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Intoxications au botulisme : le gérant du restaurant bordelais placé en garde à vue

Mi-septembre, ses sardines sont suspectées d’avoir envoyé quinze clients à l’hôpital et tué une personne de 32 ans. Près de trois mois plus tard, le gérant du Tchin Tchin Wine Bar, un restaurant bordelais prisé de la clientèle internationale, vient d’être placé en garde à vue ce mardi 5 décembre au matin dans les locaux du commissariat de la ville, a appris le Parisien. Une information confirmée par le parquet. Son audition est menée par la police judiciaire de Bordeaux et l’office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp). En cause, des conserves faites maison servies entre le 4 et 10 septembre dans cet établissement pourtant bien tenu selon les enquêteurs.

Que s’est-il passé ? Dès le 11 septembre, les services sanitaires inspectent les cuisines et repèrent un « défaut de fabrication des conserves de sardine », selon Thierry Touzet, de la direction départementale de la protection des populations. Le gérant lui-même l’a avoué : il a dû jeter certaines sardines qui avaient « une forte odeur ».

Une affection neurologique grave et mortelle dans 5 à 10 % des cas

Les autres, lui paraissant saines, ont été servies. Sauf qu’elles étaient mal stérilisées. Le 15 septembre, quelques jours après cette série de contaminations exceptionnelles, une affection neurologique grave et mortelle dans 5 à 10 % des cas, le parquet de Bordeaux ouvre une enquête préliminaire. Plusieurs délits sont potentiellement reprochés au restaurateur : homicide involontaire, blessures involontaires et mise sur le marché de denrées préjudiciables à la santé et vente de denrées corrompues ou toxiques.

VIDÉO. Cas de botulisme à Bordeaux : qu’est-ce que cette intoxication potentiellement mortelle ?

Le gérant encourt plusieurs années de prison. « Il va enfin pouvoir s’expliquer sur les conditions de stockage et de fabrication des denrées hautement toxiques qu’il a vendues à ses clients, commente l’avocat, Me Pierre Debuisson, qui défend deux victimes. Cette garde à vue va permettre de faire avancer l’enquêter. »

Le 9 septembre, à Bordeaux, la première patiente de 32 ans est transférée à l’hôpital Pellegrin pour un syndrome de Miller Fischer, une maladie rare qui touche les nerfs crâniens. Mais un détail met les médecins sur une autre piste : ses pupilles légèrement dilatées. Le réanimateur Benjamin Clouzeau s’interroge : et si c’était le botulisme ? Au fond, il n’y croit pas. De toute sa carrière, il n’a jamais rencontré un cas.

Les malades ont été rapatriés dans leur pays d’origine « encore intubés »

Le médecin avait vu juste. Très vite, d’autres patients souffrent de la même paralysie qui les empêche de parler et de déglutir. Puis leur état se dégrade à toute allure et les mêmes gestes se répètent : réanimation, intubation, coma. Comme elle, Américains, Irlandais, Anglais, amateurs de bon vin français, se retrouvent tour à tour hospitalisés entre la vie et la mort.

Quand des conserves sont mal stérilisées, les aliments parfois contaminés par la très courante bactérie Clostridium botulinum peuvent s’y multiplier et produire une toxine extrêmement puissante. « En fonction de la quantité ingérée et de la susceptibilité de la personne, elle peut causer des troubles digestifs mineurs et passagers. Dans certains cas, les symptômes vont s’aggraver, ce qu’on appelle une paralysie descendante, nous expliquait mi-septembre Nathalie Jourdan-Da Silva, médecin épidémiologiste à Santé publique France, référente du botulisme. On se met à voir flou, double, puis on articule et avale difficilement. Les muscles respiratoires peuvent même être atteints. »

Depuis, tous les patients sont sortis de l’hôpital. Selon le réanimateur Benjamin Clouzeau, « l’immense majorité des six malades pris en charge chez nous à Bordeaux a été rapatriée dans leur pays aux États-Unis, au Canada, en Irlande. Ils ont été évacués encore intubés. » Certains s’en remettent à peine comme le couple d’Irlandais Caitriona et Eoghan, 36 ans, qui sont rentrés seulement… le 7 novembre ! Émus, ils nous racontaient leur bonheur d’être en vie.

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