Business

«Ni Shenaya ni abaya» : à Bordeaux, des tags haineux retrouvés sur le lycée d’élèves menacées d’expulsion

Plusieurs tags sont encore visibles, dont «La France aux Français». Jean Cittone / Le Figaro

Un rassemblement était organisé ce lundi en soutien à deux élèves du lycée François Magendie menacées d’expulsion. Les prises de parole de leurs soutiens ont eu lieu devant les tags réalisés la veille, imputés à l’extrême droite.

Le Figaro Bordeaux

Elles sont tellement bouleversées qu’elles n’ont pas souhaité prendre la parole lors du rassemblement de leurs soutiens, ce lundi matin. Shenaya et Ana-Maria, deux élèves de terminale au lycée Magendie, à Bordeaux, sont toutes les deux menacées d’expulsion, malgré leur intégration et de bons résultats scolaires. Après la médiatisation de leur situation ces derniers jours, et deux pétitions demandant qu’elles restent en France, des dégradations ont été commises ce dimanche sur un des murs de leur lycée, avec les tags «Ni Shenaya ni abaya», «La France aux Français» et «Action directe nationaliste».

«Ces inscriptions sont honteuses et odieuses», juge Loïc Prud’homme, député La France Insoumise de la Gironde, présent ce lundi devant le lycée. Ces derniers mois, des tags similaires, imputés à l’extrême droite, ont été retrouvés sur des permanences parlementaires et sur des locaux associatifs, dont celui de SOS Racisme. Pour Erwan Nzimenya, président du comité girondin de SOS Racisme, ces dégradations infamantes seraient d’ailleurs le signe que les lycéens soutenant leurs camarades menacées seraient «du bon côté de l’histoire». Loïc Prud’homme incite quant à lui les lycéens à «ne jamais accepter le moindre propos raciste ou xénophobe» et affirme sa volonté d’aller «jusqu’à la régularisation» de Shenaya et d’Ana-Maria, «pour qu’elles puissent inscrire leur avenir dans le pays».

«Elles travaillent et elles s’appliquent»

Pour autant, le combat est encore loin d’être gagné. Les deux jeunes lycéennes de Magendie sont toutes les deux dans une situation compliquée. Shenaya est une Sri-Lankaise arrivée avec ses parents en 2019, à la faveur d’un visa touristique. Ayant fui leur pays «pour des raisons politiques», ses parents ont demandé l’asile politique mais ne l’ont pas obtenu. Ana-Maria est quant à elle originaire de Moldavie. Elle est également arrivée en France en 2019, avec sa mère, car elle avait été diagnostiquée d’un cancer et ne disposait plus «que de trois mois à vivre». Après plusieurs opérations, elle est désormais guérie mais souhaite «finir les études commencées il y a quatre ans».


data-script=”
>

À cet égard, les nombreux professeurs du lycée Magendie présents ce lundi sont unanimes: Shenaya et Ana-Maria sont deux jeunes femmes travailleuses et intégrées. «Je suis admirative de ces élèves», explique Marie Gomes, professeur de philosophie qui a les deux lycéennes dans sa classe. «Elles sont en cours, elles travaillent et elles s’appliquent», précise l’enseignante, qui aimerait «n’avoir que des élèves comme elles». Elle reproche à la préfecture de la Gironde sa «violence» dans les termes de l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) adressée à Shenaya. «On lui affirme qu’elle n’a pas d’attache en France alors qu’elle est particulièrement bien intégrée».

La pétition jointe au recours contre l’OQTF

Dans la pétition pour suspendre cette OQTF, qui avoisine les 35.000 signatures, Shenaya rappelle en effet les griefs qui lui sont reprochés. Elle serait «démunie de toute attache privée ou familiale proche et stable en France» et ne produirait «aucun document établissant son insertion durable dans la société française». Des affirmations fortement contestées par la jeune femme et ses proches. Clément Vauchelles, professeur de français à Magendie, s’insurge contre «ce discours incohérent de la préfecture disant que nos élèves ne sont pas intégrées dans l’établissement». «Le seul reproche fait à Shenaya et Ana-Maria c’est leur situation administrative», abonde le député Loïc Prud’homme, «car elles n’ont commis aucun crime ni délit».

Touchées par cet élan de solidarité mais accablées par certaines réactions, Shenaya et Ana-Maria n’ont pas souhaité prendre la parole ce lundi. «Elles avaient prévu de parler mais elles ne le sentent plus trop», explique Naoki, lycéen et militant du collectif étudiant Le poing levé. Au-delà de la diffusion de la pétition, l’enjeu de la mobilisation est également de montrer «un soutien au quotidien» aux deux jeunes femmes, insiste Clément Vauchelles. «La pétition a été très majoritairement signée par les professeurs du lycée», explique le professeur, et sera «jointe au dossier de l’avocat pour le recours de Shenaya et le réexamen du dossier d’Ana-Maria». Une réponse devrait être apportée dans les deux mois. «Et si besoin de remobilisation en cas de résultats négatifs, nous serons là», annonce déjà l’enseignant.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button