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Secte internationale de yoga : cinq questions sur Atman, la “fédération de yoga tantrique” dont le gourou a été arrêté

Un vaste coup de filet contre une secte internationale de yoga a mené, mardi, à l’interpellation de 41 personnes dont son gourou Gregorian Bivolaru.


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Un flyer de yoga ésotérique intégral. (FRANTZ BOUTON / MAXPPP)

Des dérives sectaires sous couvert de pratique du yoga. Mardi 28 novembre, 41 personnes ont été interpellées, soupçonnées d’être liées à la secte multinationale Atman. Parmi les personnes arrêtées se trouve Gregorian Bivolaru, le gourou et fondateur de ce mouvement international de yoga tantrique controversé. Secte, dérives, yoga, tantrisme… de quoi parle-t-on exactement ? Franceinfo fait le point.

Comment définit-on une secte ?

La loi française ne donne pas de définition juridique de ce qu’est une secte. Cette absence, la Miviludes, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, l’explique de cette manière : “Respectueux de toutes les croyances et fidèle au principe de laïcité, le législateur s’est toujours refusé à définir les notions de sectes et de religions.” En France, chacun a ainsi le droit de croire ce qu’il veut et de pratiquer le culte qu’il veut. C’est ce qu’on appelle la liberté de croyance, d’opinion ou de religion, qui est notamment définie dans l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

Que sont les “dérives sectaires” ?

Là encore, les dérives sectaires ne sont pas une notion juridique en droit français. Il s’agit d’un “concept opératoire”, c’est-à-dire une façon de se comporter, d’opérer. Selon la Miviludes, il y a plusieurs critères qui permettent d’identifier ce type de comportements. Notamment la “déstabilisation mentale”, mais aussi le fait d’exiger des sommes d’argent exorbitantes, d’obliger la victime de ces dérives à rompre avec ses proches ou encore l’existence d’atteintes à son intégrité physique.

Pour qu’il y ait dérive sectaire, il faut plusieurs de ces critères. Tous ne sont pas aussi importants, mais la déstabilisation mentale, c’est-à-dire le fait de soumettre quelqu’un psychologiquement, est toujours présente. Et c’est très important, car le Code pénal punit justement l’abus de faiblesse sur une personne qui se trouve dans un état de “sujétion psychologique”. La peine peut aller jusqu’à trois ans de prison et 375 000 euros d’amende. C’est même cinq ans et 750 000 euros d’amende quand cet abus de faiblesse est commis par le chef d’un groupement qui, selon le Code pénal, “poursuit des activités ayant pour but de créer la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités”.

C’est ce qu’encourt Gregorian Bivolaru. En juillet dernier, une information judiciaire avait été ouverte contre ce gourou et Atman, son organisation, notamment pour “abus de faiblesse en bande organisée par membre d’une secte”, “viols” et “traite d’êtres humains en bande organisée”.

Qu’est-ce qu’Atman, la secte internationale de yoga démantelée mardi ?

Gregorian Bivolaru a fondé le Misa (Mouvement pour l’intégration spirituelle vers l’absolu) en 1990 en Roumanie. Il s’agit de l’ancêtre de l’Atman, rebaptisé ainsi lors de son expansion hors de Roumanie. Cette fédération de yoga est présente dans une trentaine de pays, dont la France, où elle opère sous le nom de l’association “Yoga intégra”. Selon les premiers éléments de l’enquête, cette secte internationale est notamment basée sur une pratique d’un certain type de yoga (voir plus bas). Cet enseignement est destiné à “conditionner les victimes à accepter des relations sexuelles via des techniques de manipulations mentales visant à supprimer toute notion de consentement”.

Toujours d’après l’enquête, les stages menés par Gregorian Bivolaru avaient pour but de faire participer les personnes à des activités sexuelles et/ou physiques. Le gourou incitait les femmes victimes “à accepter des relations sexuelles” avec lui et/ou à “s’adonner à des pratiques pornographiques tarifées en France et à l’étranger”.

De nombreuses femmes de différentes nationalités déclaraient avoir été victimes des agissements de ce gourou. Au moment de son interpellation, 26 femmes ont été extraites de la maison où il logeait. Elles étaient retenues “dans des conditions d’exiguïté et d’hygiène déplorables”, d’après une source proche du dossier.

Qu’entend-on par le “yoga tantrique” ?

Selon Libération (payant) , les adeptes de l’Atman ont été “attirées par la mention du tantrisme”. “Ce genre de cours est rare”, dit l’une des victimes allemande, qui ajoute que “le tantrisme ouvre aussi une porte sur une forme de sexualité dont on ne parle pas dans nos sociétés.”

“Le tantra a, dans l’imaginaire occidental contemporain, une réputation sulfureuse, qui va de pratiques sexuelles débridées à la sexualité dite sacrée”, déclare Zineb Fahsi, professeure et formatrice de yoga, auteure du livre Yoga, nouvel esprit du capitalisme. Pourtant le tantra est bien plus vaste et complexe que ces images dont nous héritons aujourd’hui, souligne-t-elle, les tantra sont des textes qui apparaissent autour du Ve et VIe siècles dans le nord de l’Inde”.

Aujourd’hui, l’auteure et les spécialistes préfèrent parler de “néo-tantra”, “un développement récent, fruit de la reformulation de certaines pratiques tantriques au prisme des préoccupations d’un certain public occidental en quête de libération corporelle et sexuelle”. Dans le cas d’Atman, “les pratiques de yoga néo-tantriques alimentent un comportement sexuel prédateur”, se désole Zineb Fahsi.

Le phénomène sectaire est-il important en France ?

Il n’existe pas de chiffres précis, mais il y a des estimations. Toujours selon la Miviludes, il existe environ 500 groupes sectaires en France aujourd’hui, qui comptent environ 500 000 adeptes. L’organisme estime aussi, qu’actuellement, 60 000 à 80 000 enfants sont élevés dans un contexte sectaire. Le nombre de signalements pour dérives sectaires est en “hausse de 86 % en cinq ans”, avait alerté le président de la Miviludes en mars dernier. Face à ce nombre croissant, le gouvernement a présenté un projet de loi, pour notamment renforcer l’arsenal juridique. Il sera débattu mi-décembre au Parlement.



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