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Le Rassemblement national sincèrement «heurté» de se voir taxé de parti «immigrationniste»

Après le dépôt d’un amendement destiné à exonérer les petits patrons de sanctions en cas de manquement aux règles sur l’immigration, le parti d’extrême droite ne décolère pas et se voit accusé de vouloir provoquer un «appel d’air» par Eric Zemmour.

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Tout n’est pas permis en politique. Par exemple, laisser entendre qu’un élu Rassemblement national (RN) serait «immigrationniste» relève du coup bas. Dans la tourmente depuis deux jours après qu’un de ses amendements a été dénoncé comme une preuve de double discours lepéniste sur l’immigration, le député du Vaucluse, Hervé de Lépinau, ne décolère pas. «C’est déloyal, s’emporte cet avocat de formation. Et c’est révélateur de la nouvelle stratégie du gouvernement à notre égard : ils voient qu’on est en train de remporter la bataille de la crédibilité économique, donc ils nous attaquent en tordant nos amendements.» Pour lui, la manœuvre vient directement du ministre de l’Intérieur. «Vous êtes finalement pour la main-d’œuvre étrangère», avait osé Gérald Darmanin, lors des débats en commission. «C’est lui qui a lâché le premier pet, s’indigne Lépinau, absent ce jour-là pour raisons personnelles. Mon collègue qui a défendu mon amendement a été heurté par sa mauvaise foi.» Le pauvre chat…

«Le client se fait avoir deux fois»

Qu’on se rassure, malgré les médisances macronistes, le RN n’est pas soudainement devenu coulant avec les travailleurs sans papiers. L’amendement frontiste vise «à ce que l’obligation du donneur d’ordre d’un contrat de prestation de service de vérifier si les personnes employées par son prestataire sont en règle au regard des lois sur l’immigration, ne s’applique pas pour les entreprises de moins de 11 salariés». En clair, que la responsabilité de vérifier si les travailleurs sont en règle ou pas incombe à l’entreprise de prestataires qui fournit la main-d’œuvre et non plus au petit patron qui fait appel à cette société. «Chez nous, dans le Sud, c’est un problème récurrent dans la vigne, explicite Lépinau. Dans les faits, les entreprises de prestataires sont souvent tenues par des sagouins qui font bosser leurs coreligionnaires et se font une marge sur leur dos. Donc le client [viticulteur] se fait avoir deux fois : par le prestataire et par l’Etat qui lui met une amende.» On y voit plus clair : les entreprises de prestataires sont souvent extra-européennes. «Les filières marocaines, par exemple, sont performantes. Et dans le lot, il y a toujours un frère ou un cousin», développe le député. Il s’agit donc de les charger au maximum et de «lâcher la grappe à nos viticulteurs».

«Maintenant ils pataugent»

Les justifications de notre élu qui multiplie depuis deux jours les threads sur X (anciennement Twitter) n’ont pas empêché la macronie de s’engouffrer dans la brèche. «Acculé par Bourdin, le président du RN doit assumer que son parti a tenté d’exonérer de sanctions les employeurs qui abusent de travailleurs clandestins [et] admet qu’ils sont nécessaires pour l’économie dans les métiers en tension», tweete ainsi le député Sacha Houlié, après le passage de Jordan Bardella chez Sud Radio, où le jeune chef du RN a été questionné sur le sujet. Un argumentaire repris par… Eric Zemmour. «Quand on parle comme le système, on finit par agir comme le système», a dénoncé le président de Reconquête. Dans l’entourage du candidat à la présidentielle, les justifications de Lépinau ne convainquent pas. «Pas de sanction = appel d’air. Etre plus sévère avec les patrons = freins à l’embauche de clandestins = casser la France, eldorado des travailleurs clandestins», démontre un proche. Lépinau a voulu être sympa avec trois viticulteurs. Les autres [RN] ont découvert comme Jordan et ont été scandalisés. Maintenant ils pataugent et essaient de trouver des raisons. […] Son amendement déresponsabilise les petits patrons. Nous on veut au contraire être encore plus sévère avec les employeurs de clandestins.» Argument balayé par Lépinau qui répète que la responsabilité de l’employeur – à savoir l’entreprise de prestataire – est bien prise en compte. Et en profite pour ajouter : «On veut évidemment que les contrôles soient renforcés mais c’est d’abord le rôle de l’Etat.» Ouf, on a eu peur.

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