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« La Marche de 83 : histoire d’une égalité manquée » et « 1983, les marcheurs de l’égalité » : retour vers le futur pour l’antiracisme

Le départ de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, partie le 15 octobre 1983 de Marseille. Au premier plan à gauche, Yamina Benchenni.

FRANCE 5 ET FRANCE CULTURE – DIMANCHE 3 DÉCEMBRE À 22 H 40 ET LUNDI 4 DÉCEMBRE À 17 HEURES – DOCUMENTAIRES

« Un monde meilleur pour nous. On ne demande pas la lune, on demande de vivre, c’est tout », lançait Hanifa Taguelmint à un journaliste qui lui demandait ce qu’elle attendait de la Marche pour l’égalité et contre le racisme qui s’est élancée de Marseille le 15 octobre 1983.

Voir aussi : Le 15 octobre 1983, la Marche pour l’égalité rendait visible la crise des banlieues

C’est l’idée de jeunes du quartier populaire des Minguettes, à Vénissieux (Rhône), qui, révoltés par les violences de la police, décident de marcher dans toute la France pour dénoncer le racisme et les inégalités. Lorsque cent mille personnes arrivent à Paris, le 3 décembre, quelques marcheurs sont reçus par François Mitterrand à l’Elysée, qui promet l’allongement de la durée de la carte de séjour (dix ans au lieu d’un), une loi contre les crimes racistes et un projet sur le droit de vote des étrangers aux élections locales.

Quarante ans plus tard, qu’est-ce qui a changé ? « SOS-Racisme, “Touche pas à mon pote”… C’est l’une des plus grosses escroqueries politiques et intellectuelles que nous ayons vécues », affirme Hanifa Taguelmint, qui témoigne dans le documentaire 1983, les marcheurs de l’égalité, de Nina Robert et Charlène De Vargas, proposé par France 5, ce 3 décembre.

Colossal travail

Le récit chronologique, cousu par de belles archives et le témoignage de cinq marcheurs et marcheuses, retrace ce moment de rencontre et de révolte, mais aussi la distance politique restant à parcourir. Surtout, à travers les liens familiaux que le film met en exergue, il rappelle la nécessité de transmettre cet épisode d’une très longue lutte antiraciste pour l’égalité.

Lire la critique : Article réservé à nos abonnés Le racisme et ses transformations analysés par la revue de sciences sociales « Mouvements »

« La Série documentaire » (LSD), sur France Culture, diffusée le 4 décembre, consacre, elle, quatre passionnantes heures à l’événement, une réussite. D’abord par la qualité des intervenants choisis, qui ont tous produit un colossal travail sur les sujets qu’ils abordent : l’auditeur se nourrit de la pédagogie d’historiens tels que Pascal Blanchard, Naïma Huber-Yahi ou Paul-Max Morin, de sociologues comme Marwan Mohamed, Rachida Brahim (autrice de La race tue deux fois, Syllepse, 2021) ou encore Nacira Guénif-Souilamas.

Resurgit ainsi l’histoire taboue des crimes racistes dans la France postcoloniale, notamment dans les années 1970 et 1980, où – on l’a oublié – les armes circulent massivement. On remonte également aux origines des équivoques « politiques de la ville » et de la construction politique des quartiers populaires de banlieue. Mais LSD atteint le summum de son actualité lorsqu’elle interroge les « trous » béants dans la mémoire collective et démystifie les crispations identitaires et racistes d’une certaine France qui refuse autant de faire le deuil du colonialisme que de penser et de mettre en place les politiques qui lui permettraient d’être à la hauteur des idéaux qu’elle professe.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Aux 40 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme : « On n’a pas terminé la lutte »

« La Marche de 83 : histoire d’une égalité manquée ». Documentaire de Charlène De Vargas et Assia Weber (Fr., 2023, 4 × 58 min), sur France 5.

« 1983, les marcheurs de l’égalité ». Documentaire de Charlène De Vargas et Nina Robert (Fr., 2023, 52 min), sur France Culture.

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