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Quadruple assassinat dans les Pyrénées-Orientales : “Quand il sera derrière des barreaux, je me sentirai enfin en sécurité”, témoigne la fille de l’accusé

Laura Cahuzac attend de “pouvoir dormir sereinement la nuit sans avoir peur pour moi ou pour les autres et en pouvant [se] projeter.”


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Le palais de justice de Perpignan dans les Pyrénées-orientales le 9 avril 2023. (MAGALI COHEN / HANS LUCAS)

“Quand il sera derrière des barreaux, pendant une certaine durée, la plus longue possible, à ce moment-là, je me sentirai enfin en sécurité”, estime Laura Cahuzac, la fille de Thierry Cahuzac dont le procès début ce lundi aux assises des Pyrénées-Orientales. Elle était l’invitée de France Bleu Roussillon lundi 4 décembre au matin. Thierry Cahuzac, 53 ans, est jugé pour le quadruple assassinat de ses parents et de ses ex-beaux-parents à Perpignan et au Boulou les 22 et 23 août 2020.

Laura Cahuzac attend ce procès avec “un mélange de stress, de détermination, afin que justice soit faite tout simplement. Il y a une certaine impatience car c’est une affaire qui dure depuis trop longtemps. J’ai hâte et j’espère pouvoir clôturer ce gros chapitre de ma vie après ce procès.” La jeune femme avait rompu avec son père dès ses 15 ans. “Ça fait 12 ans que je n’ai pas revu mon père. Je vais le revoir pour la première fois. Il y avait eu une rupture car il avait déjà attaqué ma mère, on s’était déjà éloigné pour se protéger. À 15/16 ans j’ai dû faire le choix du deuil de mon père. J’ai décidé de l’enterrer pour ne pas souiller ces souvenirs de bonheur quand j’étais enfant et faire la distinction avec ce qu’il est devenu : quelqu’un de dangereux, quelqu’un qui est capable de tout”, relate Laura Cahuzac.

“J’ai peur de ne pas voir juste le meurtrier mais de voir aussi mon père”

Ainsi, elle n’attend rien de ce procès du côté de son père. “La distinction est très claire dans mon esprit”. Mais elle concède : “J’ai peur que quand je vais le voir, ça se brouille. J’ai peur des expressions, des mimiques, de ne pas voir juste le meurtrier mais de voir aussi mon père. J’essaie de me préparer parce que ça va être dur”. Laura Cahuzac a travaillé avec un psychiatre pour se préparer au procès et à la confrontation. “On sait qu’il est dans l’attente de me voir. Moi je vais arriver avec ma tristesse, avec la colère, avec ma haine, mon désespoir, et j’ai peur de le voir juste heureux de me voir. Ça risque de me mettre très en colère de le voir heureux alors que moi ça fait des années que je vis l’enfer à cause de lui”. Elle pense qu’il est “nécessaire” qu’elle vive ce procès, “pour ne pas avoir de regrets après, et pouvoir entamer ce que j’espère ma reconstruction, que les aiguilles du temps se remettent en marche”.

“J’y vais aussi avec une certaine détermination de lui montrer qu’il a réussi à nous faire mal, très très mal en nous enlevant des êtres chers, des piliers de ma vie, mais aujourd’hui je vais essayer de lui montrer qu’il ne peut plus m’atteindre. Que j’ai dû me construire et grandir dans la douleur et que je peux réussir à lui faire face, que je vais quand même réussir à vivre ma vie, à me reconstruire, ce sera ça ma plus grande vengeance face à lui”.

Laura Cahuzac n’attend “pas des réponses sur ce qui s’est passé, je n’attends pas d’excuses de sa part, il a été assez clair dans ses différents interrogatoires. Il ne regrette pas ce qu’il a fait, il le revendique même. Si c’était à refaire, il le referait”. Mais elle attend de la justice “une réponse ferme face à un quadruple assassinat avec préméditation”. Elle veut ainsi la certitude d’avoir “une durée de paix, de sérénité, chose que je n’ai plus eue depuis mes 15 ans”. “Pouvoir dormir sereinement la nuit sans avoir peur pour moi ou pour les autres et en pouvant me projeter. Difficile de se projeter quand on a cette impression qu’il y a une ombre qui nous suit partout et qui peut nous faire du mal à tout moment. Pendant six ans on a cru à une accalmie et finalement il a tué quatre personnes, donc ça nous montre bien qu’en fait il est capable d’attendre et qu’on n’est pas à l’abri. Quand il sera derrière des barreaux, pendant une certaine durée, la plus longue possible, à ce moment-là, je me sentirai enfin en sécurité”, conclut Laura Cahuzac.



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