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Enseignant assassiné à Arras : la reprise des cours perturbés dans six établissements d’Ajaccio

Les échanges vifs entre plusieurs enseignants à la sortie d’une réunion, lundi 16 octobre à 10 heures, témoignent du débat qui est né spontanément. En ce jour d’hommage à Dominique Bernard, enseignant assassiné par un islamiste à Arras, un échange entre professeurs et chefs d’établissements était prévu dans tous les collèges et lycées, de 8 heures à 10 heures avant une reprise des cours. Mais dans six établissements d’Ajaccio, cette dernière n’a pas eu lieu.

“Les mêmes discours que pour Samuel Paty. Mais qu’est-ce qui a changé ?”

À l’issue des entrevues de deux heures, de nombreux enseignants de la ville ont préféré se diriger vers le rectorat pour y manifester leur mécontentement en silence. Pour eux, difficile de se retrouver face aux élèves dans de telles conditions. L’anonymat que la majorité s’est imposé a libéré quelque peu la parole. “On nous propose deux heures de discussion avant de reprendre le travail alors que l’un des nôtres s’est fait assassiner ? Ce n’est ni sérieux, ni digne”, regrette un enseignant en langue et culture corses du lycée Fesch. Il poursuit : “Les discours sont beaux, nous avons entendu les mêmes mots que pour l’assassinat de Samuel Paty il y a trois ans mais entre-temps, qu’est-ce qui a changé ?”

“Que va-t-on faire ? Inaugurer des salles au nom des victimes ?”

Tous les enseignants interrogés concèdent que les problèmes de sécurité en Corse ne sont pas comparables, “pour l’instant”, avec ce qui se passe sur le Continent. “Mais peu importe, témoigne une enseignante d’anglais au collège Fesch, c’est un enseignant, comme nous, qui s’est fait assassiner et que va-t-on faire ? Inaugurer des salles et collèges au nom de Dominique Bernard comme nous avons fait pour Samuel Paty ? Et s’il y a dix enseignants tués, on fera de même pour eux ?” C’est l’absence de réaction, “le sentiment d’impuissance et de manque de considération” qui prédomine.

“Le discours du gouvernement n’est pas à la hauteur”

Marina Giacomoni, professeur d’anglais et représentante du personnel Snalc au collège Arthur-Giovoni l’exprime ainsi : “C’est au gouvernement à poser les bons mots, nous ne pouvons pas parler de radicalisation avec nos élèves, nous n’avons pas le droit de pratiquer la langue de bois, nous n’avons que le droit d’enjoliver, car ce sont des enfants. Ce n’est pas à nous de le faire, nous sommes là pour élever les esprits, apaiser avant tout.” Elle conteste également certains mots de la lettre de Gabriel Attal demandant aux enseignants d’être vigilants “face à des comportements” qui pourraient s’avérer suspects. “Ce n’est pas à nous de faire cela, conteste-t-elle. Qu’attendons-nous ? Que cela devienne un fait divers ? Impossible et c’est pour ça que nous sommes là, nous pensons à sa famille, à ses enfants. Le discours du gouvernement n’est pas à la hauteur.”

“On paye le laisser-aller”

Ce discours qui revient trois ans jour pour jour après l’assassinat de Samuel Paty par un autre islamiste radicalisé, certains ont du mal à l’entendre à nouveau. “Un enseignant s’est fait décapiter il y a trois ans, un autre vient d’être égorgé et on nous sert un copier-coller entre les deux discours, fulmine un enseignant en mathématiques. On paye le laisser-aller dans ce pays de manière générale – et sur la laïcité en particulier – sans compter l’absence de décisions fortes.”

Lundi 16 octobre au matin, le recteur Jean-Philippe Agresti a rencontré une délégation d’enseignants mobilisés devant le rectorat. Il était présent à la minute de silence en hommage à Dominique Bernard au lycée Laetitia-Bonaparte, à 14 heures.Minute de silence également respectée à Corte où enseignants et élèves se sont réunis sur le parvis de la faculté de droit à 14 heures. 

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