Business

Quatre jeunes renvoyés en procès pour des projets d’attentats mêlant néonazisme et djihadisme

L’un voulait partir en Syrie, deux autres glorifiaient Hitler et le nazisme, tous trois dialoguaient par messagerie cryptée avec une quatrième personne rêvant de faire sauter une église. Quatre jeunes « immatures », soupçonnés d’avoir préparé des attentats, seront jugés prochainement à Paris. Deux juges d’instruction antiterroristes ont ordonné jeudi des procès pour « association de malfaiteurs terroriste » devant le tribunal correctionnel et devant le tribunal pour enfants, a-t-on appris vendredi de sources proches du dossier.

Les audiences, dont les dates ne sont pas définitives, pourraient se tenir respectivement en février et mars. Ces quatre jeunes interpellés au cours de l’année 2021 se voient reprocher des projets radicaux parfois vieux de deux ans. Au centre du dossier, Leila B., 20 ans, dont l’interpellation à Béziers (Hérault) avait fait grand bruit. En garde à vue, elle a reconnu avoir notamment « pensé » à mettre une bombe dans l’église Notre-Dame de la Réconciliation de Béziers, d’après l’ordonnance signée jeudi.

Mode opératoire djihadiste

À son domicile a aussi été retrouvé un cahier noirci d’adresses rassemblées sous le titre « les lieux de la haine » : un restaurant oriental, un centre culturel juif, une église protestante… Spécificité de ce dossier hybride et inclassable, on lui reproche d’avoir possédé ou fait circuler « de la documentation de propagande et de tutoriels de fabrication d’explosifs » provenant de l’État islamique mais aussi de l’ultradroite : photographie de Samuel Paty, recette d’explosif TATP, mode opératoire djihadiste pour tuer à l’arme blanche, croix gammées, etc.

En garde à vue, celle qui s’est dite « partisane d’aucune idéologie » a justifié cela « par sa fascination de la mort, de la décapitation, de la violence et sa passion pour les armes ». « Difficile à cerner » pendant l’instruction, « inquiétante » en détention, elle sera jugée deux fois, par le tribunal correctionnel et par le tribunal pour enfants, selon que les faits qui lui sont reprochés ont eu lieu avant ou après sa majorité. « Ça ne me paraît pas du tout conforme à une bonne administration de la justice », a déploré son avocat, Me Dylan Slama.

Tueries de masse

Sur le banc des prévenus figurera à ses côtés un garçon âgé de 16 ans à l’époque, interpellé dans le Haut-Rhin, le seul à n’être pas détenu dans ce dossier, mais aussi un tout juste majeur, Enzo T., que les enquêteurs ont arrêté en Seine-Maritime. L’avocat de ce dernier n’a pas réagi. Tous deux ont reconnu avoir voulu commettre une action violente, du type « Columbine », donc dans un établissement scolaire, avec l’idée de se venger chacun d’un harcèlement passé. Une mosquée a aussi été évoquée. Mais les magistrats ont aussi et surtout retenu leur forte imprégnation idéologique à l’extrême droite.

Leur action était envisagée à la date anniversaire de la mort d’Adolf Hitler. Tous deux admiraient la théorie du grand remplacement mais aussi plusieurs auteurs de tueries de masse attribuées à l’extrême droite, parmi lesquels Anders Breivik (Norvège, Utøya, 2011, 77 morts), Brenton Tarrant (Nouvelle-Zélande, Christchurch, 2019, 51 morts) ou Dylan Klebold (États-Unis, Columbine, 1999, 13 morts). Côté djihadisme ? Un fils de bonne famille, un « petit génie qui a vrillé » selon une source proche du dossier, interpellé à Paris et dont l’avocat n’a pas voulu réagir.

Entre ses 16 et 18 ans, il est soupçonné d’avoir voulu rejoindre en zone irako-syrienne le groupe d’Omar Diaby affilié à Al-Qaïda – il proposera à Leila B. de l’épouser et de l’accompagner -, mais aussi d’avoir alimenté la Biterroise en documentation sur les explosifs. S’il « déclare l’avoir dissuadée de commettre un attentat », cet administrateur d’une chaîne de propagande Telegram a admis une certaine « sympathie » pour le groupe État islamique et pour plusieurs attentats, comme celui du 11-Septembre ou celui contre Samuel Paty.

Les procès seront l’occasion d’interroger les profils, les motivations et la jeunesse de chacun des mis en cause, alors que des mots similaires apparaissent dans leurs expertises psychiatriques : « immaturité » d’abord, mais aussi persécution ou victimisation, etc. Dans ce genre de dossier, résume un magistrat antiterroriste, « on se demande si l’idéologie n’est pas un prétexte et si le moteur n’est pas la fascination pour les tueries de masse ». Mais le risque, avance un autre, « c’est que quelqu’un à mi-chemin entre un engagement radical et un grand mal-être puisse se muer en tueur de masse ».

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button