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Mali : la junte annule l’autorisation de reprise de la desserte par Air France

«La décision a été annulée car l’accord a été donné sans consultation de la hiérarchie», a dit un responsable. PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS

La compagnie aérienne devait redesservir le Mali à partir du vendredi 13 octobre.

La junte au pouvoir au Mali a forcé Air France à revoir mercredi 11 octobre son projet de reprendre en fin de semaine la desserte de Bamako, suspendue depuis deux mois dans un contexte de tensions au Sahel et entre les deux pays.

Après avoir fait savoir mardi qu’elle allait reprendre vendredi par l’intermédiaire d’une compagnie tierce son service entre les aéroports Paris Charles-de-Gaulle et Modibo-Keïta, Air France a indiqué à l’AFP que la reprise était «reportée jusqu’à nouvel ordre» à la suite de «demandes complémentaires des autorités maliennes».

«Il est clair que les vols ne reprendront pas vendredi»

Le ministère malien des Transports a dit dans un communiqué que la demande de reprise d’Air France était en cours d’examen par les autorités aéronautiques nationales et que «les vols d’Air France demeurent suspendus pendant cette procédure d’examen».

Ce qui s’est passé entre mardi et mercredi n’a pas été exposé publiquement. Mais deux responsables maliens et un acteur du transport aérien s’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour ne pas saper la communication officielle ont laissé entendre qu’un accord pouvait avoir été délivré dans un premier temps sans que toutes les parties intéressées au sein de la junte n’aient été consultées ou informées. «La décision a été annulée car l’accord a été donné sans consultation de la hiérarchie», a dit un haut responsable malien.

Le directeur de l’aviation civile au Mali a été limogé, a-t-il dit, sans dire exactement ce qui lui était reproché. «Il n’y aura pas de vol Air France vendredi. Cela doit se faire de manière responsable et coordonnée, le tout dans le respect de notre souveraineté», a dit un second responsable. Un acteur du transport aérien a confirmé que «l’autorisation a été annulée», sans plus de détails. «Il est clair que les vols ne reprendront pas vendredi», a-t-il dit.

Acte «unilatéral»

Air France avait suspendu le 7 août ses vols à destination du Mali (7 vols par semaine) et du Burkina Faso (5 vols par semaine) après la fermeture de l’espace aérien du Niger voisin, théâtre d’un coup d’État le 26 juillet. La compagnie avait invoqué la situation géopolitique au Sahel.

La région en proie au djihadisme et à la violence a connu une succession de coups d’État militaires, au Mali en 2020 et 2021, au Burkina en 2022 et au Niger en 2023. Les relations entre la France, l’ancienne puissance coloniale engagée militairement dans la région, et les officiers désormais à la tête de ces trois pays se sont fortement détériorées. La junte malienne avait annulé l’autorisation d’Air France après la suspension de ses vols par la compagnie.

Le ministère des Transports a de nouveau reproché à Air France mercredi d’avoir suspendu ses vols «unilatéralement (…) sans informer au préalable, de manière convenable, les autorités et les clients».

Zone rouge

Air France avait annoncé mardi reprendre la desserte de Bamako depuis Paris Charles-de-Gaulle au rythme de trois vols directs par semaine les mardis, vendredis et dimanches. La liaison devait s’opérer non plus avec des avions de la compagnie, mais un Boeing 777-200 ER de la compagnie portugaise EuroAtlantic Airways et avec des employés de cette société pour constituer l’équipage.

Un responsable proche du dossier a expliqué le choix d’une compagnie et d’équipages tiers par le fait que le ministère français des Affaires étrangères déconseillait «formellement» aux Français de se rendre au Mali, y compris les personnels navigants, en raison de la situation sécuritaire.

Les militaires qui ont pris le pouvoir dans les trois pays sahéliens font de la souveraineté leur mantra et ont désigné aux opinions publiques l’allié historique français comme le responsable de leurs maux. Forcée de faire rentrer ses soldats, ses ambassadeurs et une partie du personnel diplomatique, confrontée aux manifestations hostiles et aux attaques contre ses représentations, la France a étendu en août le classement en «zone rouge» aux capitales de ces trois pays, derniers îlots où elle ne déconseillait pas formellement de se rendre.



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