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Procès de Monique Olivier : “Je vous ai vue, vous cherchiez des filles !” accuse l’amie d’une victime

Monique Fourniret, 75 ans, comparait devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine pour complicité dans l’enlèvement d’Estelle Mouzin, 9 ans, en 2003, et pour complicité dans l’enlèvement, le viol et le meurtre de Marie-Angèle Domèce en 1988 et de Joanna Parrish en 1990.
Ce vendredi, une des femmes placées dans le même foyer que Marie-Angèle Domèce, a assuré avoir vu le couple rôder dans la région et même avoir été agressée par le tueur des Ardennes.

C’est bouleversée qu’elle est arrivée à la barre au procès de Monique Olivier, jugée devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine pour complicité dans l’enlèvement d’Estelle Mouzin, 9 ans, en 2003, et pour complicité dans l’enlèvement, le viol et le meurtre de Marie-Angèle Domèce en 1988 et de Joanna Parrish en 1990.

Cheveux longs auburn, veste jaune et pull rose fluo. Angélique L. 54 ans, a partagé le même foyer de la DDASS que Marie-Angèle Domèce dans les années 80. “J’étais une amie très proche de Marie-Angèle. C’était une belle personne. Je l’ai rencontrée au foyer. J’y étais aussi. Je m’étais enfuie. J’avais subi un viol par le mec de ma mère. On m’a toujours traitée de menteuse. J’ai toujours dit la vérité”, commence-t-elle, déjà en larmes. Le président de la cour d’assises Didier Safar la ramène tout de suite à l’affaire jugée. 

“Je retrouverai jamais une personne comme elle. Pour moi, c’était ma sœur de cœur”, continue le témoin. 

“J’en veux énormément à la justice”

Le 8 juillet 1988, Marie-Angèle Domèce, 18 ans, quitte le foyer Leclerc de Fourgerolles d’Auxerre pour se rendre au domicile de la nourrice chez qui elle a grandi. Elle doit prendre un train à la gare d’Auxerre et rejoindre Migennes, où vit celle-ci. Elle ne montera jamais dans le train et on ne la reverra jamais.  

Sa disparition, Angélique L., qui a quitté le foyer, l’apprend par la presse. “J’en veux énormément à la justice d’Auxerre”, s’agace-t-elle. Comme beaucoup d’autres, elle déplore que personne ne se soit préoccupé de la disparition Marie-Angèle et que les autorités aient privilégié la piste de la fugue alors que la jeune femme n’avait jamais fugué. 

“Un magistrat m’a dit à l’époque : ‘C’est pas mon affaire, Marie-Angèle !’ On s’en remet pas de ça. C’est pour ça que j’ai quitté Auxerre”, poursuit le témoin. Un non-lieu est prononcé en février 1989 dans l’affaire Domèce, avant que l’information judiciaire ne soit rouverte… en 2003.

“Il m’a suivie et m’a touché l’épaule”

 Si elle en veut aux autorités, Angélique L. estime aussi avoir une part de responsabilité. Comme d’autres témoins, elle indique qu’à l’époque, plusieurs hommes rôdaient aux abords du foyer. Marie-Angèle lui aurait même confié avoir été suivie une fois par l’un d’eux.

La quinquagénaire assure elle aussi avoir été suivie à l’époque plusieurs fois par un homme dans une Citroën blanche (de la même couleur que celle de Michel Fourniret). La première fois, c’était selon elle en 1987. Elle traversait la route, et l’homme au volant lui a fait des “appels de phare”.“Je le connaissais de vue. J’ai tout de suite reconnu son visage. Il a essayé de me parler mais moi je l’ignorais, je suivais mon chemin mais je le trouvais bizarre. Il m’a demandé des renseignements. J’ai esquivé, j’ai pris peur”, explique-t-elle aujourd’hui. 

Cet individu, elle dit l’a vu à plusieurs reprises près du foyer et de la gare d’Auxerre “faire des repérages”.  “Et puis un jour il m’a agressée”, lâche-t-elle subitement.  Le président s’étonne de cette déclaration inédite et l’invite à poursuivre. “J’ai encore les images. Quand je suis sortie du foyer, il y a un café. Il m’a demandé une rue, il était descendu du véhicule, une voiture blanche. Je me sentais pas bien”, assure-t-elle précisant être parvenue à s’échapper. Elle ne dira rien de tout cela à l’époque et ne reconnaîtra, selon elle, son agresseur que bien des années plus tard, “à la télé”. 

“Je demande pardon aux familles. J’aurais dû parler dès le départ. Je me sens responsable des disparitions”, poursuit Angélique L. “J’ai tout gardé en moi. À l’époque, on me croyait pas quand je me suis fait violer par le mec de ma mère. Mon courrier au procureur a été mis au panier”, ajoute-t-elle encore pour justifier de son silence en 1987. 

“On aurait pu éviter les enlèvements”

Angélique L. va encore plus loin dans son témoignage et soutient ensuite que le couple diabolique savait où elle habitait. “Fourniret, je l’ai vu près de chez moi. Et j’ai vu une autre personne”.  Elle se tourne vers le box de l’accusé et hurle en fixant l’ex-femme de l’Ogre des Ardennes qui s’y trouve :“Monique Olivier ! Je vous ai vue ! Vous cherchiez des filles !” L’accusée ne réagit pas et ne sera pas invitée à le faire malgré la demande de plusieurs avocats de la partie civile.

Le président Didier Safar s’étonne une nouvelle fois que le témoin n’ait jamais dit ça par le passé.“Je veux plus le garder pour moi. Maintenant il est temps que je le dise. On aurait pu éviter les enlèvements. Je demande pardon aux familles. J’aurais dû le dire. Mais par peur… j’ai fait une tentative de suicide à cause de tout ça… Ça me pèse, ça me pèse. J’en peux plus, faut que ça sorte”, conclut-elle. 

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Un témoignage à prendre avec précaution

Le témoignage d’Angélique L. est, bien évidemment, à prendre avec précaution. Interrogé à ce sujet, Me Herrmann, avocate de la famille Domèce, dit ne pas savoir s’il faut y croire ou non. “L’histoire de cette femme lui appartient. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait une justice qui était défaillante”, commente sobrement la robe noire. 

Si elle dit vrai, cette agression aurait eu lieu quasi simultanément avec l’enlèvement d’Isabelle Laville, 17 ans, violée et tuée en décembre 1987 par Michel Fourniret, et celui de Marie-Angèle Domèce, 18 ans, survenu huit mois plus tard.


Aurélie SARROT

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