Business

Une spécialiste des Frères musulmans sous protection policière : « Ce ne sont pas les menaces qui vont m’arrêter, au contraire »

Un procès, puis une conférence. Voilà une journée dans la vie de la chercheuse et anthropologue Florence Bergeaud-Blackler depuis la publication de son ouvrage « Le Frérisme et ses réseaux » paru aux éditions Odile Jacob. Après avoir assisté à l’audience du tribunal judiciaire de Pau (lire ci-dessous), la Bordelaise présentait cette enquête qui a notamment reçu le prix de « La Revue des Deux Mondes ». Rencontre.

Vous êtes aujourd’hui sous escorte policière. Depuis la publication de votre ouvrage, vous êtes la cible de menaces de mort…

Les…

Un procès, puis une conférence. Voilà une journée dans la vie de la chercheuse et anthropologue Florence Bergeaud-Blackler depuis la publication de son ouvrage « Le Frérisme et ses réseaux » paru aux éditions Odile Jacob. Après avoir assisté à l’audience du tribunal judiciaire de Pau (lire ci-dessous), la Bordelaise présentait cette enquête qui a notamment reçu le prix de « La Revue des Deux Mondes ». Rencontre.

Vous êtes aujourd’hui sous escorte policière. Depuis la publication de votre ouvrage, vous êtes la cible de menaces de mort…

Les menaces ont commencé assez rapidement après la publication de mon ouvrage, puis elles ont pris un tournant plus dur. Des propos diffamatoires, tendant à dire que j’étais islamophobe et que je ne faisais pas mon travail sérieusement, ont généré un « bad buzz » sur les réseaux sociaux, dont des menaces de mort.

Quelles sont les conséquences sur votre quotidien ?

C’est une entrave à la liberté de mouvement. Je suis donc protégée en permanence, mais le public peut venir sans crainte à mes conférences car il y a une prise en compte de mon cas par la justice, le CNRS, la police. Les insultes sont permanentes, c’est vrai qu’il est difficile de parler du frérisme, alors que je m’appuie sur des méthodes scientifiques : je ne dénonce pas, je démontre.

Peut-on étudier librement ce sujet en France ?

Non, clairement, c’est devenu un sujet difficile à traiter pour des raisons pratiques. Si vous commencez à vous intéresser à ce sujet, vous êtes susceptible de recevoir des menaces et peut-être des formes de violence psychologique ou physique. C’est dissuasif pour les étudiants : moi-même, je ne prends plus d’étudiants en thèse sur ce sujet parce qu’ils risquent leur carrière, leur vie, leur réputation.

« Des propos diffamatoires, tendant à dire que j’étais islamophobe et que je ne faisais pas mon travail sérieusement, ont généré un bad buzz sur les réseaux sociaux, dont des menaces de mort »

Votre enquête explore l’origine, le fondement et l’installation en Europe de ce que vous nommez le « frérisme ». Quel est ce mouvement ?

C’est une idéologie produite par plusieurs courants des Frères musulmans, le courant arabe et la branche indo-pakistanaise, qui s’est déployée sur les campus européens dans les années 1960 et qui a pour objectif de rassembler les composantes de l’islam pour former un mouvement islamique qui doit installer le califat sur Terre. C’est un mouvement politico-religieux, missionnaire. Ce qui m’a le plus intéressée, c’est le phénomène d’entrisme, d’infiltration, que l’on observe dans plusieurs secteurs de la société et qui procède d’une même source idéologique.

Vous parlez d’alliés objectifs qui faciliteraient cette mouvance…

Ce sont les alliés utiles, des mouvements qui font le jeu de la déconstruction systématique des valeurs démocratiques. Ce sont aussi des stratégies d’affaiblissement de la pensée des jeunes Européens, via TikTok par exemple. Mais il serait injuste de n’évoquer que la gauche de la gauche, nous sommes tous des alliés utiles car nous n’avons pas compris que ce mouvement ne s’arrêtera pas tout seul.

« Ce ne sont pas les menaces qui vont m’arrêter, au contraire, ça me donne envie de creuser encore plus pour comprendre »

Vous avez l’ambition de parler le plus possible au grand public.

Aujourd’hui beaucoup, car je crois qu’il y a un intérêt, une attente du public. Les gens ont envie de savoir, de comprendre la société qui les entoure, ça évite le désespoir.

Depuis trente ans, vous observez l’évolution de ces mouvances, aujourd’hui, vous êtes la cible des menaces… Vous arrive-t-il de céder au découragement ?

Non, parce qu’il y a toujours des choses à trouver. Je me sens comme un archéologue qui ne se fatigue jamais d’un terrain qu’il connaît bien et qu’il continue de creuser inlassablement. Même si le monde va mal, je suis dans la logique de la recherche : c’est la raison pour laquelle je ne m’arrêterai jamais. Ce ne sont pas les menaces qui vont m’arrêter, au contraire, ça me donne envie de creuser encore plus pour comprendre.

Quel sera donc votre prochain sujet d’études ?

Je travaille sur les financements européens vers l’islamisme. Je m’aide de technologies assez pointues qui me permettent d’évaluer les sommes qui sont versées à des organismes que j’identifie comme fréristes.

Un Palois l’avait menacée sur Twitter

Ce lundi matin, Florence Bergeaud-Blackler était au tribunal correctionnel de Pau qui jugeait un Palois de 36 ans pour menaces de mort à son encontre sur le réseau social Twitter. Les faits remontent au mois de mars. L’homme, défavorablement connu de la justice paloise pour des faits similaires, a été condamné à quinze mois de prison avec mandat de dépôt.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button