le président a coupé court à cette confrontation entre Monique Olivier et ces codétenues. Ça fait beaucoup”, a-t-il expliqué.

BÂTONNIÈRE OU VICE-BÂTONNIER

La bâtonnière Isabelle Clanet dit Lamanit ou le vice-bâtonnier, Fabien Arakelian, devrait être présent à l’audience après les incidents de jeudi. 

L’AUDIENCE VA REPRENDRE

L’audience doit reprendre à 10h30. L’audience risque d’être mouvementée après plusieurs incidents survenus jeudi dans la salle. 

C’est une audience mouvementée qui se prépare ce vendredi au procès de Monique Olivier, jugée depuis le 28 novembre et jusqu’au 15 décembre pour complicité dans les enlèvements et les meurtres commis par son époux Michel Fourniret en 2003 sur Estelle Mouzin, 9 ans, en Seine-et-Marne, mais aussi sur Marie-Angèle Domèce, en 1988 et Joanna Parrish, en 1990, dans l’Yonne.

Jeudi, le ton est monté entre le président de la cour d’assises des Hauts-de-Seine, Didier Safar, et Me Seban, avocat de la partie civile, après plusieurs incidents à l’audience. L’avocat lui reproche d’abord d’avoir interrogé un témoin, une femme que Michel Fourniret avait tenté d’enlever en 2003, peu avant Estelle Mouzin, de façon très brutale. Le président a dit notamment à cette femme entendue par la cour :“Vous vous êtes désintéressée de cette affaire”. La robe noire reproche également au président d’avoir programmé l’audition de Selim Fourniret, fils du couple diabolique, en visioconférence – et non à la barre – mercredi, alors qu’il devait être présent à l’audience ce jour. Les parties civiles ont des questions à lui poser, elles préfèreraient le faire dans la salle d’audience.

Me Seban, enfin, n’a pu contenir sa colère quand le président ne l’a pas laissé interroger Monique Olivier après les témoignages de plusieurs de ses anciennes codétenues, qui ont livré plusieurs confidences que l’ex-femme de Michel Fourniret leur aurait faites sur la petite Estelle Mouzin. 

Après ces incidents, le bâtonnier devrait venir à l’audience. Eric Mouzin a également prévu de prendre la parole ce matin. 

Dès le premier jour de son procès, l’accusée, âgée de 75 ans, avait assuré qu’elle essayerait de s’exprimer du mieux qu’elle pouvait, et de donner des réponses aux familles endeuillées. Si elle a reconnu les faits, elle est restée très vague sur plusieurs éléments et n’a toujours pas indiqué où se trouvaient les corps de Marie-Angèle Domèce et Estelle Mouzin, jamais retrouvés. 

La septuagénaire a assuré “ne plus se souvenir”. Les experts ont pourtant assuré qu’elle n’avait pas de problèmes mnésiques. 


Aurélie SARROT

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