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Procès de l’attentat de Magnanville : Mohamed Aberouz, l’accusé qui a réponse à tout, ou presque

A Magnanville (Yvelines), le 14 juin 2016, près de la maison où un homme se réclamant de l’organisation Etat islamique a tué un policier et sa compagne la nuit précédente.

Mohamed Aberouz avait enfilé une veste de survêtement et placé sur son banc une bouteille d’eau minérale avant d’attaquer son grand oral : son interrogatoire sur le fond, qui a duré plus de neuf heures, vendredi 6 octobre, devant la cour d’assises spéciale de Paris.

Infatigable débatteur, le seul accusé du procès de l’attentat de Magnanville (Yvelines) s’est seulement interrompu pour se tourner vers son banc et avaler une lichée d’eau entre chaque volée de questions, tel un boxeur revenant dans son coin avant de repartir au combat.

« Depuis que je suis incarcéré, ma vie tourne autour de ça », s’est-il senti obligé de se justifier. Voilà six ans que ce trentenaire franco-marocain, accusé de complicité dans le double assassinat d’un couple de policiers tués chez eux, le 13 juin 2016, par son ami d’enfance, Larossi Abballa – ce dernier a été abattu à l’époque par les forces de l’ordre – clame son innocence. Parfaitement préparé, l’accusé, qui encourt la réclusion à perpétuité, a eu réponse à tout, ou presque.

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Mohamed Aberouz aurait fait un excellent enquêteur. Il en a la rigueur, le sens du détail et jusqu’au vocabulaire : il dit « l’auteur des faits » pour parler du tueur de Magnanville, parle de « zones d’intérêt » et d’« écouvillonnages » pour déplorer la façon dont ont été effectués les prélèvements d’ADN qui l’accusent, et il a lu tous les « PV d’exploitation » et les « fadettes » de son dossier d’instruction, qu’il maîtrise à la perfection.

« Je maintiens que je n’ai aucune responsabilité dans les agissements de Larossi Abballa, a-t-il commencé. C’est quand même lui qui a assassiné ces personnes. Lui donner la responsabilité de cet acte abject serait la moindre des choses. C’est justement parce qu’il est décédé qu’on veut que je réponde de ses actes. On cherche un coupable à tout prix. »

« Lacune criante »

Sa ligne de défense s’est trouvée renforcée au cours des journées précédentes, à mesure que celle de l’accusation a semblé s’effilocher. Le dossier repose pour l’essentiel sur un élément matériel : la découverte d’une trace unique de son ADN sur le repose-poignet de l’ordinateur des victimes, autour de laquelle le ministère public a bâti sa conviction qu’il était présent au moment du double assassinat.

Mais un expert est venu expliquer à la barre, le 26 septembre, qu’un transfert d’ADN par un tiers ne pouvait être exclu, puisqu’on trouvait aussi l’empreinte génétique de Mohamed Aberouz dans la voiture du tueur. Une autre experte avait pour sa part jugé ce transfert peu probable, la concentration d’ADN retrouvée sur l’ordinateur étant supérieure à celle prélevée sur la ceinture et l’appuie-tête du véhicule.

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