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Les procédures contre des délégués syndicaux se multiplient, entre convocations à la gendarmerie, poursuites en justice et licenciements

Le secrétaire général de la CGT-Mines-Energies, Sébastien Menesplier (au centre), lors d’une action dans une centrale électrique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 9 mars.

Deux mois après la convocation du secrétaire général de la Fédération nationale des mines et de l’énergie, Sébastien Menesplier, à la gendarmerie de Montmorency (Val-d’Oise), une nouvelle membre du bureau confédéral de la CGT est convoquée à son tour à la gendarmerie de Pontoise (Val-d’Oise) vendredi 8 décembre. L’ensemble des organisations syndicales du département ont appelé à un rassemblement de soutien au même moment. Issue des finances publiques, cosecrétaire de l’Union départementale CGT, Myriam Lebkiri s’est vu remettre sa convocation en main propre à son domicile, tout comme Marc Roudet, également de la CGT du Val-d’Oise, convoqué au même moment.

Ce qui leur est reproché est encore flou. Le document que Myriam Lebkiri extirpe de son dossier « répression syndicale » mentionne des faits de « dégradation légère d’un bien par inscription » et « menace, violence ou acte d’intimidation envers un élu public en vue qu’il accomplisse ou s’abstienne d’accomplir un acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat ». Mais sans les circonstancier. « C’est sûrement à la suite d’une action pendant la réforme des retraites. Mais laquelle ? On a fait des “casserolades”, beaucoup de collages avec des messages revendicatifs du type “Non au 49.3”, “on ne vous lâchera pas”, autour de permanences de députés qui soutenaient la réforme, qu’on a entourées de papier toilette, ou devant le Medef à Argenteuil [Val-d’Oise]. Mais rien qui vise des élus personnellement ou qui relève du grand banditisme », estime-t-elle.

Ces actions qu’elle qualifie de « choses enfantines » ne pourraient-elles pas avoir été jugées menaçantes par l’un des élus visés ? « Je ne pense pas du tout. Pour moi, c’est une volonté politique de se servir de n’importe quel prétexte pour faire un exemple punitif, pour faire peur, c’est dramatique », répond-elle.

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C’est que, selon la CGT, son cas est loin d’être isolé. Dans un courrier adressé mardi 5 décembre à la première ministre, Elisabeth Borne, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, dénonce ainsi « un contexte de répression antisyndicale inédit depuis l’après-guerre », avec des procédures ouvertes contre au moins 17 secrétaires généraux d’organisations CGT qui se voient mis en cause individuellement pour des actions « décidées collectivement », et « plus de 1 000 militants CGT » poursuivis actuellement devant les tribunaux.

« Toujours des prétextes »

« Cela devient banal d’être convoqué par la justice, et pour des motifs picrocholins : un graffiti sur un mur, une permanence recouverte de papier toilette. Quand on est dans un conflit, c’est normal qu’il y ait de la conflictualité, mais les menaces, les atteintes physiques, les dégradations graves, tout cela est exclu de notre répertoire syndical, insiste Sophie Binet auprès du Monde. Si, alors qu’un gouvernement passe en force à l’Assemblée nationale, on ne peut même plus aller devant une permanence dire qu’on n’est pas d’accord, que nous reste-t-il ? C’est un signe des temps car, pour le néolibéralisme, la démocratie est un problème. » Ni Matignon, ni Renaissance, ni le Medef n’ont donné suite aux sollicitations du Monde.

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