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Financement libyen : Nicolas Sarkozy entendu par un juge d’instruction à Paris après la rétractation de Ziad Takieddine

L’ancien président français Nicolas Sarkozy, le 17 mai 2023, à Paris.

Vers une nouvelle mise en examen de Nicolas Sarkozy ? L’ancien chef de l’Etat est interrogé depuis le milieu de matinée du mardi 3 octobre à Paris par un juge d’instruction dans l’enquête sur des manœuvres frauduleuses cherchant à le disculper dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.

Nicolas Sarkozy est arrivé vers 10 heures en voiture et ses avocats sont venus de leur côté, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP). Ses conseils n’ont pas souhaité s’exprimer.

« M. Nicolas Sarkozy est actuellement entendu en interrogatoire de première comparution par les magistrats instructeurs dans le cadre de l’information judiciaire ouverte en mai 2021 » après la rétractation de Ziad Takieddine, a confirmé à l’AFP une source judiciaire. « Sa convocation porte sur les chefs de recel de subornation, association de malfaiteurs en vue de la préparation d’escroqueries en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de la corruption de personnels judiciaires étrangers. »

Lire aussi : Sarkozy, la Libye et le financement de la campagne présidentielle 2007 : tout comprendre à l’affaire

Plusieurs jours d’interrogatoire

Selon la teneur de ses déclarations devant le magistrat instructeur et l’appréciation qu’en fera celui-ci, M. Sarkozy pourrait ressortir de cet interrogatoire mis en examen ou sous le statut moins incriminant de témoin assisté, qui lui donnerait un accès au dossier tout en excluant un procès le concernant.

L’ancien président français, qui a contesté toute participation aux faits, est suspecté d’avoir donné son aval ou laissé faire plusieurs personnes qui auraient tenté d’escroquer la justice pour le disculper dans le dossier libyen, qui sera, lui, jugé au début de 2025. Cet interrogatoire, qui pourrait durer plusieurs jours, était prévu du 12 au 14 septembre mais avait été repoussé.

Outre M. Sarkozy, la justice soupçonne au moins neuf protagonistes d’avoir participé, à des degrés et moments divers, à cette opération, parmi lesquels la reine des paparazzis Mimi Marchand, l’escroc Noël Dubus, le défunt financier Pierre Reynaud, etc.

Volte-face de Ziad Takieddine

Le premier événement qui a attiré l’attention de la justice est la spectaculaire volte-face de l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, dans une interview à Paris Match et BFM-TV en novembre 2020, puis dans une lettre adressée un mois plus tard aux magistrats instructeurs français. A ces deux occasions, M. Takieddine avait assuré que la campagne de M. Sarkozy n’avait pas été financée par les Libyens, une déclaration contraire à ses précédentes affirmations dans le dossier. D’après les enquêteurs, selon un chiffrage récemment établi, au moins 608 000 euros auraient pu être utilisés dans cette opération.

Une partie des protagonistes auraient ensuite, dans le premier semestre de 2021, également cherché une hypothétique preuve que le retentissant « document libyen », publié dans l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2012 par Mediapart et évoquant un financement de la campagne de 2007 de M. Sarkozy à hauteur de 50 millions d’euros, était un faux. Ils auraient encore tenté d’obtenir la libération au Liban d’un des fils Kadhafi dans l’espoir que la famille du défunt dictateur libyen facilite la mise hors de cause de M. Sarkozy.

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Dans cette « affaire d’une gravité majeure », selon le mot du juge d’instruction dans une ordonnance de la fin de 2021, l’ex-chef de l’Etat a fermement contesté toute participation aux faits incriminés pendant douze heures lors de son audition libre mi-juin, devant les enquêteurs financiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF).

Il a indiqué avoir été mis au courant du souhait de M. Takieddine de changer de version par Mimi Marchand en octobre 2020, un mois avant que l’information ne soit publique. Mais « aucun élément concret matériel, de téléphonie, ne peut m’incriminer dans cette folie, ni de près, ni de loin », a assuré M. Sarkozy.

« Coïncidences »

Longuement interrogé sur son agenda et sa téléphonie de la fin de 2020 et du début de 2021, qui suggèrent des rendez-vous ou conversations à des moments-clés avec des protagonistes du dossier, M. Sarkozy a évoqué quelques « coïncidences » et nié tout contact significatif avec la plupart des mis en cause. « Toute cette petite bande a pour seule préoccupation de se faire mousser les uns par rapport aux autres » en prétendant être en contact avec lui, a encore dit l’ex-président.

L’agenda judiciaire de M. Sarkozy, qui promeut actuellement son dernier livre, Le Temps des combats, est très chargé. Outre le procès du financement libyen, il sera jugé en novembre en appel dans le dossier Bygmalion. Dans une autre affaire, celle dite « Bismuth », le Conseil constitutionnel a ouvert jeudi la voie à un éventuel nouveau procès pour raisons procédurales. « Je suis propre », avait assuré début septembre M. Sarkozy, interrogé sur l’ensemble de ces mises en cause judiciaires.

Lire notre synthèse : Le point sur les affaires Sarkozy : deux condamnations, un appel, deux non-lieux et plusieurs dossiers en cours

Le Monde avec AFP

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