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«Shame on you !» : un navire de croisière américain accueilli par des huées en Bretagne

Les passagers du bateau de croisière World Traveller ont débarqué dimanche matin à Douarnenez, en Bretagne, sous les huées de 80 manifestants. FRED TANNEAU / AFP

Déguisés en ours polaires et autres otaries, des manifestants ont dénoncé la croisière et son impact environnemental, alors qu’un navire World Traveller débarquait dans le port du Finistère.

«Shame on you!», «you are not welcome», «go home!»… Les passagers du bateau de croisière World Traveller ont débarqué dimanche matin à Douarnenez (Finistère) sous les huées. 80 manifestants les ont accueillis avec des slogans dénonçant l’impact environnemental de ce type de tourisme. Grimés en ours polaires, en otaries ou en carnavaliers vénitiens et accompagnés d’une fanfare, ils s’étaient donné rendez-vous avant l’aube dans ce port breton à forte tradition ouvrière. «Stop Cruiseshit» (stop aux croisières de merde) ou encore «Bear your polar shame» (Porte ta honte polaire), proclamaient les pancartes brandies par les manifestants.

Les organisateurs avaient invité les manifestants à se déguiser car les bateaux qui mouillent dans la baie de Douarnenez sont «des navires de luxe et d’expédition», a expliqué Alice (prénom d’emprunt), 25 ans, cachée derrière un masque d’ours polaire. Ces bateaux «passent leur temps à faire des allers-retours entre les pôles pour faire du tourisme de la dernière chance : voir les derniers manchots, les derniers ours blancs, les derniers icebergs. C’est indécent», a-t-elle expliqué à l’AFP. Pour elle, cette manifestation sur la jetée du port du Rosmeur, «c’est un peu en soutien à la faune polaire qui subit le changement climatique et toutes les conséquences de notre mode de vie dans cette société.»

Le navire World Traveller, d’une capacité de moins de 200 passagers, faisait escale à Douarnenez dans le cadre d’une croisière de dix jours entre Dublin à Lisbonne, proposée à des prix allant de 8 499 dollars (8 048 euros) à 13.999 dollars (13.257 euros) par passager (avant réductions). Ce navire de 126 mètres de long doit naviguer dans l’océan austral en novembre, pour une croisière de dix jours en Antarctique, à des prix allant de 16.499 dollars (15.625 euros) à 26.799 dollars (25.379 euros), avant réductions.

Une «expérience éducative utile»

«Stop Cruiseshit» (stop aux croisières de merde) ou encore «Bear your polar shame» (Porte ta honte polaire), pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les manifestants. FRED TANNEAU / AFP

Les premiers croisiéristes débarqués ont été accueillis par un brouhaha de huées, de cris et de casserolades. «You are not welcome, we don’t need your money» (vous n’êtes pas bienvenus, nous n’avons pas besoin de votre argent), a lancé un manifestant au mégaphone, alors qu’un cordon de gendarmes les empêchait d’approcher de la zone de débarquement. «Nous dénonçons tout simplement cette industrie qui n’a pas lieu d’être. On n’a pas besoin de cette industrie», a déclaré Camille (prénom d’emprunt), 46 ans. «La biodiversité, c’est quelque chose de plus important (…) Donc nous disons stop à une vision court-termiste et stop à une forme d’hypocrisie aussi.»

Croisé un peu plus tard dans les rues de la «ville rouge» (une des premières mairies communistes en France), Eric Scott, un touriste américain 49 ans, avec bob et chemise hawaïenne, ne semblait pas particulièrement perturbé par ce débarquement chahuté. «C’était une expérience éducative utile», a déclaré ce consultant en éducation de Seattle. «C’est une des raisons pour lesquelles on voyage, c’est pour avoir des perspectives venues d’autres endroits.» Il assure «comprendre» les motivations des manifestants qui «plaident pour la responsabilité environnementale. Est-ce que cela signifie pas de voyages en bateau? Je ne sais pas», a-t-il cependant ajouté.

L’organisateur de la croisière Atlas Ocean Voyages, une société basée en Floride, assure sur son site internet que ses «yachts intimes» consomment «seulement un cinquième du carburant» utilisé par les navires de croisière traditionnels, «réduisant ainsi (leur) impact sur l’environnement». L’industrie des croisières, jugée polluante, fait l’objet d’une grogne grandissante de la Bretagne à la Côte d’Azur, avec une multiplication des pétitions et des manifestations. Selon une étude de l’ONG Transport et Environnement, les bateaux de croisières naviguant dans les eaux européennes en 2022 ont émis plus de 8 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de 50.000 vols Paris-New York.



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