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Le ministère de la Santé met aux oubliettes deux campagnes de prévention sur les dangers de l’alcool

Selon une enquête de Radio France, François Braun et son cabinet auraient enterré des campagnes de prévention, quelques mois après un courrier incendiaire du lobby de l’alcool. Une décision sur laquelle Aurélien Rousseau ne serait pas revenu.

Le Mondial de rugby était l’occasion de rappeler les dangers de l’alcool. Le gouvernement en a décidé autrement. Selon Radio France, la direction générale de la Santé (DGS) avait demandé en novembre 2022 à Santé publique France de travailler sur une campagne de prévention intitulée «alcool et rugby». Elle aurait dû être diffusée en ce début septembre. Mais elle aurait tout simplement été annulée après que le cabinet d’Emmanuel Macron a répercuté les arguments de la filière alcool auprès du cabinet de François Braun, le ministre de la Santé de l’époque. Selon Radio France, qui cite une source proche du dossier, il y a eu «une forme d’autocensure» au ministère avec pour résultat d’avoir «flingué» les deux campagnes.

«Tout était pourtant prêt»

Quelles campagnes ? Deux visuels ont été soumis par Santé Publique France, en présence et avec l’appui de la DGS, en mai 2023, au cabinet du ministre de la Santé, François Braun. «Tout était pourtant prêt, narre Radio France. Le scénario : un “coach de supporters”, physique de costaud, devait rappeler aux spectateurs d’éviter les abus d’alcool. “Ne laissez pas l’alcool vous mettre KO”, disait le slogan resté dans les cartons.» Mais elles sont donc annulées quelques semaines plus tard.

Pour sauver les apparences, une campagne de prévention à destination des jeunes est, elle, validée. «Les campagnes de prévention à destination des jeunes ou des femmes enceintes ne dérangent pas les alcooliers car elles sont ciblées», explique Myriam Savy, directrice du plaidoyer au sein de l’association Addictions France, à Radio France. En revanche, les deux campagnes censurées «visent la population générale qui consomme de manière régulière de l’alcool. On leur dit l’alcool comporte un risque pour la santé. C’est un facteur de risque de cancer”. Et ça, la filière alcool n’aime pas.» Et elle dénonce «les pressions effectuées par les alcooliers sur les pouvoirs publics et en particulier l’Elysée».

Manque de volonté structurel de l’Etat

Des pressions orchestrées, selon Radio France, documents à l’appui, par le lobby Vin et Société, qui a envoyé un courrier incendiaire en janvier à Emmanuel Macron pour réagir à la campagne de prévention de Santé publique France diffusée pendant les fêtes. Un texte qui pourrait être à l’origine de «l’autocensure» du ministère de la Santé. Les associations de lutte contre les ravages de l’alcool fustigent d’ailleurs régulièrement le manque de volonté structurel de l’Etat sur ce sujet, notamment à l’occasion du Dry January.

Le successeur de François Braun avait l’occasion d’effacer tout ça. Mais selon Radio France, le cabinet d’Aurélien Rousseau a refusé de rediffuser une ancienne campagne de 2019 dont les slogans suivants : «Au-delà de deux verres par jour, vous augmentez vos risques d’hémorragie cérébrale, de cancers et d’hypertension» ; «Pour votre santé, l’alcool c’est maximum deux verres par jour. Et pas tous les jours.» Une décision qualifiée d’«extrêmement inquiétante» par Myriam Savy, de l’association Addictions France. Qui ajoute : «On a l’impression que les intérêts économiques [de la filière alcool] passent avant la santé de la population.»

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