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Narcotrafic : devant le Sénat, le portrait d’une France où « aucun territoire n’est épargné »

Sur un point de deal, à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), le 14 mai 2023. Les prix des drogues sont inscrits sur un mur.

Dans une petite salle du Sénat aux tables disposées en U, ils ont juré de dire « toute la vérité et rien que la vérité ». La transparence sur l’ampleur des trafics de drogue en France : voici ce qui était attendu des directeurs de la police nationale, de l’Office antistupéfiants (Ofast) et de la gendarmerie, convoqués lundi 27 novembre pour les premières auditions de la commission d’enquête du Sénat sur « l’impact du narcotrafic en France et les mesures à prendre pour y remédier ».

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En guise de constat, ils ont dressé le portrait, à trois voix, d’une menace d’un « niveau historiquement élevé », selon Stéphanie Cherbonnier, cheffe de l’Ofast, qui précise qu’« aucun territoire en France n’est épargné ». Les sénateurs devront conclure leurs travaux le 8 mai 2024, en espérant proposer des initiatives législatives pour contrer une situation qui inspire « l’inquiétude », selon le sénateur socialiste de la Saône-et-Loire Jérôme Durain, président de cette commission voulue par le groupe Les Républicains (LR).

Frédéric Veaux, le directeur général de la police nationale, souligne d’abord la « logique capitaliste et ultralibérale des trafiquants », dans un « marché aujourd’hui dominé par des groupes criminels issus des quartiers sensibles ». Des bandes capables de collaborer avec des structures criminelles étrangères telles que la Mocro Maffia, une organisation néerlandaise d’origine marocaine, ou les groupes albanais. Parmi leurs atouts, une « capacité corruptrice » présente « partout » – visant les employés des ports, des aéroports, les agents publics… « Aucune profession n’est épargnée », complétera Mme Cherbonnier.

« Logiques de vendetta »

La violence croissante et incontrôlée, fil rouge des interrogations des sénateurs, est étayée par un chiffre dévoilé par M. Veaux : les faits d’homicides ou de tentatives d’homicides liés aux trafics de stupéfiants ont augmenté de 57 % depuis le début de l’année 2023 par rapport à la même période en 2022 – soit 315 cas comptabilisés cette année. Il estime que cette violence « est un moyen pour les entreprises criminelles qui contrôlent ces trafics d’asseoir leur emprise ou de l’augmenter, en essayant de récupérer des marchés », mais aussi « une méthode de représailles, qui malheureusement s’installe dans des logiques de vendetta, dont on ne voit jamais la fin ».

Mme Cherbonnier, mettant l’accent sur l’emprise de la criminalité organisée dans le pays, ajoute qu’ont été recensés « 75 règlements de comptes entre malfaiteurs depuis le début de l’année 2023, dont entre 80 % et 90 % sont liés au trafic de stupéfiants ».

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