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Handicap intellectuel à l’école : une rentrée encore ponctuée d’obstacles

Une enfant autiste assiste à un cours dispensé par un personnel AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) dans une école dotée d’un Pôle inclusif d’accompagnement localisé (PIAL) à Cenon, près de Bordeaux, le 2 septembre 2022.

« Malheureusement, trop d’enfants en situation de handicap seront encore privés de rentrée et leurs droits à l’éducation sont bafoués », dénonce dans un communiqué, mardi 29 août, Luc Gateau, le président de l’Unapei, l’une des fédérations majeures regroupant des associations de personnes handicapées mentales et leurs familles.

Pour évaluer l’ampleur du problème, l’Unapei a mené une étude auprès d’un échantillon de 2 103 enfants accompagnés par ses antennes locales, dans six régions en France. Résultat : 23 % n’ont « aucune heure de scolarisation » par semaine, 28 % entre zéro et six heures, 22 % entre six et douze heures et 27 % bénéficient de plus de douze heures d’enseignement hebdomadaire. Les enfants handicapés scolarisés se retrouvent en outre parfois dans une classe « non adaptée » à leurs besoins, regrette l’Unapei, à une semaine de la rentrée des classes.

C’est le cas par exemple de Noah, 8 ans, atteint de troubles autistiques. Après quatre ans d’attente pour une place en classe ULIS (unités localisées pour l’inclusion scolaire), spécialisée dans l’accueil d’élèves handicapés, la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) l’a orienté vers un Institut médico-éducatif (IME). Mais faute de place, il entrera en septembre en CE1 en milieu ordinaire.

« Nous sommes frustrés, parce qu’il est jeune et c’est à cet âge qu’il peut apprendre », déplore auprès de l’Agence France-Presse (AFP) sa mère, Julie, 41 ans, qui vit près de Nantes. « Nous avons fait plein de démarches, on nous fait attendre et à chaque fois c’est la déception. » Pour elle, les enfants handicapés sont « oubliés de la société ».

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« Lourdeur administrative »

Caroline Poinas, 39 ans, regrette également « la lourdeur administrative » pour tenter d’obtenir pour la première fois une place en classe ULIS pour son fils de 8 ans, qui a des troubles de l’attention. Elle a fait un recours en mai, après avoir essuyé un refus. « On attend, on ne sait toujours pas pour la rentrée, c’est surtout stressant pour lui », souligne-t-elle.

L’Unapei a recueilli sur un site dédié 880 témoignages de familles concernées par différentes difficultés pour la rentrée. « L’école pour tous est une priorité du gouvernement », a assuré de son côté, auprès de l’AFP, la ministre déléguée aux personnes handicapées, Fadila Khattabi. Elle souligne la nécessité de « concentrer » les « efforts » sur « la qualité de l’accompagnement », en renforçant notamment « la présence des professionnels du médico-social dans les murs de l’école ».

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Fin avril, lors de la conférence nationale du handicap, le gouvernement avait également annoncé un projet pilote de déploiement d’une centaine d’Instituts médico-éducatifs au sein d’écoles. Sonia Ahéhéhinnou, vice-présidente de l’Unapei, redoute un « effet d’annonce » : « On attend de voir comment ce sera financé et mis en œuvre. » Elle estime qu’il faudrait d’abord mettre en place un observatoire afin d’évaluer les besoins pour « calibrer correctement les modalités de scolarisation et d’accompagnement ».

Un accueil en progrès

Ces dernières années, le nombre d’enfants handicapés accueillis à l’école a progressé : ils seront plus de 430 000 en cette rentrée 2023, soit 34 % de plus qu’en 2017, selon le ministère des personnes handicapées. Le nombre d’accompagnants d’élève en situation de handicap (AESH) a également augmenté de 42 % depuis 2017. Ils seront ainsi environ 136 000 à la rentrée.

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« Un AESH c’est indispensable pour mon fils mais il faut qu’il arrive à bien comprendre son trouble autistique », commente Delphine Garreau, 47 ans. Elle déplore le manque de liens entre l’accompagnant et la famille de l’élève ainsi que l’absence de formation spécifique.

Cette technicienne d’atelier dans l’aéronautique espère que son fils sera accompagné par la même personne que l’an dernier pour sa rentrée en 4e en milieu ordinaire, après des années de scolarité hachée.

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Le Monde avec AFP

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