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Oxfam s’inquiète d’une « financiarisation » du secteur du logement en France

En quelques chiffres, réunis dans un rapport publié lundi 4 décembre, l’ONG Oxfam France fait apparaître le rôle déterminant joué par le logement dans un parcours de vie. Premier constat, il constitue le premier poste de dépenses des Français, à hauteur de 23 % de leur revenu brut, contre seulement 9,5 % en 1960. Derrière cette moyenne résident toutefois de très fortes disparités, puisque les 25 % des ménages les plus modestes dépensent 32 % de leurs revenus pour se loger, contre seulement 14,1 % pour les 25 % les plus aisés.

« Autrement dit, le poids du logement est plus de deux fois plus élevé pour les 25 % plus modestes que pour les 25 % plus aisés », note l’ONG, qui souligne la déconnexion progressive des prix de l’immobilier, qui se sont envolés de 125,6 % entre 2001 et 2020, avec le revenu disponible des Français, qui n’a progressé que de 29 %. En vingt ans, les prix des biens immobiliers ont donc augmenté quatre fois plus vite que les revenus bruts des ménages.

Si, du côté des prix des loyers, la courbe est moins forte, ceux-ci ont, parcs social et privé réunis, eux aussi grimpé plus rapidement, de 36,5 % sur la même période.

Lire aussi l’analyse : Article réservé à nos abonnés La crise du logement, un dossier explosif laissé en souffrance

Des chiffres issus des données de l’Insee, « qui mis bout à bout donnent la mesure de la dimension systémique de la question des inégalités liées au logement », affirme Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France et ancienne ministre du logement sous le mandat de François Hollande. « Le logement est donc le carburant le plus important des inégalités, ajoute-t-elle. Ces inégalités se reproduisent et s’amplifient de génération en génération, d’où la situation vertigineuse dans laquelle nous nous trouvons, avec la moitié des logements mis en location qui appartiennent aujourd’hui à 3,5 % de la population française. Ce qui nourrit encore le phénomène de rente. »

« Privatisation »

Dans ce contexte, l’ONG déplore le désengagement progressif de l’Etat « et ses effets néfastes sur les inégalités d’accès au logement », en prenant pour exemple la baisse de la production de logements sociaux (126 000 financés en 2016 contre 96 000 en 2022). Ou encore l’évolution de la nature du soutien financier de l’Etat, auparavant « massivement tourné vers la construction », mais qui prend aujourd’hui la forme d’un soutien aux plus précaires, à travers les aides personnelles au logement, « rabotées ces dernières années ».

Pour Oxfam, ce désengagement a ouvert la voie au secteur privé et aux investisseurs financiers, un processus qui « transforme le logement en un produit financier, et aboutit à une gestion avant tout “financière” du logement », avec pour principal déterminant les prévisions de rendement basées sur les flux de loyers et les plus-values à la revente.

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