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Le lycée musulman Averroès sur le point d’être désavoué par l’État

Une commission consultative réunie en préfecture du Nord ce lundi après-midi a voté le retrait du contrat liant l’État au lycée privé Averroès de Lille (Nord). Cette semaine, peut-être même dès ce mardi, le préfet, Georges-François Leclerc, pourra s’appuyer sur cet avis pour acter officiellement la décision.

« Ce n’était pas un vote mais un scénario très bien ficelé de leur part », tonne Mohamed Damak, président de l’association qui tire les cordons de la bourse de cet établissement confessionnel musulman, l’un des deux seuls en France à bénéficier de ce partenariat ouvrant la voie à un demi-million d’euros de subventions publiques annuelles et des enseignants titulaires adressés par le rectorat.

Le faux nez des Frères musulmans ?

Sur la table, un rapport de saisine du préfet établissant une série d’anomalies, appuyé sur un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC), posant une question : Averroès serait-il le faux nez des Frères musulmans en France, propagateur de l’islam politique, une vraie fabrique à radicaliser ses 823 élèves, dont 450 au lycée ?

Autour de la table, durant trois heures, vingt-sept personnes, dont le préfet, la rectrice, des élus locaux et neuf membres de l’enseignement privé catholique : chefs d’établissement, enseignants et parents d’élèves. Il y avait aussi quelques « invités », autorisés à discourir mais pas à voter, dont Xavier Bertrand, président (LR) de la région Hauts-de-France. Depuis 2019, il se refuse à verser les aides de sa collectivité – 300 000 euros annuels – au lycée.

Le résultat est intervenu vers 18h30. Seize mains sont levées pour le retrait de l’agrément, tandis que neuf membres de la commission se sont abstenus et aucun n’a voté contre. Dans le viseur de l’État : des cours d’éthique asservissant la femme, la présence d’un ouvrage d’imam controversé au CDI, les propos anti-républicains d’un ex-prof et des finances douteuses, émanant du Qatar.

La rectrice mal à l’aise

« Immédiatement, l’ambiance a été tendue », rapportent plusieurs participants. « La rectrice était entre le préfet et Xavier Bertrand, on sentait qu’elle n’était pas à l’aise », confie un autre. « On était encore debout quand ils ont attaqué, regrette Mohamed Damak. Ils ont projeté une vidéo montrant un ex-professeur tenir des propos que l’on peut questionner, mais qui l’ont été hors du lycée. C’était une vieille vidéo ! »

Selon des participants, l’une des membres de la commission s’est même interrogée sur ces faits « datés de dix ans », alors qu’Éric Dufour, l’actuel proviseur, avait rappelé au préalable n’être aux commandes du lycée « que depuis un an et demi ».

Sur le fond, les avocats d’Averroès ont essayé de mettre en avant des « erreurs factuelles » dans le rapport du préfet et surtout, le résultat positif des dernières visites de l’Éducation nationale. Elles concluent qu’à Averroès, « rien » ne permet de penser « que les pratiques enseignantes (…) ne respectent pas les valeurs de la République », avaient jugé les inspecteurs en 2020, saluant au passage « l’investissement et les compétences des enseignants ».

Au cours de la réunion, « un fait nouveau » versé au dossier a aussi fait monter la tension, raconte un proche de Xavier Bertrand : « On a retrouvé au CDI le trombinoscope des inspecteurs de l’Éducation nationale, avec photo et coordonnées. Le préfet a regretté un fichage des agents. » « L’attitude des deux conseils d’Averroès état désinvolte vis-à-vis du représentant de l’État, ils ont crispé tout le monde », ajoute un autre participant.

« Il faut agir plus vite »

Xavier Bertrand se félicite de la décision de mettre fin au contrat d’Averroès. « J’ai tenu à dire devant cette commission que j’étais extrêmement favorable à l’enseignement libre à condition qu’il respecte les valeurs de la République », raconte l’élu, qui assure qu’il aurait « fait exactement pareil si l’établissement avait été catholique ». Pour l’ex-candidat à la présidence de la République, cette histoire lilloise devrait servir à porter le débat sur la scène nationale : « La loi Séparatisme, ce n’est pas suffisant. Face à l’islam politique, il faut agir plus vite ! »

Du côté d’Averroès, on se dit « déçu », regrettant de n’avoir « pas eu de vraie chance » de se défendre. Mais la contre-attaque se prépare : « Dès que le préfet aura annoncé le retrait de notre agrément, nous irons au tribunal administratif, et nous demanderons un référé-suspension », indique Mohamed Damak. En attendant, il faudra annoncer, ce mardi, aux 400 lycéens que l’avenir de leur établissement – l’un des meilleurs de la région selon les dernières données du ministère de l’Éducation nationale – est incertain.

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