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Perpignan : violée et battue, Andréa a marché contre les violences faites aux femmes

Quelque trois cents personnes emmitouflées se sont rassemblées, puis ont déambulé ce samedi soir dans Perpignan, en hommage aux cent femmes qui ont succombé à des violences conjugales depuis le début de l’année, en France.

À quelques minutes du lancement des illuminations de Noël, au pied de sapins enguirlandés aux couleurs du bonheur, des corps immobiles gisent sur le parvis de la place République de Perpignan. Ils incarnent Edith, Mathilda, Adélaïde, Nelly, Karine, Djeneba, Nisrine…une de ces cent femmes tuées par leur conjoint depuis le 1er janvier 2023. Au micro, la voix de Katia Mingo, membre du Collectif du droit des femmes dans le département, égrène les violences mortelles subies par les malheureuses. Égorgée, frappée à mort, empoisonnée, étouffée, électrocutée, abattue par arme à feu, poignardée par arme blanche… Des mots glaçants, des images insoutenables qui frappent les quelque trois cents personnes réunies par la noble cause. Dire stop aux violences intrafamiliales qui, malgré promesses et dispositifs, augmentent inexorablement.

Violée en 2021, j’ai ensuite rencontré un homme qui m’a battue

“Depuis cinq ans, on déplore 848 féminicides dont déjà une centaine pour cette année 2023 et 213 000 victimes miraculées”, dénoncent élues, associations et syndicats venus au soutien de la manifestation. Andréa, 31 ans, une jeune bolivienne, bracelet d’alerte au poignet, est une de ces rescapées. Étudiante en commerce international, elle est arrivée en France, à Pau précisément pour poursuivre son master. Première rencontre “avec le mal”, dit-elle, Andréa est violée en 2021 par un locataire de son immeuble. “Je n’avais aucune expérience de la violence, je me suis retrouvée sidérée, choquée, comme avec une hémorragie dans ma tête qui ne cessait de couler”, témoigne-t-elle, se souvenant du sursaut de courage qui l’amène à déposer plainte contre son agresseur. “C’est indispensable d’aller voir la police même si on pense qu’elle ne va pas nous croire”, assène la jeune femme qui enchaîne les pires cruautés de l’existence.

Placée sous bracelet électronique de “grande victime”

Deux ans plus tard, en juillet 2023, elle noue une relation qui va s’avérer toxique avec un homme. “Au début, il était gentil avec moi, on se fréquentait jusqu’au jour où je me suis aperçue qu’il avait mis un traceur sur mon téléphone. Le lendemain matin, après une soirée passée entre copines, il m’a rouée de coups, a cassé mon vélo, mon portable. La suite a été un vrai cauchemar jusqu’à ce que je trouve la force de le fuir.” Andréa porte à nouveau plainte, part de Pau en janvier dernier et se réfugie à Perpignan. “Mon ancien compagnon me harcèle”, confie-t-elle. Pour sa sécurité, la justice l’a ainsi placé sous bracelet électronique. L’alarme, qui la géolocalise, enregistre les voix et alerte le commissariat en cas d’agression, ne quitte jamais son poignet. “Et quand je rentre chez moi, je m’enferme à double tour et je mets des chaises devant la porte d’entrée pour la bloquer”, décrit-elle, effrayée par le moindre bruit de pas ou de cris.

Prise en charge par France Victimes et l’APEX, Andréa tente de se reconstruire auprès de psychiatre, psychologue, en participant aussi à des ateliers théâtre et sport. “Je m’arrange pour être toujours avec des gens plus âgés que moi, ils me rassurent”, confesse-t-elle. Ce samedi, c’est d’ailleurs très entourée qu’elle a déambulé en cortège dans les rues de la ville contre ces terribles et incessantes violences faites aux femmes. Pendant, souvent, que des enfants regardent.

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