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Rapport Pisa 2022 : des résultats en France parmi les plus bas jamais mesurés

L’enquête de l’OCDE sur le niveau des élèves de 15 ans révèle une forte chute dans les trois disciplines étudiées (maths, compréhension de l’écrit et sciences) et une stabilisation des inégalités sociales.

Les jours qui viennent risquent d’être, comme après chaque publication du rapport Pisa, rythmés par l’autoflagellation. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publie ce mardi 5 décembre les conclusions de son Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa), une étude triennale visant à évaluer les performances des jeunes de 15 ans et, ainsi, des différents systèmes éducatifs. Conséquence du Covid, la précédente édition date d’il y a quatre ans. Niveau en maths, inégalités sociales, bien-être à l’école… Tour d’horizon des principaux enseignements du rapport.

Depuis 2018, la dégringolade

Le constat de l’OCDE est sans appel : «Dans l’ensemble, les résultats de 2022 sont parmi les plus bas jamais mesurés par l’enquête Pisa dans les trois matières en France.» Le rapport porte, à chaque édition, sur les mathématiques, la compréhension de l’écrit et les sciences, avec à chaque fois un focus sur l’une de ces disciplines. Cette année, il s’agit des maths. La France conserve sa place dans la moyenne de l’OCDE dans les trois disciplines, aux côtés de pays comme la Hongrie, le Portugal ou la Lituanie. Elle se classe entre la 15e et la 29e place en maths et entre la 11e et la 29e en compréhension de l’écrit et en sciences. Dans le peloton de tête, on retrouve notamment Singapour, le Japon, la Corée, l’Estonie, le Danemark, le Canada et la Nouvelle-Zélande.

En maths, la performance des élèves français a baissé de 21 points depuis 2018 (à 474 points), contre -15 points en moyenne dans l’OCDE (à 472 points). Il s’agit de la baisse «la plus importante observée depuis la première étude Pisa», il y a plus de vingt ans. A noter que des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Pologne, mieux classés que la France, connaissent des chutes plus importantes.

En compréhension de l’écrit, les résultats diminuent de 19 points en France contre 10 points dans l’OCDE. Depuis 2012, c’est 32 points de moins, contre 16 en moyenne dans l’OCDE, alors que les résultats étaient stables entre 2000 et 2012. En sciences, enfin, la chute est de 6 points en France (2 points dans l’OCDE).

Un effet Covid et un manque de soutien des adultes

«Il va falloir qu’on creuse les résultats pour essayer de comprendre vraiment les raisons de ce déclin», avance Eric Charbonnier, analyste à l’OCDE. «Il y a un impact Covid indéniable», dit-il, mais qui ne peut à lui seul expliquer la dégringolade française, les autres pays ayant également été touchés par la pandémie. D’autant que la France a moins fermé ses écoles que beaucoup d’autres. «On ne voit pas de lien entre la durée des fermetures et la performance en mathématiques», indique ainsi l’analyste. Il n’y a pas non plus «de relation avec le nombre d’élèves par classe. Beaucoup de pays d’Asie avec beaucoup d’élèves par classe réussissent très bien».

Les experts de l’OCDE regardent plutôt du côté du rapport entre les adolescents et leurs professeurs. «Les pays où les élèves se sentent plus soutenus par leurs enseignants sont ceux où la chute en mathématiques est la moins forte», assure Eric Charbonnier. Or «la France est l’un des pays où les élèves déclarent percevoir le moins de soutien de la part de leurs enseignants», à 52 % contre 63 % en moyenne dans l’OCDE. Par ailleurs, indique Irène Hu, analyste à l’OCDE, «il y a une moindre implication parentale dans le suivi des progrès des enfants depuis 2018. Ça a pu jouer sur le déclin de la performance».

Les pays qui tirent leur épingle du jeu sont aussi potentiellement les moins touchés par les problèmes de pénurie d’enseignants, comme la Corée et le Japon.

La France toujours championne des inégalités

La France reste «l’un des pays de l’OCDE où le lien entre le statut socio-économique des élèves et la performance qu’ils obtiennent au Pisa est le plus fort», indique l’OCDE dans son rapport. La situation est toutefois stable, elle ne s’aggrave pas. En maths, les élèves provenant de milieux favorisés obtiennent des résultats supérieurs de 113 points à ceux des élèves défavorisés, quand l’écart moyen est de 93 dans les pays de l’OCDE. Seuls la Slovaquie, Israël, la Hongrie, la Suisse, la Belgique et la République tchèque font moins bien.

Les élèves scolarisés dans les voies professionnelles (20 % de l’échantillon), bien plus nombreux que les autres à grandir dans un milieu défavorisé, ont obtenu 90 points de moins que leurs camarades des filières générales et technologiques en maths, contre 59 points d’écart dans l’OCDE. Après lissage en prenant en compte le milieu socio-économique, les élèves de la voie pro obtiennent 45 points de moins que les autres (-14 en moyenne).

Les élèves de 15 ans scolarisés dans le privé ont eu 27 points de plus que ceux du public en maths (+24 dans l’OCDE) mais, une fois le profil socio-économique pris en compte, l’écart est à l’avantage du public : +21 points, contre +11 dans l’OCDE. Autrement dit, à milieu social égal, les élèves du public s’en tirent mieux que ceux du privé.

Les garçons français ont décroché de meilleurs résultats en maths que les filles, de 10 points, à l’image de ce que l’on constate dans l’OCDE en moyenne (9 points d’écart).

Violence scolaire : des disparités selon les milieux

Pisa n’interroge pas que les performances scolaires, mais aussi un certain nombre d’éléments structurant la vie des adolescents. Il ressort notamment que «la violence scolaire a très légèrement augmenté, mais la France est dans la moyenne de l’OCDE. C’est un véritable point de vigilance qu’il faut avoir dans de nombreux pays», pointe Eric Charbonnier. 9 % des élèves français ont indiqué être fréquemment victimes de violence dans leur établissement (8 % dans l’OCDE), en particulier de moqueries de la part d’autres élèves. Si l’on réduit la fréquence à «quelques fois par mois», 24 % des filles et 20 % des garçons disent avoir subi des violences scolaires au cours de l’année écoulée (c’est respectivement 20 et 21 % dans l’OCDE). Les élèves de milieux défavorisés sont davantage touchés, à 26 % contre 18 % dans les milieux favorisés. C’est 33 % en zone rurale contre 19 % dans les villes de plus de 100 000 habitants.

Le niveau de satisfaction de la vie des élèves français est de 6,77 sur 10 en moyenne, soit le niveau moyen de l’OCDE. On considère un élève comme satisfait entre 7 et 10. 16 % des adolescents interrogés ont déclaré n’être pas satisfaits de leur vie, soit neuf points de plus qu’en 2015. Enfin, les élèves français sont moins nombreux que précédemment à se sentir anxieux vis-à-vis des mathématiques (crainte d’avoir de mauvaises notes, sentiment d’être perdu pour résoudre un problème, etc.).

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