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Comment les révélations du « Parisien » sur Thomas ébranlent le récit de l’extrême droite

Une marche blanche en hommage à Thomas, un adolescent décédé le 19 novembre 2023, à Crépol.
OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP Une marche blanche en hommage à Thomas, un adolescent décédé le 19 novembre 2023, à Crépol.

OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

Une marche blanche en hommage à Thomas, un adolescent décédé le 19 novembre 2023, à Crépol.

POLITIQUE – Le problème avec les récupérations hâtives, c’est qu’elles exposent leurs auteurs au discrédit public. Le zèle avec lequel l’extrême droite, du Rassemblement national à Reconquête !, a tenté de capitaliser sur la mort du jeune Thomas n’échappe pas à cette règle. Le Parisien publie, ce mardi 5 décembre, des informations inédites sur l’enquête menée par les gendarmes de la section de recherches de Grenoble.

Des révélations qui ébranlent le récit fait par Marine Le Pen, Éric Zemmour, Marion Maréchal ou Jordan Bardella, qui ont immédiatement décrit ce fait divers comme une expédition punitive et gratuite menée, sur fond de haine raciale, par des jeunes de cités contre leurs homologues des villages.

Le quotidien est catégorique : « Rien n’accrédite la thèse d’un raid prémédité sur le bal de Crépol (Drôme) ce soir fatal du 18 novembre ». L’enquête de gendarmerie démontre en effet que les choses sont beaucoup moins manichéennes, et qu’il pourrait s’agir d’une altercation qui a dégénéré, impliquant des individus qui, pour la plupart, participaient au bal.

À l’origine, un différend mineur

Malgré des témoignages parfois contradictoires, tout semble être parti d’un différend mineur entre deux jeunes, sur fond de provocation commise par un membre du « clan des rugbymen », qui aurait tiré les cheveux d’Ilyès Z., l’un des suspects, au moment où le titre Tchikita du rappeur marseillais Jul retentissait dans la salle. « Cette altercation pourrait être à l’origine de la rixe », notent les enquêteurs, décrivant une tolérance fragile entre les jeunes de Crépol et ceux de Romans-sur-Isères qui, eux, étaient munis de couteaux. Des propos « hostiles aux blancs » ont été entendus. Tout comme une amie du rugbyman à l’origine du tirage de cheveux affirme que l’intéressé lui a confié au cours de la soirée : « J’ai envie de taper des bougnoules. »

Des éléments attestant de la complexité de la situation qui a précédé à la mort du jeune du Thomas et qui apparaissent en total décalage avec ce qu’en disait hâtivement l’extrême droite. « On assiste à une attaque organisée, émanant d’un certain nombre de banlieues criminogènes dans lesquelles se trouvent des “milices” armées qui opèrent des razzias », affirmait, par exemple, Marine Le Pen. Une dissonance que Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, a eu bien du mal à expliquer ce mardi, expliquant sur BFMTV qu’il était finalement plus sage d’attendre le procès pour savoir « ce qui est établi ».

« Un prénom et un nom historiquement français »

Pourtant, le président de son parti, Jordan Bardella, n’a pas attendu la conclusion de l’enquête pour donner un mobile à ceux qui ont sorti les couteaux : « À leurs yeux, Thomas et ses amis avaient le malheur d’être de jeunes Français en France ». Une lecture exclusivement identitaire des faits que l’on retrouvait également chez Éric Zemmour et son entourage qui, pour prouver l’existence d’un « francocide » programmé, exigeaient que les prénoms des agresseurs (à consonance maghrébine) soient rendus publics. Or, là encore, l’enquête vient saper cette analyse. Le Parisien révèle en effet que l’un des suspects appartenant à la bande de Romans-sur-Isère « porte un prénom et un nom historiquement français ».

Mineur, son identité n’a pas été rendue publique, comme l’exige la loi. Il n’empêche que cette information vient contredire l’analyse strictement identitaire, voire raciale, mise en avant par l’extrême droite. Une contradiction à laquelle Marion Maréchal a tenté de répondre ce mardi sur franceinfo. « D’un coup, les prénoms veulent dire quelque chose », a contre-attaqué la tête de liste Reconquête ! Avant d’ajouter : « On nous a expliqué pendant 10 jours que les prénoms n’avaient rien à voir, que c’était scandaleux, que vous ne pouvez en tirer aucune conclusion, et là ça veut dire quelque chose. »

Alors que, paradoxalement, c’est bien parce que les obsessions patronymiques de Reconquête ! ne résistent pas aux premières conclusions de l’enquête que la question lui est posée. Ces dernières apparaissent par ailleurs bien éloignées des priorités des enquêteurs, qui s’échinent à résoudre le mystère qui résulte de cette soirée chaotique au déroulement difficile à établir : qui, parmi les jeunes de Romans-Sur-Isère impliqués, a porté le coup fatal à Thomas ? Pour l’heure, cette question n’est pas encore élucidée.

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