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Pourquoi les pays européens échouent à s’accorder sur le renouvellement pour dix ans du glyphosate

Le ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, à Labarthète (Gers), le 2 octobre 2023.

Rendez-vous en novembre. En 2017, la réautorisation pour cinq ans du glyphosate avait été obtenue d’un cheveu, l’Allemagne s’étant rangée in extremis dans le camp des Etats membres favorables à l’herbicide controversé. La France, elle, était contre sa remise en selle. Six ans plus tard, les discussions sont toujours aussi compliquées. La proposition de la Commission européenne de reconduire jusqu’en 2033 la licence d’utilisation du glyphosate n’a pas obtenu, vendredi 13 octobre, la majorité qualifiée requise (55 % des Etats membres représentant au moins 65 % de la population de l’Union).

L’Allemagne et la France se sont toutes deux abstenues, mais leurs positions sont, par rapport à 2017, à front renversé. Alors que Berlin affiche une opposition à tout renouvellement du produit, Paris souhaite pour sa part maintenir l’autorisation jusqu’en 2030 et assure vouloir l’inscrire dans une stratégie de restrictions des usages au niveau européen. D’autres Etats-membres – l’Autriche, les Pays-Bas, le Luxembourg – ont voté contre ou se sont abstenus, tandis que les pays scandinaves et d’Europe orientale, ou encore l’Espagne, sont favorables à la proposition de la Commission, selon nos informations.

Dans un communiqué, l’exécutif européen prend acte du vote et annonce qu’un comité d’appel se réunira dans la première quinzaine de novembre. En cas d’absence de la majorité qualifiée requise, la décision reviendra à la Commission elle-même. Le temps est compté, puisque la licence d’utilisation du glyphosate expire le 15 décembre.

Outre-Rhin, la question du glyphosate est au cœur de fortes tensions au sein de la coalition au pouvoir : les ministres de l’agriculture et de l’environnement sont tous deux favorables à l’interdiction, mais les libéraux du Parti libéral-démocrate (FDP) sont favorables à sa reconduction. En France, le sujet a été rendu inflammable par la promesse d’Emmanuel Macron, en novembre 2017, de « sortir du glyphosate » en trois ans. Le chef de l’Etat est, depuis, revenu sur cette promesse, mais la position de la France en faveur du renouvellement nourrit aujourd’hui un certain embarras au sein du gouvernement – la position française n’a été officiellement détaillée que le jour du vote.

Réduire « partout où c’est possible »

« Depuis trois à quatre ans, on a constaté, en se confrontant à la réalité, que pour un certain nombre d’usages, on était face à des impasses, et en même temps nous n’en avons pas rabattu sur le fait que partout où l’on pouvait sortir du glyphosate, il fallait le faire, explique au Monde le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, Marc Fesneau. Cette tactique ne date pas d’aujourd’hui, et nous avons même mis en place des dispositifs qui encouragent les agriculteurs, par de la déduction fiscale, à réduire l’utilisation du glyphosate. »

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